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A LA VOILE

Cela m'a fait plaisir d'apprendre que Ton vient de lancer, à Bordeaux, un bateau à voile presque grand et rapide comme un transatlantique, un bateau à cinq mâts. Le bateau à voiles, c'est peut-être ce que l'homme a créé de plus beau, et la simplicité et la grandeur du paysage où il évolue lui donnent même je ne sais quelle supériorité sur les cathédrales, toujours diminuées et contaminées par leur milieu urbain. Mais à quoi bon comparer ces deux choses ? Il faut les regarder en elles-mêmes. Le bateau

A la Voile

à voiles est plus majestueux et beaucoup plus vivant que le bateau à vapeur. Cela tient sans doute à ce que son moteur est visible^ à ce que, grâce à sa voilure, il semble naviguer à la fois sur Teau et dans le ciel, et naviguer sans effort, par le seul fait de son existence. J'ai toujours rêvé d'une longue traversée sur un voilier pareil à ceux que Ton voit dans les vieilles gravures coloriées et qui portent sur leur pont des balles de coton et des cages à perroquets. Ces bateaux, qu'on le sache, ne faisaient pas plus naufrage que les bateaux à vapeur. Ils savaient fuir avec élégance, quoique parfois avec angoisse, sous la tempête. Courbés, les vergues à toucher les vagues, ils se relevaient avec grâce, les mâts leur servant en quelque sorte de balancier, dans ces formidables jeux d'équilibre. Rien ne fait mieux voir le génie humain que ces grands voiliers où tous les résultats utiles sont obtenus par les moyens les plus simples, le mécanisme le plus élémentaire. La voile est très loin encore d'avoir donné toute son utilité. Est-ce que, récemment,

on n'y a pas songé pour les aéroplanes ? La voilure d'un aéroplane différerait beaucoup de forme de la voilure d'un bateau, mais elle la surpasserait encore en simplicité. Le définitif ne peut être trouvé que dans le simple.

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