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LE CIEL BLEU

Ce qu'il y a de plus énervant dans ces chaleurs sèches, dans cet éternel beau temps que nous subissons, c'est la couleur du ciel. Cet implacable bleu qui se déploie quotidiennem.ent au-dessus de nos têtes n'est ni profond, ni resplendissant, ni saphirien ; c'est un bleu laiteux, un bleu plombé, un bleu bête, un bleu pauvre. On dirait que toute la pluie des anciens temps l'a tant lavé et relavé, que la couleur en a fondu, comme d'une mauvaise étoffe. Oh ! ce bleu lessivé qui s'étend là-haut^ interminable-

Le Ciel bleu

ment ! Comme on comprend que cela soit Tidéal des mauvais poètes et des rêveurs jobards, et que Zola avait raison de railler les culbutes dans le bleu. Qui voudrait vraiment jouer à se rouler dans ces solitudes déteintes ? Les enfants eux-mêmes y regarderaient à deux fois. Dire que Mallarmé lui-même a chanté l'azur ! Il ne le connaissait pas, c'est son excuse, il le rêvait. Nous le connaissons, nous misérables, et nous ne serons nullement tentés d'en rêver, quand il ne sera plus. Nous sommes hantés par les nuages changeants. O nuages admirables, nuages cléments, nuages doux, nuages lumineux, vastes fleurs du ciel, quand reviendrez-vous sourire audessus de vos fils désolés, de vos fils abrutis par l'azur ? Quand nous rendrez-vous les belles féeries de lumière et de forme dont vous seuls avez le génie ? Sans les nuages, il n'est plus de joie, plus d'espoir, plus d'apaisement, plus de sourires, plus d'air. Ce sont les nuages que berce le vent qui nous donnent la sensation de respirer dans une atmosphère vivante et de participer au

rythme des choses. Même gris^ même noirs et furieux, j'aime les nuages. Tout plutôt qu'un ciel bleu. Un ciel sans nuages, c'est un œil sans paupières.

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