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SAPPHO LA POÉTESSE

L'autre jour, à la séance publique de TAcadémie des inscriptions, M. Théodore Reinach a lu une bien singulière notice sur Sappho, indigne vraiment à la fois de son solide esprit et de son ingéniosité. Le prétexte fut quelques nouveaux fragments de la poétesse, d'ailleurs déjà bien connus, d'une interprétation difficile, mais qui en tout cas ne permettent aucunement de retoucher son portrait traditionnel. De plus, M. Reinach a feint de vouloir sauver la mémoire de Sappho de l'accusation d'avoir été une courtisane et

Sappho la poétesse

il n'a fait que montrer son ignorance de notre littérature, où, sauf d'insignifiantes exceptions, elle a toujours été traitée comme une personne de mérite et de haut rang. La plus abondante et la plus populaire des romancières du dix-septième siècle, Mlle de Scudéry, aimait qu'on l'appelât « l'illustre Sappho » et je ne pense pas que l'idée de se faire comparer à une courtisane soit jamais venue à cette pompeuse et vertueuse personne. Quant aux poètes et aux érudits modernes qui en ont parlé, que ce soit Renée Vivien ou M. Mario Meunier, ils n'ont pas attendu M. Théodore Reinach pour différencier Sappho d'Erèse, la courtisane, plastron des comiques grecs, d'avec Sappho de Mytilène, que Platon nomme la dixième muse. L'intention de M. Reinach part peut-être d'un bon naturel, mais il a, par amour de la vertu et de la régularité, fortement dépassé la mesure en faisant de la poétesse une sorte de Maintenon, dirigeant une sorte de Saint-Cyr, aimant ses élèves comme une bonne maîtresse d'école et leur adressant, à leur départ.

quelques petits vers d'amitié. « Elle parle de sa jalousie, explique-t-il, mais « c'est comme on dit d'un élève qu'il fait une infidélité à son professeur ! )) Tant de candeur entre-t-elle dans le cœur des membres de l'Institut ? Ce n'est pas possible. M. Reinach s'est-il moqué de ses collègues et du public académique ? Impossible également. Je pense qu'il a été pris d'un de ces accès de vertu qui portent malheur.

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