LE TABAC
On a raconté dans les journaux l'histoire de ce monsieur qui a trouvé dans son paquet de caporal une bague en or ornée d'une pierre précieuse. Ce qu'on y trouve d'ordinaire est moins excitant : ce sont, outre les traditionnelles bûches, des bouts de corde, des clous et des cheveux, les cheveux, comme chose de luxe, étant surtout réservés aux cigares auxquels ils communiquent une petite odeur de fer à friser fort agréable. L'odeur du tabac ordinaire vendu au détail varie selon qu'il a été éclaboussé d'ab-
sinthe ou de vin bleu ou encore pesé dans le plateau qui vient de doser « quat' sous à priser ». C'est le parfum le moins populaire, mais ça dépend des goûts. Il est assez singulier que le commerce du tabac soit si intimement lié à celui des vins et liqueurs et qu'on ne puisse aller acheter un cigare qu'en pénétrant dans une atmosphère alcoolisée et absinthisée. Les bureaux de tabac qui se suffisent à eux-mêmes sont fort rares. Est-ce pour réaliser la devise des Français, telle qu'on la chante dans le Chalet,
Le vin, l'amour et le tabac?
mais alors il faudrait aussi y vendre de l'amour. Je ne dis pas que cela ne se rencontre pas ainsi, mais c'est beaucoup plus rare que l'absinthe. Aux États-Unis, les timbres-poste se vendent dans les pharmacies. On ne voit pas le rapport... Le voyez-vous entre l'absinthe et le tabac ? Hélas ! les timbres et le tabac ne peuvent pas chez nous se vendre ailleurs que chez le marchand de vins. Lui seul ne ferme jamais, ou presque jamais.
Le Tabac
C'est pour cela aussi qu'on lui confie les boîtes aux lettres. Cependant j'ai vu en province, dans une charmante ville, un bureau de tabac installé chez une marchande de fleurs. Le tabac sentait la rose, le lys et la verveine : c'était enchanteur.