‹ Petits éléments de morale [microform]Chapitre 11 sur 48 · LA CONSCIENCE MORALE · texte numérisé non relu

LA CONSCIENCE MORALE

accomplir cerUines mauvaises actions, les hommes combattent leur propre conscience par des sophismes. Sous rinfluence de ces sophismes, la conscience devient erronée; c'est-à-dire qu'elle finit par prendre le bien pour le mal, et le mal pour le bien, et c'est même l'un des châtiments de ceux qui s'engagent dans la voie du vice , de devenir à la longue incapables de discerner le bien du mal. Lorsque Ton dit d'un homme qu'il n'a pas de conscience, ce n'est pas qu'il en soit réellement privé (car alors il ne serait pas un homme ) ; c'est qu'il a pris l'habitude de ne pas la consulter, ou de mépriser ses arrêts.

On appelle conscience ignorante, celle qui fait le mal, parce qu'elle n'a pas encore la conscience du bien. Ainsi, l'enfant qui tourmente les animaux ne le fait pas toujours par méchanceté ; il ignore ou il ne pense pas qu'il les fait souffrir. Ainsi des sauvages qui, dit-on, tuent leurs vieux pères quand ils ne peuvent plus les nourrir : ils croient et ils veulent leur faire du bien en les empêchant de souffrir de la faim. Au reste, il en est du bien comme du mal: l'enfant est bon ou méchant avant d'avoir le discernement de l'un ou de l'autre. C'est ce que l'on appelle l'état d'innocence , qui est en quelque sorte le sommeil de la conscience. Mais cet état ne peut durer ; il faut éclairer la conscience de l'enfant, et en général la conscience des hommes. C'est le progrès de la raison humaine qui nous apprend chaque jour à mieux connaître la différence du bien et du mal.

11 arrive quelquefois que l'on est en quelque sorte partagé entre deux consciences ; non pas bien entendu entre le devoir et la passion, ce qui est le combat moral

par excellence," mais entre deux ou plusieurs devoirs. C'est ce qu'on appelle la conscience douteuse ou perplexe. Dans ce cas, la règle la plus simple, quand elle est praticable , est celle qui est exprimée par cette maxime célèbre : Dans le dorite, abstiens-toi. Dans les cas où il est impossible de s'abstenir absolument, et où Ifaut non-seulement agir, mais choisir, la règle sera alors de toujours choisir le parti qui est le moins couforme à votre intérêt, car nous pouvons toujours supposer que ce qui rend notre conscience douteuse c'est un motif intéressé, inaperçu. S'il n'y a d'intérêt ni d'un côté ni de l'autre, il ne reste pïus alors qu'à se décider selon les circonstances. Mais il est bien rare que la conscience se trouve dans cet état de doute absolu, et presque toujours il y a plus de raison d'un côté que de l'autre, la règle la plus simple alors, et la plus générale est de dioi:^ir toujours le parti le plus probable.

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