‹ Petits éléments de morale [microform]Chapitre 12 sur 48 · CHAPITRE Yli · texte numérisé non relu

CHAPITRE Yli

LE SENTIMENT MORÀl

En même temps que Vesvrit distingue entre le bien et le mal par m jugement que Ton appelle la conscience, le •cœur éprouve des émotions, ou affections diverses, que J'on embrasse sous le nom commun de sentiment ma- .rai. Ce sont les plaisirs ou les douleurs qui naissent en

LE SENTIMENT MOKAL.

îiotre âme, à la vue du bien ou du mal, soit en nousmêmes, soit en autrui.

Relativement à nos propres actions, les sentiments se modifient suivant que l'action est à faire ou qu'elle est faite. Dans le premier cas, nous éprouvons d'un côté un certain attrait pour le bien (quand la passion n'est pas^ assez forte pour l'étouffer), et de l'autre une répugnanceou aversion pour le mal (plus ou moins atténuée selon les circonstances par l'habitude ou par la violence da désir). Ces deux sentiments n'ont pas reçu de l'usage: des noms particuHers.

Lorsqu'au contraire l'action est accomplie, le plaisir qui en résulte, si nous avons bien agi, est appelé satisfaction morale^ et si nous avons mal agi, remords ou, repentir.

Le remords est la douleur cuisante, et, comme l'indique le mot, la morsure qui torture le cœur après une action coupable. Cette souffrance peut se rencontrer chez ceux-là mêmes qui n'ont aucun regret d'avoir mal fait et qui recommenceraient encore. Il n'a donc aucun caractère moral, et doit être considéré comme une sorte de châtiment infligé au crime parla nature même. «La mahce, a dit Montaigne, s'empoisonne de son propre venin. Le vice laisse comme un ulcère en la chair, unerepentance en l'âme, qui toujours s'égratigne et s'ensanglante elle-même. »

Le repentir est aussi , comme le remords , une souffrance qui naît de la mauvaise action ; mais il s'y joint le regret de l'avoir accomplie, et le désir fsinon la ferme: résolution) de ne plus l'accomplir.

Le repentir est une tristesse de l'âme ; le remordst

est une torture et une angoisse. Le repentir est (k'jh presque une vertu ; le remords est un châtiment ; mais run conduit à Tautre, et celui qui n*a point de remords ne peut avoir de repentir. ;

La satisfaction morale, au contraire est une paix, une joie, une vive et délicieuse émotion, qui naît du sentiment d'avoir accompli son devoir. C'est le seul paiement qui jamais ne nous manque.

Parmi les sentiments qui sont provoqués par nos propres actions, il y en a deux qui sont les auxiliaires naturels du sentiment moral , c'est le sentiment de V honneur^ et le sentiment de la hoiite,

c( L'honneur est un principe qui nous détermine à faire les actions qui nous relèvent à nos propres yeux, et à éviter celles qui nous abaissent.

La honte est le sentiment opposé à celui de l'honneur ; c'est ce que nous éprouvons quand nous avons fait quelque action qui nous abaisse non-seulement aux yeux des autres , mais aux nôtres propres. Tout remords est plus ou moins accompagné de honte : cependant la honte est plus grande pour les actions qui semblent le signe d'une certaine bassesse d'âme. Par exemple , on sera plus honteux d'avoir menti que d'avoir frappé, d'avoir trompé au jeu que de s'être battu en duel.

L'honneur et la honte ne sont donc pas toujours une mesure exacte de la valeur morale des actions ; car pour peu qu'elles aient quelque éclat, l'homme a bien vite fait d'en dépouiller toute honte ; c'est ce qui a Ueu , par exemple, pour la prodigaUté, pour le désordre, pour l'ambition. On fait le mal, non sans remords, mais avec une certaine ostentation qui étouffe le sentiment de la honte.

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