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CHAPITRE XYl

4UÏ11E8 DEVOIRS A l'ÉGAUD DU CORPS. — LA TEMPÉR4NC1

Nous venons de voir que l'homme n'a pas le droit de détruire son corps, ni de le mutiler, ni enfin de le diminuer, de l'aflaiblir inutilement. Mais il faut distinguer

deux choses dans les fonctions du corps humain : d'une part leur utilité, de l'autre le plaisir qui les accompagne.

Sans doute un plaisir sensible est nécessaire au bon exercice des fonctions, et Tappétit par exemple est un assaisonnement agréable qui excite et facilite la digestion. Néanmoins nous savons tous qu'il n'y a pas une proportion exacte et constante entre le plaisir des sens et l'utilité, nous savons que la jouissance peut dépasser de beaucoup le besoin, et que souvent même la santé exige une certaine limite dans la jouissance.

Par exemple, les plaisirs du palais peuvent être beaucoup plus recherchés et prolongés qu'il n'est nécessaire à la satisfaction du besoin. Très-peu de chose suffit à hourrir l'homme ; mais il peut, par son industrie , se créer une multitude de plaisirs plus ou moins raffinés, et chatouiller encore son palais longtemps après que le besoin est satisfait. Le besoin de boire, en particulier, a donné naissance à une multitude de raffinements inventés par l'industrie humaine et qui n'ont qu'un rapport très-éloigné avec le principe qui leur a donné naissance. Le vin et les alcooliques, qui sont des toniques utiles, employés avec modération, sont, pour le goût, des excitants qui sollicitent sans cesse le désir; et plus ils sont recherchés, plus ils provoquent et captivent l'imagination.

De cette disproportion et disconvenance qui existent entre les plaisirs des sens et les besoins du corps naissent les vices, c'est-à-dire certaines habitudes qui sacrifient le besoin au plaisir et dont la conséquence est précisément l'altération et la ruine des fonctions natu-

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PETITS ÉLÉMExXTS DE MORALE.

relies. Le plaisir, en effet, est dans une certaine mesure, l'auxiliaire et en quelque sorte l'interprète de la nature ; mais au-delà de cette limite, le plaisir ne se satisfait qu'aux dépens de la fonction même, et, par solidarité, de toutes les autres ; ainsi le trop manger détruit les fonctions digestives ; les boissons excitantes brûlent l'estomac et portent atteinte de la manière la plus grave au système nerveux.

c( Qui oserait, dit Bossuet, penser à d'autres excès qui se déclarent d'une manière bien plus dangereuse? Qui, dis-je, oserait en parler ou oserait y penser, puisqu'on n'en parle point sans pudeur et qu'on n'y pense point sans péril, même pour les blâmer? 0 Dieu, encore une lois, qui oserait parler de cette profonde et honteuse plaie de la nature, de cette concupiscence qui lie l'âme au corps par des liens si tendres et si violents, dont on a tant de peine à se défendre et qui cause aussi dans le ienre humain de si effroyables désordres ! »

L'abus des plaisirs des sens, en général, s'appelle intempérance, et le juste usage de ces plaisirs, tempérance. La gourmandise est l'abus des plaisirs du manger ; l'ivresse ou l'ivrognerie, l'abus des plaisirs du boire; l'impudicité ou luxure, l'abus dans les plaisirs attachés àla reproduction de l'espèce. A ces trois vices s'opposent la sobriété (opposée aux deux premiers vices) et la chasteté.

Le devoir de la tempérance se prouve par deux considérations : i' l'intempérance étant, comme le montre l'expérience, la ruine de la santé, elle est par là même contraire au devoir que nous avons de nous conserver ; 2' l'intempérance portant atteinte aux facultés intelleo

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AUTRES DEVOIRS A l'ÉGARD DU CORPS, ETC. 65,

tuelles et nous rendant incapables de toute action énergique et virile, est contraire au devoir qui nous est imposé de respecter nos facultés morales et de maintenir la supériorité de l'âme sur le corps.

Les anciens sages ont admirablement parlé de la tempérance. Socrate, en particulier, a bien montré que la tempérance rend l'homme libre, et que l'intempérance, en fait une brute et un esclave.

« Dis-moi, Euthydème, penses-tu que la liberté soit un bien précieux et honorable pour un particulier et pour un État? — C'est le plus précieux des biens. — Celui donc qui se laisse dominer par les plaisirs du corps et qui est mis par là dans l'impuissance de bien faire, le considères-tu comme un homme libre? — Pas le moins du monde. — Peut-être appelles-tu liberté le pouvoir de bien faire, et servitude la présence d'obstacles qui nous en empêchent? -— Justement. — Lesintempérants alors te paraîtront esclaves? — Oui, par Jupiter, et avec raison. — Que penses-tu de ces maîtres qui empêchent de faire le bien et qui obligent à faire le

mal? — C'est, par Jupiter, la pire espèce possible.

Et quelle est la pire des servitudes? — Selon moi, celle qui nous soumet aux pires des maîtres? — Amsi les intempérants subissent la pire des servitudes? — C'est mon avis. »

Une considération secondaire qui doit être ajoutée àcelle qui précède, c'est que l'intempérant qui cherche le plaisir ne le trouve pas; et même que ce plaisir, poursuivi d'une manière forcenée, se transforme en douleur : » L'intempérance, dit JVlontaigne, est pes.' - de la volupté

et la tempérance n'est pas son fléau, c'est son assaisonnement. )>

La tempérance ne doit pas se borner à Tintérieur; elle doit se manifester au dehors par les actes, les paroles, même le maintien et les attitudes : c'est ce que Ton appelle la décence, dont la principale partie est la pudeur. Enfin, comme l'âme est toujours tentée de se mettre au ton du corps, et que le dedans se compose naturellement sur le dehors, on évitera le désordre dans les manières, dans les habits, dans les paroles, qui amènent insensiblement le désordre dans les pensées. La dignité extérieure n'est que le reflet de la dignité de l'âme.

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