DEVOIRS RELATIFS A L INTELLIGENCE
cin, les principes de la médecine; l'artisan et le laboureur, les principes de leur art; 2** c'est un devoir pour tous les hommes, selon les moyens qu'ils ont à leur disposition, de s'instruire sur leurs devoirs; S** c'est encore un devoir pour chacun de dépasser, autant qu'il le peut, le strict nécessaire en matière d'instruction, et en raison des moyens qu'il a à sa disposition. C'est donc un devoir de ne négliger aucune occasion de s'instruire.
C'est encore un devoir de faire tous ses efforts pour éviter l'erreur, et de cultiver en soi le bon sens qui est la faculté de discerner le vrai du faux.
Quelques indications sur les causes de nos erreurs pourront être utilement indiquées à ce sujet (i).
1' Une première cause d'erreur dans les jugements que nous portons sur les choses, c'est de prendre notre intérêt pour motif de croire une chose : tout plaideur croit avoir raison.
2** Nos affections sont une autre cause d'illusion : (( Je l'aime, donc c'est le plus habile homme du monde ; je le hais, donc c'est un homme de néant, v C'est ce que l'on peut appeler le sophisme du cœur.
3" Illusions de l'amour-propre. Il en est qui décident tout par ce principe général et fort commode, qui est qu'ils ont raison. Ils écoutent peu les raisons des autres, ils veulent tout emporter par autorité, et traitent de téméraires tous ceux qui ne sont pas de leur sentiment. Quelques-uns même vont jusqu'à faire, sans s'en douter, ce plaisant raisonnement : a Si cela était, je ne serais pas un habile homme; or, je suis un habile honmie; donc cela n'est pas. »
(1) Tout ce qui suit est emprunté à la Logique de Port-RoyaU
4** Reproches réciproques que chacun peut se renvoyer avec le même droit : par exemple, d'être chicaneurs, intéressés, aveugles, de mauvaise foi, etc.
5" Esprit de contradiction et de dispute si admirablement peint par Montaigne : c< Nous n'apprenons à disputer que pour contredire; et chascun contredisant et estant contredict, il en advient que le fruict du disputer c'est perdre et anéantir la vérité... L'un va en Orient, l'autre l'Occident; ils perdent le principal, et s'escartent dans la presse des incidens; au bout d'une heure de tempeste, ils ne savent ce qu'ils cherchent; run est bas, l'autre hault, l'autre coslicr : qui se prend à un mot et une similitude ; qui ne sent plus ce qu'on lui oppose, tant il est engagé en sa course ; qui se trouvant foible de reins, craint tout, refuse tout, mesle dès l'entrée et confond le propos, ou, sur l'effort du débat, se mutine à se taire tout plat par une ignorance despite, affectant un orgueilleux mépris ou une sottement modeste fuyte de contention... »
6° Défaut contraire au précédent, à savoir complaisance adulatiice, qui approuve tout et admire tout.
Outre ces différentes illusions qui naissent de nous^ mêmes et de nos propres faiblesses, il y en a d'autres qui naissent du dehors, ou du moins des divers aspects sous lesquels les choses se présentent à nous :
1" Le mélange de vrai et de faux, de bien et de mal qui se rencontre dans les choses fait que nous les confondons souvent. Ainsi les bonnes qualités des personnes qu'on estime font approuver leurs défauts et réciproquement. Mais c'est précisément dans cette
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séparation judicieuse du bien et du mal que paraît l'exactitude de l'esprit.
2° Illusions qui naissent de l'éloquence et des faux ornements.
3** Interprétation malveillante des intentions secrètes fondée sur des signes équivoques. Un tel est ami d'un méchant, donc il est méchant; un tel critique quelques actes d'administration, c'est un séditieux; il en approuve d'autres, c'est un courtisan.
4° Fausses inductions tirées de quelques expériences particulières. La médecine ne guérit pas toutes les maladies, donc elle n'en guérit aucune; il y a des femmes légères, donc il n'y en a pas d'honnêtes ; il y a des hypocrites, donc la dévotion n'est qu'hypocrisie.
5** Erreur de juger les conseils par les événements. Il n'a pas réussi, donc il a eu tort; et réciproquement.
6** Sophisme de l'autorité. Il consiste à croire à la parole des hommes, en raison de certaines quaUtés qui n'ont aucun rapport avec la vérité à connaître; par exemple, en raison de l'âge, de la richesse et de la puissance. Sans doute on ne fait pas expressément ces sortes de raisonnements : il a cent mille livres de rente, donc il a raison; néanmoins il se passe quelque chose de semblable dans l'esprit des hommes, et qui emporte leur jugement sans qu'ils y pensent.
En signalant ces divers écueils où viennent échouer la plupart du temps le bon jugement et la droite raison, ou indique assez par là même les règles qui peuvent servir à former l'esprit : car il suffira d'être averti de ces sortes d'égarements pour les reconnaître en soi-même