DEVOIRS RELATIFS A L INTELLIGENCE
et les éviter, si Ton veut y mettre quelque peu de sincérité.
L'instruction et le bon sens conduisent à la vertu que l'on appelle la prudence^ qui consiste à bien délibérer pour agir et qui est Tart de bien discerner îDolre intérêt dans les choses qui nous concernent, et l'intérêt d'autrui dans les choses qui concernent autrui. Il y a donc deux sortes de prudence : la prudence personnelle, qui n'est que l'intérêt bien entendu, et la prudence civile ou désintéressée, qui s'applique aux intérêts d'autrui : ainsi, un général prudent, \m notaire prudent, un ministre prudent ne le sont pas pour eux-mêmes, mais pour les intéressés : à ce point de vue, ce n'est qu'un devoir envers autrui.
Quoique la pnidence ne soit que la vertu de Vutiley ^lle est cependant une vertu. Car, lorsque nous sommes sur le point d'êlre entraînés par la passion, c'est le devoir lui-même qui nous ordonne de préférer l'utile à l'agréable.
Voici quelques-unes des règles relatives à la prudence :
1** Il ne suffit pas de faire attention au bien ou au mal présent, il faut encore examiner quelles en seront les suites naturelles, afin que, comparant le présent avec l'avenir et balançant l'un par l'autre, on puisse reconnaître d'avance quel en doit être le ré3ullat.
2° Il est contre la raison de rechercher un bien qui causera certainement un mal plus considérable.
3" Rien n'est plus raisonnable que de se résoudre à souffrir un mal dont il doit certainement nous revenir un plus grand bien.
4' On doit préférer un plus grand bien à un moindre ; et réciproquement pour les maux.
5** Il n'est pas nécessaire d'avoir une entière certitude à regard des biens et des maux considérables : et la vraisemblance suffit pour engager une personne raisonnable à se priver de quelques petits biens ou à souffrir quelques maux légers, en vue d'acquérir des biens beaucoup plus grands, ou d'éviter des maux beaucoup plus fâcheux.
CUAPITRE XX