IMMORTALITE DE L AME
la seconde, c'est que toute sanction terrestre de la loi morale est insuffisante. En effet, s'il v a une âme distincte du corps, il n'est pas nécessaire qu'elle périsse avec lui. Si toutes les sanctions terrestres sont insuffisantes, il faut une sanction supérieure et définitive qui rétablisse l'harmonie naturelle de la vertu et du bonheur.
Insistons seulement sur cette seconde raison.
En principe, nous l'avons vu, le bonheur et le bien devraient être en raison directe l'un de l'autre : mais il n'en est pas ainsi dans la vie humaine.
En effet, on peut ramener à deux classes les plaisirs et les peines que l'on considère comme des sanctions de la loi morale :
l** Ceux qui n'ont aucun rapport direct, aucune connexion nécessaire avec le bien moral, par exemple les plaisirs des richesses ou de la santé.
2" Les plaisirs qui ont un rapport immédiat avec le bien moral, par exemple les plaisirs de l'estime et de la conscience.
Les souffrances sont également de deux espèces : celles qui peuvent venir de l'état du corps, ou des situations critiques et fâcheuses où l'homme est souvent engagé ; celles que l'on appelle remords, qui suivent inévitablement la violation de la loi morale. Maintenant, il est aisé de faire voir que le bien et le bonheur ne sont pas en harmonie dans la vie actuelle.
C'est un fait connu que la vertu n'est pas une égide suffisante pour vous protéger contre les coups de l'adversité, et que l'immoralité ne vous condamne pas nécessairement à la misère et à la douleur. Il est évident qu'un homme corrompu et méchant peut naître
avec tous les avantages du génie, de la fortune, de la santé: un homme honnête peut naître déshérité sur tous ces points. Il n*y a là ni injustice, ni hasard : mais cela prouve que l'harmonie du bien moral et du bonheur n'a pas été réservée à cette terre.
Quant aux plaisirs et aux peines delà conscience, il est encore évident qu'elles ne sont pas suffisantes. En effet, les plaisirs des sens peuvent étourdir et étouffer la voix du remords ; et il faut le dire aussi, quoique cela soit plus triste encore, il arrive quelquefois que l'impitoyable acharnement du malheur émousse, dans une âme honnête, le plaisir de la vertu ; et les efforts douloureux qu'elle coûte peuvent finir par effacer, pour un homme fatigué de la vie, les jouissances calmes et douces qu'elle procure.
Si telle est la disproportion et le désaccord des plaisirs et des peines internes avec le mérite moral de celui qui les éprouve, que sera-ce de cette sanction tout extérieure, qui consiste dans ces récompenses et dans ces châtiments que distribue l'inégale justice des hommes ? Je ne parle pas seulement des peines légales ; on sait qu'elles tombent quelquefois sur l'innocent, que souvent elles sont épargnées au coupable, que presque toujours elles sont disproportionnées, la loi punissant le crime, sans chercher à déterminer d'une manière absolument exacte la valeur morale de l'action. Mais je parle aussi des peines et des récompenses de l'opinion, de l'estime et du mépris. Sont-elles toujours en proportion exacte du mérite ?
De toutes ces observations, il résulte que la loi d'harmonie entre le bien et le bonheur n'est pas de ce monde, qu'il y a toujours désaccord ou tout au moins