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CHAPITRE XXXI

DEVOIRS ENVERS DIEU

S'il y a un Dieu, c'est-à-dire un auteur de l'ordre physique et de l'ordre moral, conservant et surveillant le monde dont il est le père, il s'ensuit que l'homme, faisant partie de ce monde, et se distinguant des autres créatures en ce qu'il se sait le fils de Dieu, est tenu envers ce père suprême à des sentiments de reconnaissance

DEVOIRS ENVERS DIEU

et de respect, envers ce juge suprême, à des sentiments de crainte et d'espérance , qui composent ce que l'on appelle le sentiment religieux.

Les deux principaux éléments des sentiments religieux sont : le respect et l'amour. Ces deux sentiments confondus en un seul, et s'adressant à l'être infini^ sont ce qu'on appelle V adoration. L'adoration est exclusivement consacrée à la Divinité : adorer d'autres objets que la divinité est ce que l'on appelle Vidolâtrie. L'ensemble des actes par lesquels se manifeste l'adoration s'appelle culte. Si ces actes sont renfermés dans l'âme , c'est le culte intérieur; s'ils se manifestent au dehors, c'est le culte extérieur.

On demande s'il faut un culte extérieur. Fénelon répond en montrant qu'il est la conséquence nécessaire et naturelle du culte intérieur, a Ne voit-on pas, dit-il, que le culte extérieur suit nécessairement le culte intérieur de l'amour? Donnez-moi une société d'hommes qui se regardent comme n'étant tous ensemble sur la terre qu'une seule famille, dont le père est au ciel ; donnez-moi des hommes qui ne vivent que du seul amour de ce père céleste, qui n'aiment ni le prochain, ni eux-mêmes que par amour de lui, et qui ne soient qu'un cœur et une âme : dans cette divine société n'est-il pas vrai que la bouche parlera sans cesse de l'abondance du cœur? Ils admireront le Très-Haut; ils chanteront le Très-Bon ; ils chanteront ses louanges ; ils le béniront pour tous ses bienfaits. Ils ne se borneront pas à l'aimer ; ils l'annonceront à tous les peuples de l'univers; ils voudront redresser leurs frères dès qu'ils les verront tentés, par l'orgueil ou par les pas-

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sions grossières, d'abandonner le Bien-Aimé. Ils gémiront de voir le moindre refroidissement de Tamour. Ils passeront au-delà des mers, jusqu'au bout de la terre, pour faire connaître et aimer le père commun aux peuples égarés qui ont oublié sa grandeur. Qu'appelezvous un culte extérieur, si celui-là n'en est pas un ? Dieu serait alors tout en tous; il serait le roi, le père, l'ami universel ; il serait la loi vivante des cœurs. Hélas ! si un roi mortel, ou un père de famille s'attire par sa sagesse l'estime et la confiance de tous ses enfants, on ne voit à toute heure que les honneurs qui lui sont rendus ; il ne faut point lui demander où est son culte, ni si on lui en doit un. Tout ce qu'on fait pour l'honorer, pour lui obéir et pour reconnaître ses grâces est un culte continuel qui saute aux yeux. Que serait-ce donc si les hommes étaient possédés de l'amour de Dieu ! Leur société serait un culte continuel, comme celui qu'on nous dépeint des bienheureux dans le ciel (1).»

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