‹ Petits éléments de morale [microform]Chapitre 5 sur 48 · LE PLAISIR ET LE BIEN · texte numérisé non relu

LE PLAISIR ET LE BIEN

Nous venons de voir que l'homme est naturellement entrahié vers le plaisir; et l'on est tenté de croire que c'est là le seul véritable bien. Le bien, en effet, n'estil pas le bonheur? et le bonheur n'est-il pas dans le plaisir? La morale peut-elle avoir un autre but que de nous apprendre à être heureux?

On peut affirmer sans aucun doute que la morale nous apprend à être heureux et nous met sur le chemin du vrai bonheur. Mais ce n'est pas, comme on pourrait le croire, en obéissant à celte loi aveugle de la nature qui nous porte au plaisir que l'on sera véritablement heureux. Le chemin qu'indique la morale est moins facile, mais il est plus sûr.

De très-simples réflexions suffiront à nous faire voir qu'on ne peut dire d'une manière absolue que le plaisir soit le bien et que la douleur soit le mal. L'expérience et le raisonnement ont facilement raison de cette opinion.

1" Le plaisir n'est pas toujours un bien, et même il peut devenir un véritable mal, selon les circonstances. Réciproquement toute douleur n'est pas toujours un mal, et peut même devenir un grand bien. Ainsi nous voyons d'un côté que les plaisirs de l'intempérance amènent avec eux la maladie, la perte de la santé et de la raison, l'abréviation de la vie. Les plai-

sirs de la paresse amènent avec eux la pauvreté, Tinutililé, le mépris des hommes. Les plaisirs de la vengeance et du crime amènent à leur suite le châtiment, le remords, etc. Réciproquement on voit les douleurs et les épreuves les plus pénibles amener à leur suite des biens évidents. L'amputation nous sauve la vie, le travail énergique et pénible donne Taisance, etc. Dans ces différents cas, si l'on considère les résultats, c'est le plaisir qui est un mal, c'est la douleur qui est un bien.

2* Il faut ajouter que parmi les plaisirs, les uns sont bas, honteux et vulgaires, par exemple les plaisirs de l'ivresse; les autres nobles et généreux par exemple, l'héroïsme du soldat. Parmi les plaisirs de l'homme, il en est qui lui sont communs avec les bêtes, d'autres qui sont propres à l'homme. Mettra-t-on sur la même ligne les uns et les autres?

3" Il y a des plaisirs très-vifs, mais qui sont passagers et fugitifs, comme les plaisirs des passions. Il y en a d'autres qui sont durables et continus, comme ceux de la santé, de la sécurité, de l'aisance, de la considération. Sacrifiera- t-on ces plaisirs qui durent toute la vie à des plaisirs qui ne durent qu'une heure?

4" D'autres plaisirs sont très-vifs, mais également incertains et livrés au hasard, par exemple les plaisirs de l'ambition ou les plaisirs du jeu; d'autres au contraire, plus calmes et moins enivrants, mais plus sûrs, par exemple les plaisirs de la famille.

Ainsi les plaisirs peuvent être comparés sous le rapport de la certitude, de la pureté, de la durée, de Titit€nsite\ etc. L'expérience nous apprend qu'il ne faut pas

l'utile et l'honnête. ii

rechercher les plaisirs sans choix et sans distinction, qu'il faut user de sa raison pour les comparer entre eux, sacrifier le présent incertain et passager à un avenir durable, préférer les plaisirs simples et paisibles, non suivis de regrets, aux plaisirs tumultueux et dangereux des passions, etc, en un mol sacrifier VagréahU à Vutile.

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