‹ Petits mémoires d'une stalle d'orchestreChapitre 13 sur 47 · UN TÉMOIN · texte numérisé non relu

UN TÉMOIN

Aux noces de Cana, cet homme à Toeil divin

A changé sous nos yeux Teau fade en très bon vin.

CAÏPHE

Si ça se propageait, messieurs nos rals-de-cave Ne pourraient pas toucher une petite rave.

Autrement dit : en fait d'impôts des boissons, l'État n'aurait plus un radis.

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Ce qui concernait le principal délit était exprimé en vers qu'on ne désavouerait pas à rodéon :

CAÏPHB.

Jésus de Nazareth, voyons, écoutez-moi : Ne leur avez-vous pas dit que vous étiez roi? Répondez nettement, dans un très clair langage, Oui ou non, c'est-il vrai? Répondez sans ambage.

JÉSUS

Il est vrai ; en voyant le peuple rassemblé Plus serré que ne sont les épis dans un blé, J'ai dit, en lui montrant la demeure céleste : — Je suis le Fils de Dieu; je suis roi. caïphe.

C'était leste.

Il y avait encore des scènes remarquables et de beaux passages. Par exemple, en guise de leçon pour les masses démocratiques, quand il s'agit, à propos des fêtes de Pâques, de demander aux citoyens de Jérusalem de désigner celui des condamnés à mort qu'ils désirent voir gracier; le mouvement est rapide et fait bien comprendre que les prédilections des masses sont plus volontiers formulées en faveur des indignes.

CAÏPHE, au peuple.

Lequel voulez-vous donc arracher au trépas Du voleur ou du dieu?

voix DU PEUPLE.

Nous voulons Barrabas !

Il serait difficile de traduire avec plus de concision et de rapidité le : Date nobis Barrabam. des Évangiles. — Je viens de parler de la contexture de ce poème étrange. Ce qui reste à dire ; c'est que les fantoches qui jouent dans la Passion sont de fort belles marionnettes, très bien vêtues à l'orientale et ont tout ce qu'il faut pour produire un très grand effet sur l'œil des spectateurs.

Après la représentation, qui, je crois, à raison de dix centimes par tète, avait rapporté douze francs soixante-dix centimes au théâtre, je voulus avoir une minute d'entretien avec Vhnpresario qui dirigeait ce spectacle.

— La Passion de Notre-Seigneur est une belle pièce, lui dis-je, mais toujours la Passion, cela finit par devenir monotone. Est-ce que vous ne renouvelez jamais votre spectacle?

— Si, monsieur, mais, quand cela arrive, je ne le fais qu'à contre-cœur.

— Je comprends. Vous tenez à entretenir dans le public les étincelles de la foi chrétienne.

— Monsieur, vous n'y êtes pas, reprit-il. La vérité, c'est qu'en France, il faut le moins possible déranger les habitudes ou s'écarter de la routine, comme on voudra. Tenez, j'ai eu, une fois, la funeste pensée de varier mon affiche. J'ai donc monté à grands frais la Tour de Nesle, de

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M. Alexandre Dumas, drame superbe, n'est-ce pas? Il ne m'a pas l'allu moins de cinquante francs pour changer les décors et aussi pour mettre à mes acteurs d'autres costumes. Ah ! sans doute, la Tour de Nesie est un ouvrage intéressant. Mais ça ne plaisait qu'aux raffinés. Voilà pourquoi je ne l'ai guère représenté que dix mille fois environ, à raison de dix représentations par jour. La Passion (le Notre-Seigneur, au contraire, ça charme toujours la ville et la campagne. Je la joue toujours et elle fait toujours recette.

Il ajouta ici une confidence assez curieuse au point de vue anecdotique.

— Une fois, dit-il, c'était en 1855, nous nous trouvions en pleine Bourgogne, à Mâcon, sur la grande place de la ville. Au milieu des autres spectateurs entra un vieillard de haute taille, maigre, pâle et fier. Il me jeta une pièce blanche dans la main. J'ai su depuis que ce n'était autre que M. de Lamartine. Se serait-il dérangé pour venir voir la Tow' de Nesle ?

J'avoue que cette révélation de V imprésario me rendit rêveur.

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