‹ Petits mémoires d'une stalle d'orchestreChapitre 32 sur 47 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

piCROCHOLiNE. — Ah! c'cst pour dire que nous n'avons plus que dix minutes. Voyons, mam' Laloue, mes moustaches.

l'habilleuse. — Attendez, ma biche, je vous colle ça en deux temps et trois mouvements.

(En ce moment, il se fait un bruit inaccoutumé à la porte de la loge.)

VOIX DE FEMME. — Est-Ce ici?

AUTRE VOIX. — Oui, madame.

VOIX DE FEMME. — Je frappe, alors, puisqu'on refuse de m'ouvrir. — Pan ! pan ! pan !

MADEMOISELLE iMPERiA. — Mademoiselle Impéria, du théâtre de***.

d'une stalle d'orchestre 247

picROCHOLiNE, eu s" adressant à la cantonade. — Tiens, qu'est-ce qu'elle vient l'aire dans notre bazar, cette grue-là?

MADEMOISELLE IMPÉRIA. — GC qUC jC viCUS faiPC,

vous allez le voir.

piCROCHOLiisE. — Eh bien, attendez.

MADEMOISELLE IMPÉRIA. — DU tOUt. JC SUiS pPCS-

sée.

PICROCHOLINE. — Ticus, iiioi aussi, puisque je suis en train de mettre mes bottes.

(Au bout de dix minutes, la porte s'ouvre.)

MADEMOiSELBE IMPÉRIA, en costume de ville, chapeau, châle et manchon, entre en grondant comme la tempête qui se déchaîne sur la Méditerranée. Après avoir fait trois pas d'une manière théâtrale, elle tire d'un sac un paquet de lettres. — Mademoiselle, reconnaissez-vous ça?

PICROCHOLINE, fièrement. — Oui, madame : ce sont des pattes de mouches venant de moi.

MADEMOISELLE IMPÉRIA. — Dcs Icttrcs adressécs à Thémistocle Fanfreluche?

PICROCHOLINE. — Précisément.

MADEMOISELLE IMPÉRIA. — Thémistoclc Fanfrcluche est l'homme c^ue je vais épouser dans quinze jours d'ici, mademoiselle.

PICROCHOLINE. — Par dcvaut M. le maire et M. le curé?

MADEMOISELLE IMPÉRIA. — Oui, mademoiselle.

piCROCHOLiNE. — Eli bien, entre nous, il a bon goût, ce pas grand'chose : vous ! un vrai bâton !

MADEMOISELLE iMPÉuiA. — Mais, mademoiselle, vous m'insultez chez vous !

PICROCHOLINE. — Rien de plus simple, puisque vous venez me braver chez moi. (De fil en aifjtdlle, de mots en mots, elles se Jettent rime sur Vautre et se crêpent le chignon. Finalement, c'est mademoiselle Impéria qui a le dessous.)

MADEMOISELLE IMPÉRIA. — Elle m'a assoiTimée, cette harpie !

l'habilleuse. — Dame, c'est tout simple. Pourquoi venir provoquer dans sa loge une actrice qui porte des moustaches?

(Mademoiselle Impéria se retire en sanglotant.)

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