Petits mémoires de l'Opéra
Les Petits Mémoires de P Opéra! C'est triste, n'est-ce pas? c'est de mauvais augure de commencer un ouvrage par une faute de français, de prendre un titre d'un purisme douteux, de fouler aux pieds les droits d'une estimable préposition! une préposition pour une autre. De au lieu de sur! voilà mon crime! M. Scribe n'en fait pas d'autres ou plutôt en fait bien d'autres! 0 puristes, prenez ma tête, mais laissez-moi parler: on ne condamne pas, on n'exécute pas les gens sans les avoir entendus ! Entendez-moi donc! D'abord je ne suis pas de ces gens qui ne tiennent pas à un de de plus ou de moins; j'ai péché avec connaissance de cause ; j'ai péché sachant que je péchais, sachant qu'on ne doit pas dire : Mémoires de l'Opéra, mais : Mémoires sur l'Opéra.
Et pourquoi donc l'Opéra serait-il condamné à ce sur, qui n'appartient qu'aux choses, aux objets inanimés? L'Opéra n'est-il pas un être collectif? soit, mais vivant, tout ce qu'il y a de plus vivant. A l'Opéra, toutes les
passions humaines ne fonctionnent-elles pas avec fureur : l'envie, l'avarice, l'orgueil, le mensonge, et quelquefois même l'amour? L'Opéra a donc le droit, cent fois le droit d'avoir ses Mémoires, ni plus, ni moins qu'un bourgeois de Paris; l'Opéra n'est pas fait pour l'humble sur; le de, le noble de lui appartient aussi légitimement qu'au marquis le plus authentique.
Et puis, dans la vie, hommes et livres sacrifient beaucoup à un nom, et ils n'ont pas tort. 11 y a de bons et de mauvais noms, des noms à succès et des noms maudits. Au théâtre, le nom marche presque sur la même ligne que le talent. Chantez comme Malibran, dansez comme Taglioni, mais appelez-vous Chapoudaillard ou Schneitzoetzefer , et vous verrez si jamais le public idolâtre vous rappellera, s'il daignera s'érailler le gosier avec un nom raboteux ou se salir la bouche avec un nom de portier. Vous en serez pour vos roulades et poiîr vos entrechats. Je ne connais au théâtre que deux exceptions à cette maligne influence du nom : mademoiselle Miolan et M. Clapisson, qui ont si complètement triomphé du Miolan et du Clapisson. Ah! s'ils s'étaient seulement appelés comme tout le monde!
Le public qui lit n'est guère moins bégueule que le public des théâtres. Souvent d'un titre dépend le sort d'un livre. 11 faut un titre dont la disposition flatte l'œil, dont la consonnance chatouille l'oreille, pas trop long, quelque Chose de précis, de vif, de sympathique.
Va donc pour les Petits Mémoires j>e V Opéra! — Puisse ce de leur porter tout le bonheur que je leur souhaite î