DÉBUTS
Madame Bosio. Du chef de son mari, cette reine du chant s'appelait Xinda Velonis, deux mots grecs qui signifient, diton, soixante épingles. Il y avait beaucoup à faire, tout à faire avec elle. Elle a pu galvaniser seize fois de suite le sublime, mais ennuyeux oratorio de Moïse.
Madame Steller. Créole , tout ce qu'il y a de plus créole , n'en déplaise à son nom allemand, alsacien. Belle fille, belle voix ; oiseau de passage.
DANSE
Madame Guy Stephan. Spécialité des pas espagnols.
Rosati. Prend sur l'affiche la qualité de madame, comme madame Guy Stephan, comme madame Cerrito, contrairement à toutes les traditions de la danse. Dans la danse, il n'y a que des demoiselles. Début dans Jovita. Succès. Avait fait à Paris une première, une seule apparition en 1850 ;
elle n'était alors qu'une demi-étoile ! Lumley étant directeur "des deux théâtres italiens de Londres et de Paris. De Lonjdres il avait transporté à Paris la Tempesta, opéra italien d'Halévy ; dans la Tempesta, Rosati dansait un pas ; à la première représentation, elle se prit le pied dans une trappe, se blessa, et ne reparut plus de la saison.
Madame Rosati est aujourd'hui première danseuse, seule première danseuse à l'Opéra. Elle gagne plus que Taglioni, Essler, Carlotta Grisi, Cerrito, n'ont jamais gagné. La taille un peu forte, mime passionnée, danseuse agréable, mais se ménageant trop, ne se réglant que de courts échos, des ensembles; se reposant après chaque entrechat, chaque pirouette; mais danseuse à recettes1 !
Nonne sanglante. Encore un ours, un vieil ours de M. Scribe, casier n° 5. M. Gounod n'a pas de chance : tomber de Sapho en Nonne sanglante !
Gemma, ballet de madame Cerrito et de Théophile Gautier, musique de M. le comte Gabrielli.
En faisant précéder sur l'affiche son nom du nom de
1. A sa dernière rentrée, Rosati a été littéralement ensevelie sous une avalanche de fleurs. Un de ses admirateurs lui avait envoyé son bouquet à domicile, ne voulant pas, sous prétexte d'enthousiasme, risquer d'assommer son idole. Et le bouquet en question en était bien capable. Exposé chez Barjon, le monstre, l'arbre avait fait émeute, et peu s'en était fallu que la boutique ne fût prise d'assaut par la foule avide de le voir de plus près, de toucher le volant de dentelle qui entourait le pied de l'arbre en guise de papier. Voilà comment les choses se pratiquent à l'Opéra en 1856! Des fleurs, les danseuses sont passées aux dentelles, aux dentelles de 1,200 francs l A bientôt, quand elles monteront, les actions du Mobilier !
Cerrito, Théophile Gautier n'a pas commis seulement un acte de galanterie. Cerrito a réellement apporté sa part do collaboration, non-seulement des jambes, mais de la tête. Jusqu'où l'a-t-elle poussée? de quel pied a-t-elle tenu la plume? Peu importe ! elle est la mère et non la marraine de Gemma, au même titre que Théophile Gautier en est le père.
Cette intéressante Gemma est déjà oubliée , et je crains qu'il n'ait pas été conservé un plus long souvenir du mime italien qui y remplissait un rôle de magnétiseur, et se précipitait avec bonheur du haut d'une cascade. Égaré par le succès, convaincu que personne n'oserait après lui risquer le saut et la comparaison, le mime ci-dessus déclara, après quelques représentations, qu'il était décidé à ne plus sauter ni magnétiser pour le roi de Prusse; en d'autres termes, il demanda une augmentation de salaire. L'ingrat! il oubliait qu'il devait tout à Cerrito qui l'avait tiré de la misère et de l'Italie; le niais! il se croyait nécessaire, et une heure après son ultimatum il était remplacé!