‹ Petits mémoires de l'OpéraChapitre 46 sur 49 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Les Petits Mémoires de V Opéra étaient terminés , ils ne demandaient plus qu'à paraître à la Librairie Nouvelle, et surtout à disparaître; mais les livres proposent et les éditeurs disposent. Le mois de juin était venu, mois fâcheux où tout Paris quitte ou va quitter Paris. Le moment eût été mal choisi pour lancer les Petits Mémoires de l'Opéra, et ils sont rentrés au logis, attendant le retour de la bonne saison, de l'hiver. Le mois de novembre est enfin venu, mais, dans l'intervalle, la direction était passée en d'autres mains. M. Grosnier n'était plus... administrateur de l'Opéra. M. Alphonse Royer l'avait remplacé. Son avènement, en justifiant mon jugement sur M. Crosnier, n'a pas modifié les opinions que j'avais il y a six mois. Mon siège était fait, je l'ai laissé tel qu'il était.

Le succès est le meilleur de tous les protecteurs. C'est le succès qui a désigné M. Alphonse Royer au choix du ministre. On est allé le chercher à l'Odéon, où il avait bien fait, et où, soit dit en passant, il est plus difficile qu'on ne croit de ne pas bien faire.

On l'a nommé directeur, ou administrateur, je ne sais pas au juste quel est le titre de M. Royer. On lui a fait une position honorable, légitime compensation de celle qu'il s'était

faite à l'Odéon et qu'il abandonnait. Autorité, traitement, pleins pouvoirs, on lui a tout donné, tout, excepté l'appartement qui, jusqu'ici , avait été occupé par les directeurs qui se sont succédé à l'Opéra. M. Royer ne loge pas à Vadministration, il loge en ville; il va le matin à son théâtre, comme les employés vont à leur bureau, comme les ministres aux États-Unis vont à leur ministère.

A côté des avantages qui doivent résulter de cette innovation, n'y aurait-il pas un inconvénient? Ainsi éloigné le soir, la nuit, de l'Opéra, le directeur n'a pas l'air installé, assis : c'est un directeur debout. Debout ! mais n'est-ce pas la meilleure, la seule position que puisse, que doive ambitionner un directeur?

M. Royer n'était pas étranger à l'Opéra , il y avait déjà fait représenter la Favorite, et l'on sait avec quel succès ! Quoique de formes littéraires un peu vieillies, M. Royer est un écrivain distingué. Comme directeur, il a fait ses preuves outre-ponts , et il les continuera rue Lepelletier, soyons-en sûrs; mais donnons-lui le temps de s'acclimater, de faire connaissance avec ses artistes, ses décorations, son répertoire, son public ; donnons-lui le temps de nous offrir du Royer, du vrai Royer; donnons-lui le temps de s'asseoir... Ah ! j'avais oublié... M. Royer est un directeur debout!

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