‹ Petits mémoiresChapitre 20 sur 21 · LE DUC D'AUMALE · texte numérisé non relu

LE DUC D'AUMALE

27 mai 1897.

A l'heure où la pierre tombale vient de se sceller pour l'éternité sur la noble dépouille du prince qui fut l'héritier des Gondé, nous croyons pouvoir extraire textuellement de cahiers, tenus au jour le jour, certains souvenirs propres à mieux éclairer les traits du serviteur dévoué que la France vient de perdre, et qu'elle ne saurait assez regretter. Car, si M. le duc d'Aumale se montra toujours a hauteur de ses destinées, ce fut le pays, égaré par les politiciens, qui se priva des grands services que celui-ci pouvait lui rendre comme général ou comme citoyen, aux époques les plus critiques de cette fin de siècle.

Laissons parler le prince, en nous reportant d'abord aux temps troublés de 1872.

2 octobre 1872. — Le duc Decazes m*a apporté le billet suivant :

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« Faubourg Saint-Honbré, 129.

« Mon cher comte, je serai charmé de vous voir à Chantilly demain matin, à 11 heures.

i< Votre affectionné,

(( H. d'Orléans. »

3 octobre 1872. — Après le déjeuner, MM. Bocher et Estancelin restent au salon, avec le duc de Guise. Le prince m'amène dans son cabinet, où nous demeurons seuls, durant presque deux heures. Nous parlons politique.

J'expose que les princes d'Orléans, dont la conduite a été aussi loyale que mal comprise par le pays, égaré à dessein, peuvent encore beaucoup pour la France. D'ici quinze jours (plus tard serait trop tard), un manifeste signé par le duc, par Mgr le prince de Joinville et Mgr le comte de Paris, disant que les princes rentrent dans la vie privée et se rallient formellement au régime républicain, doit fonder Isi République conse7'vatrice et leur réserve dans ravenir un rôle utile à leur pays. Toute fusion ou essai de fusion, toute conspiration calculée ou inconsciente, ce serait, vu le désarroi de l'opinion et en face d'un ennemi qui n'a pas désarmé, la perte de la France.

Mgr le duc d'Aumale me répond « qu'il a

tout fait pour la fusion, au. succès de laquelle il ajoutait, d'ailleurs, peu de foi ; que les d'Orléans ne sont plus liés au comte de Ghambord par aucun engagement; qu'ils sont absolument libres.

Quant à lui, il n'a plus aucune illusion sur les sentiments de M. Thiers à leur égard. Ce dernier ne lui a-t-il pas fait dire : « Que le duc d' Aumale en fasse son profit : quand on est au pouvoir, il faut savoir y rester. » M. Thiers veut la présidence à vie, et il nous considère comme ses plus mortels embarras.

<( Vous êtes, continua-t-il, le premier à m'avoir dit la vérité. Je pense comme vous.

J'ai voulu faire ce manifeste au mois d'août dernier. Je n'ai aucune répugnance à tenir ce langage. Le résultat de mes observations, c'est que le pays veut la République. On ne remontera pas le courant ; il faut Fendiguer. Nous n'avons jamais été des conspirateurs. J'eusse pu arriver au pouvoir le jour où M. Thiers a donné sa démission. Ce n'est pas à nous à porter la main sur le pouvoir. Si le ciel appelle encore les d'Orléans au service de leur pays, il nous trouvera prêts aussi bien sous la Républiqu e^Je vais réfléchir: d'ici peu de temps, \ dirai ma résolution. »

yeiien roule ensuite sur le maréchal

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Bazaine. « M. Thiers veut m'infliger la corvée de présider le conseil de guerre. Il me serait dur de juger mon ancien camarade. C'est à l'amiral Trébouart ou à l'amiral Rigaud de Genouilly que cette fonction incombe de droit. Si pourtant j'y suis forcé, je saurai faire mon devoir. »

Il m'interroge longuement sur le rôle du maréchal au Mexique. Je rétablis la vérité des faits sur plusieurs points où l'ancien commandant en chef a été calomnié. Après l'entretien, il me fait les honneurs du palais, de la galerie des batailles de Condé, et, en me les indiquant, il commente toutes ces grandes campagnes du Rhin et du Nord avec une érudition que rend plus vibrante encore son accent patriotique.

« Il y avait des généraux, alors ! » s'écrie-t-il. Puis il me désigne le drapeau blanc et bleu peint sur la porte du fond, a Je l'ai montré au duc de Bisaccia, dit-il. Voilà Taîné du drapeau blanc! Et leur sortie du drapeau blanc a été absurde. »

Quatorze années se sont écoulées, — 22 juin 1886. — Le Sénat a commencé, hier, la discussion de la loi de proscription votée par la Chambre des députés. Le vote final doit avoir lieu aujourd'hui. On conserve encore l'espoir qu'il sera favorable au rejet, vigoureusement

soutenu par la majorité de la commission sénatoriale et par son rapporteur, M. Bérenger.

Mgr le duc d'Aumale, se souvenant, que sous l'Empire j'ai pris la parole, au Corps législatif, avec mon collègue, M. Estancelin, pour l'abrogation de cette inique loi d'exception qui les frappait, me prie d'assister à la séance et de lui rapporter d'urgence le résultat du vote.

En sortant du palais du Luxembourg, je me rends en hâte rue de l'Elysée, ou le duc m'attend dans son petit hôtel. Son aide de camp, M. de Chazelle, m'introduit dans le cabinet du prince, situé au premier étage.

Le duc est debout: « Eh bien? — Triste nouvelle. Monseigneur. L'article premier, interdisant le territoire français aux chefs des familles ayant régné en France et à leurs héritiers directs a été voté par 137 voix contre 122. — Et l'article 4? — Le texte primitif a été maintenu. Les membres des familles ayant régné en France ne pourront entrer dans les armées de terre et de mer, ni exercer aucune fonctioa publique. Il a été voté comme l'ensemble de la loi par 141 voix contre 107. »

;t Le prince s'est redressé, superbe. « Les

fonctions, que m'importe ! Mais mon épée, je la garde. C'est l'histoire qui me l'a donnée et qui la laissera intacte. Car elle n'a jamais été

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tirée au clair qu'au grand jour, face à l'ennemi. Nous ne sommes pas des oiseaux de nuit, nous ! »

Après un silence douloureux, arpentant son cabinet, il reprit brusquement : « Et les généraux d'Afrique, ont-ils parlé? » Comme je me taisais : « — Ont-ils voté, du moins ? — Monseigneur, le vote a eu lieu au scrutin secret. Cinq généraux se sont abstenus à l'appel de leurs noms, que voici. — Non, merci, je ne les saurai que trop tôt. ».

Le prince se rassit face à son bureau et, quand il me tendit la main, une larme tombait sur le papier.

La campagne boulangiste battait son plein.

Floquet, mon ancien camarade de Saint-Louis, comme Rochefort, était alors ministre de l'Intérieur. Je lui savais l'âme haute, une fois livré à lui-même. Mon cahier de souvenirs sous le bras, je frappai à la porte de son cabinet et je lui fis lire ce qui est reproduit plus haut. Quand je me retirai, j'emportai de lui la promesse formelle qu'il allait préparer le décret d'abrogation de la mesure d'exil en faveur du duc d'Aumale.

A ma sortie de la place Beauveau, à hauteur du boulevard des Capucines, je rencontrai précisément M* Aug. Laugel, à qui je fis

part de la promesse reçue. La chute du ministère ajourna Tappel du prince sur le sol français. On sait le reste.

C'est la France qui aurait dû mener le deuil du grand serviteur qu'elle a perdu. La République a eu cette rare et bonne fortune de pouvoir appeler à la présider un vrai capitaine, un libéral, un grand seigneur dont les alliances en Europe avaient leur poids, dont la puissante fortune en faisait un généreux et éclairé Mécène des lettres et des arts, dont la parole était droite comme son épée. Elle Ta méconnu, trompée par les calculs égoïstes des jouisseurs politiciens. Dieu veuille qu'elle retrouve son pareil ! elle en aura besoin.

Mais qu'importe tout cela, en l'an de grâce 1897, où les Français acceptent, sans sourciller, l'aumône monnayée du vainqueur qui a su nous imposer son excessive courtoisie !

ANNE DE KERLAZ

Le vent d'ouest souffle en tempête. Pas une étoile au ciel. La lumière verdâtre du phare qui se dresse au haut du roc, face à Pile d'Ouessant, parvient seule à percer de temps à autre le brouillard que l'ouragan rejette sur la côte. Les grandes lames de l'Océan accourent sans trêve du large, blanches d'écume, et se brisent dans un fracas infernal, au fur et à mesure qu'elles montent à l'assaut de la falaise granitique que couronne la vieille et gothique abbaye de Saint-Mathieu, sentinelle avancée du continent sur la Manche et sur l'Océan.

Dans l'ombre, muets et immobiles, fouettés par le grain, transis sous les embruns de vagues rebondissantes, veillent deux guetteurs; Soudain, un large éclair, trouant la nuée, illumine leurs rudes visages et laisse entrevoir, à r-entrée de la passe du Gonquet, un brick à

demi démât(^, pavillon tricolore à la corne, fuyant devant la tourmente. C'est un transport do Bleus qui, sortis du goulet, essaient de débarquer sur la plage plus abritée des « Blancs- Sablons ». Ce sont les Bleus qui so it expédiés de Brest pour prendre à revers les rassemblements de Bretons restés fidèles au roi et déjà cornés sur terre par les milices ''ïiît^ 'es du district, que dirige Jean Bon-Saint-^Audré, le commissaire du Salut public, récemment délégué de Paris,

Les deux guetteurs se sont levés du même coup. Ils se sont saisis de deux fanaux d'ordonnance tout allumés et dissimulés sous les ajoncs, l'un rouge et l'autre vert, de ceux qui servent à marquer la position des navires à l'ancre. Puis ils les fixent aux deux bouts d'une longue perche qu'ils élèvent et balancent méthodiquement, en imitant le mouvement du tangage. Trompé par le stratagème, le brick laisse arriver sur les feux qu'il croit ceux d'un bâtiment au mouillage : il approche ; on distingue déjà partie de l'équipage grimpant dans les haubans pour serrer la fbile. Tout à coup, un sourd craquement sur les récifs ; un long cri de désespoir, puis plus rieii ! La mer avait accompli son œuvre. Un cri de mouette monte dans les airs; un cri de hibou lui ré-

ANNE DE KERLAZ

pondit du haut du clocher. Aussitôt, los guetteurs disparurent sous les obscurs arceaux de l'antique église, et tout rentra dans le silence rythmé de la rafale.

Un ti^nt l'aube, les airs ot le (lut s'é-

taient assoupis. La lune, nacrant d'argent les flaques d'eau laissées derrière elle par la marée descendante, s'éteignait à l'horizon. Du pied de la falaise, s'éleva une voix chaude et sonore entonnant, dans le dialecte deCornouaille. par strophes coupées, la chanson des Bleus {Ar re c'hîaz), le cri de guerre de l'époque (1) :

« J'entends les chiens qui hurlent! Voilà les Bleus! Fuyons vers les bois; chassons devant nous ce que nous aimons.

« Ils ont ravagé les belles vallées de la Basse- Bretagne, jadis si vertes, oii l'on n'entend plus la voix de l'homme et des troupeaux,

« Ils ont volé les vases sacrés, détruit uns ossuaires et dispersé les reliques I

« Notre croix sainte, ô mm Dieu, a été abattue partout, et la croix de la bascule (guillotioe) dressée à sa place.

" Nos prêtres, qui ont pu s'enfuir, se Ciichent

(I) Extrait iJe Barzaz Breiz de. M, de Villemarqué.

dans les forêts où ils disent la messe, la nuit, parmi les rochers, le jour, sur mer, en bateau.

« Nobles et hommes d'Église, hommes des champs, au front haut, tous les Bretons sont persécutés parce qu'ils sont chrétiens.

« Frappe fort I Frappe à la tête ! Frappe plus fort encore ! Tu te reposeras demain. »

A peine le barde improvisé se fut-il tû, que que les vitraux de l'abbaye s'illuminèrent comme par enchantement. Le son des cloches monta dans Tespace embrumé, mariant sa voix grave aux chants funèbres qui pleuraient sous les voûtes du temple.

A travers son portail qui s'était ouvert à deux battants pour laisser passage aux fidèles dont le nombre allait grossissant, le spectacle, que présentaient la nef et le cloître qui la précédait, était aussi imprévu que touchant. Les murailles étaient nues comme l'autel dépouillé de tous ses ornements. Sur les flancs d'un cercueil, recouvert d'un large voile noir, sans autre insigne qu'un bouquet de bruyères sauvages, se tenaient droits six paysans, aux cheveux longs, vestes et calottes courtes, porteurs de torches de résine dont la flamme grésillante vacillait au gré du vent qui s'engoufi'rait dans l'enceinte. Au pied de l'autel, le recteur de la paroisse, tête blanchie par les années,

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psalmodiait l'office des morts. L'assistance répétait sourdement les versets dans un recueillement profond. Nobles et vilains étaient confondus sans distance de rang, hommes d'un côté, femmes de l'autre.

On récitait les dernières prières sur les restes d'un jeune enseigne de vaisseau, le chevalier de Kerorven, de la corvette le Ballon^ accusé d'avoir arboré à son bord la cocarde blanche, durant sa dernière croisière, et guillotiné, l'avant-veille, à Brest, 20 pluviôse 1793, sur la place du Champ-de-Bataille. Des amis dévoués avaient pu rapporter nuitamment, au Conquet, le corps mutilé de l'enfant du pays, tombé, le second dans le Finistère, victime du massacre révolutionnaire.

Tous priaient agenouillés. Seule, une jeune fille de noble stature, placée au premier rang, était restée debout, le regard obstinément attaché sur la modeste bière. Le visage pâle, les narines contractées, les yeux secs, Tallure fière, elle apparaissait de corps figée dans la douleur, d'esprit transportée dans la contemplation de l'au delà. C'était M"« de Kerlaz, la plus^ riche orpheline du Tresliir, naguère fiancée au malheureux supplicié.

Aux accents plaintifs du Miserere^ les six porteurs de torches firent demi-tour, soulevé*

rent le cercueil d'un commun effort, et, sur les pas tremblants du vieux prêtre, se dirigèrent au fond du cloître, vers une fosse béante où Ton descendit la bière. Après le tassement de la dernière pelletée de terre, chacun défila silencieux, secouant sur la dépouille ensevelie un rameau de buis béni ; puis le recteur, d'une voix entrecoupée, annonça que la triste cérémonie était terminée. Alors Anne, éclatant en un déchirant sanglot, se laissa tomber à genoux et s'écria douloureusement : « Personne pour le venger ! »

Aussitôt, de la foule frémissante sortit un homme aux épaulés athlétiques, vêtu du costume des équipages de la flotte, qui, brandissant au-dessus de sa tête un long poignard ayant forme de crucifix, s'arrêta aux pieds de la fosse : « Moi, Hervé Legludic, s'écria-t-il, enrôlé au service du roi, fils des vieux serviteurs de la famille Kerorven, je jure sur cette croix que leur fils sera vengé. >> Du même coup il planta brusquement le poignard dans la terre humide de la sépulture et l'y laissa. Les cris de « Vive Legludic I Vive le Roi! »

éclatèrent de toutes parts. Le jour était venu. Chapeaux ronds et capelines noires disparurent peu à peu dans la buée, à travers les chemins creux, et le cloître redevint déser^r

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Anne de Kerlaz, suivie de ses femmes, avait reprit la route de son manoir. Par besoin de solitude, elle était descendue par la grève, pour regagner la côte du Treshir dont le clocher à jour se profilait à l'horizon du goulet. Brune, élancée, au nez aquilin, teint hâlé par le vent de mer, mais d'une beauté tendre et énergique à la fois, on voyait en elle une jeune fille de race qui avait grandi chastement, en pleine nature, au fond d'un vieux château, sous l'œil maternel d'une tante abbesse qui lui avait tenu lieu de famille.

Elle s'en allait fièrement, d*un pas décidé, pleine de poignants ressouvenirs. Elle revoyait ses douces années d'enfance écoulées dans le voisinage des Kerorven, disparus tour à tour. Elle songeait à la veillée où elle s'était promise au chevalier, puis à l'heure cruelle de la séparation où le -jeune enseigne, monté sur les vaisseaux de Sa Majesté, lui avait envoyé, du haut de sa corvette, le dernier adieu. Par moments, elle se sentait presque défaillir à l'horrible nouvelle, entrée brutalement au manoir, que son fiancé, de retour à Brest, à peine débarqué, avait été arrêté et jeté à Téchafaud

sans qu'elle eût même le temps de courir à lui pour essayer de le défendre et recevoir son suprême regard.

Désormais en proie à d'invincibles colères contre les meurtriers, elle se dérobait à grands pas, Toreille pleine du brisement de la lame et du cri de guerre de Legludic; résolue à se joindre aux bandes des blancs qui allaient tenir la campagne, la jeune fille était devenue subitement femme : elle ne pensait plus qu'à venger son amour martyr.

Au brusque détour d'une roche, elle s'arrêta soudain les yeux fixés devant elle. Au fond d'une anfractuosité de la grève, un corps était étendu sur le sable, enlacé de varech, encore à moitié baigné par le reflux. Elle s'en approcha après avoir appelé ses compagnes. Alors lui apparut, la tête ensanglantée, respirant à peine, un jeune officier des Bleus. Le visage d'Anne demeura impassible. Les femmes eflrayées, restées à distance, se détournèrent du chemin, et la fiancée du chevalier reprit froidement sa marche en avant vers le manoir dont la vieille :^ tourelle recouverte d'un lierre séculaire domi-

nait la falaise.

La chambre de la tourelle est haiito et boi-

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sée. Des poutres de chêne grossièrement équarrîes forment la voûte du plafond. Une vaste et unique fenêtre à petits vitraux, par où l'on découvre le large jusque vers la pointe du Raz, laisse entrer les premières lueurs du jour. Sous un énorme manteau de cheminée de granit, la flamme flambe à petit feu et éclaire le visage d'une religieuse aux traits ascétiques, assoupie, assise sur une scabeau. Sur un lit à baldaquin, protégé par de vieilles tapisseries du souffle du vent qui, montant par l'escalier de pierre, se lamente à travers les corridors, est étendu un blessé, la tête entourée d'un bandeau. C'est l'offlcier des Bleus rapporté par le flot, que M"^ de Kerlaz a fait recueillir après sa rentrée au logis. Cinq jours durant, le naufragé s'est débattu entre vie et mort. Grâce aux soins de l'abbesse qui veille encore à son chevet, il est presque rétabli. A cette heure, il repose encore : le calme réparateur a succédé aux visions troublantes où se confondaient les bruits de la tempête, l'efibndrement du navire à la pointe Saint-Mathieu, la lutte désespérée contre la lame en fureur, enfin, la courte ap- jj

parition d'une femme jeune étanchant le sang qui l'aveuglait.

L'aube s'est levée. La religieuse, réveillée par le frisson du matin , présente une

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potion au convalescent qui a ouvert les yeux. « Merci, ma sœur, je vais bien et me sens fort maintenant. Vous m'avez comblé de vos bontés, et je vous en remercie, comme un soldat, du fond du cœur. Je n'ai plus qu'une grâce à réclamer de vos bons offices, avant de partir où le devoir m'appelle. Veuillez demander aux maîtres de cette maison hospitalière à quelle heure je pourrai leur témoigner toute ma gratitude. »

L'abbesse s'inclina et sortit. Lorsque l'officier fut sur pied, elle rentra,

« Monsieur le capitaine, dit-elle d'un air grave, tout en égrenant son rosaire, M"' Anne de Kerlaz, ma nièce et la maîtresse de céans, me charge de vous dire qu'elle accepte vos remerciements et que tout. est disposé pour vous conduire là où vous ordonnerez. »

L'étranger avait compris; il salua avec une certaine fierté la religieuse raidie sous sa vobe de bure.

Peu d'instants après, on entendit les chiens aboyer au bruit de la cloche suspendue à l'un des angles du portrait écussonné dont les bat- . tants se refermaient. La ferraille d'une carriole, roulant sec sur le roc, résonna en s*affaiblissant dans le lointain; puis tout redevint muet dons la campagne, aux alentours du manoir.

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C'était en vendémiaire de la même année.

Le ciel était pur. La lande aux genêts et aux ajoncs fleuris d'or, s'étendait solitaire et morne, bornée à l'ouest par les dunes de Lampaul, dominée au nord par la flèche irradiée de lumière de l'église de Ploudalmezeau. Au nordouest, à l'entrée de l'anse de Portsal, se dresse vaporeusement le haut donjon carré de Tremazan, au-dessus duquel tournoient les vols de goélands. Les « menhirs », espacés et muets comme des sentinelles dans le désert, coupent l'horizon de leurs arêtes granitiques. Nul autre bruit ne s'élève des profondeurs de la plaine, que les hennissements des chevaux sauvages au pacage, mis en éveil par les senteurs nocturnes des loups en chasse. Rien en vue, excepté, vers Ploudalmezeau, quelques fumées bleuâtres montant lentement dans les airs.

C'était là le bivouac des Bleus qui venaient de reprendre les opérations contre les royalistes et les curés réfractai res. Au haut du clocher de la paroisse flottait le drapeau tricolore, signe de leur quartier général.

La lande, jusqu'alors assoupie sous les ardeurs d'un dernier soleil d'automne, s'emplit

îi

peu à peade bruissements d'abord confus. Les cimes des genêts commencèrent à trembloter, comme si la brise de mer se fût élevée subi tement. Bientôt, à chaque coin de carrefour, derrière les calvaires découronnés de leurs christs de pierre primitifs^ on vit apparaître, à la dérobée, des têtes chevelues de gars se glissant dans la broussaille.

C'étaient les Blancs en marche. Sortis mystérieusement des souterrains du château-fort de Tremazan, rendez-vous général de l'insurrection, ils allaient essayer de surprendre et d'envelopper les troupes conventionnelles expédiées de Brest au proche district de Lesneven. La tâche, d'ailleurs, s'annonçait rude. On savait l'ennemi en forces. Les espions, déguisés en racoleurs de volontaires pour l'armée républicaine, les avaient bien comptées. Un détachement de canonniers matelots, deux cents hommes de la garnison de Brest, et pareil nombre de miliciens nationaux, munis de quatre mille cartouches à balles délivrées par les magasins de la marine, le tout renforcé par une compagnie de dragons de la garde .> nationale, avaient reçu l'ordre d'en finir avec

les rebelles du « vieux Léon », et de ne plus faire aucun quartier.

Les dragons entre autres n'avaient pas perdu

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leur temps au bourg de Ploudalmezeau. La veille même, pendant que l'on chantait vêpres, ils avaient pénétré jusqu'au pied de Tautel; ils en avaient arraché les deux prêtres non assermentés, Gourmelon et Causeur, qui officiaient, et, sous une grêle de pierres, avaient dégainé et sabré l'assistance afTolée. La fermentation était à son comble chez la population. De leur côté, les Bleus se gardaient bien des paysans aux longues braies qui se promenaient en jouant du « bigniou » ou porteurs de « pen-bas » (gros gourdins), qui s'en allaient débitant sur le pouce des galettes de sarazin.

Le jour tombait. L'Angélus tintait mélancoliquement à travers l'espace. Aux derniers sons, l'éclatement d'une fusillade nourrie déchira l'air de ses crépitements répétés. Faible au début, la riposte ne tarda pas à s'accélérer, A entendre les cris de détresse et les rumeurs triomphantes qui emplissaient la lande, il était certain que les deux partis se heurtaient corps à corps. A une certaine heure, à suivre de l'œil le nuage d'épaisse fumée qui gagnait du terrain vers le bourg où l'incendie venait d'apparaître fulgurant, on devinait que les Blancs

prenaient avantage sur les Bleus surpris. La nuit sombre avait tout enveloppé. L'Angélus changé en tocsin frappait furieusement à tous les échos. La lutte acharnée battait son plein ; mais, d'aucun côté, pas un fuyard. Chacun sentait qu'il fallait vaincre ou périr. Les rues de Ploudalmezeau étaient en feu. A la tête des gars, on apercevait à cheval, impassible, le pistolet au poing, le chapeau noir marqué d'une croix blanche, un garde-chasse à sa gauche, un prêtre à sa droite, crucifix en mains, on apercevait une femme donnant ses ordres à un groupe serré d^assaillants qui l'entouraient comme des gardes du corps. Et^ chemin faisant, les gars frappaient fort, frappaient toujours, comme dans la ballade de Comouaille.

Mais au son du tocsin qui n'a cessé de gronder, voici des renforts de garde nationale qui accourent de Lannilis au secours des troupes de la nation. La lutte recommence plus violente ; alors, la face du combat ne tarde pas à changer. Les Blancs, d'abord réduits à la défensive, se sentent bientôt pris à revers et d'écharpe par deux pièces de campagne. La déroute commence. Le bruit se propage que les munitions font disette et que les faux sont fatiguées de faucher. Les vainqueurs de la

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première heure se voient forcés à la retraite. Les Bleus, qui ont repris une vigoureuse offensive, les poussent, sabres dans les reins, les délogent des mille replis de la lande et les acculent, épuisés en force comme en nombre, au château de Tremazan, leur dernier refuge.

Les quatre étages du donjon carré s'illuminent de poudre, et les quatre couleuvrines dont il est armé vomissent une grêle de mitraille. Mais la nuit est devenue si obscure que l'ennemi reste désormais invisible, défiant, dans un silence de mauvais augure, les coups mal ajustés. Peu à peu, le calme revient sur la lande, et les défenseurs du donjon n'entendent plus que le bruit des vagues déferlant sur les hautes assises du château-fort, bâti à pic du côté de la mer. L'agonie de la défense commençait.

Depuis trois longs jours les Blancs sont bloqués par la famine. Toutes leurs sorties ont été repoussées par les Bleus solidement abrités derrière des monceaux de fascines, et par les salves des flûtes embossées hors la rade de Portsal. Le commissaire du district, préposé aux armées, a fait savoir depuis la veille aux

rebelles que s'ils veulent se soumettre et déposer leurs armes, vie sauve leurse ra octroyée, à condition que trois personnes- choisies volontairement parmi les chefs de ^insurrection, seront envoyées au tribunal révolutionnaire de Brest, c'est-à-dire à l'échafaud.

La résistance a succombé, le. drapeau parlementaire vient d'être hissé au sommet du donjon dont les portes se sont ouvertes. Les conventionnels prennent position autour du château et forment la haie, à travers laquelle défilent les vaincus, hâves, mornes et désarmés. Trois de leurs chefs, qui se sont désignés spontanément à la vindicte du vainqueur, attendent dans la salle basse du donjon la venue du commissaire national.

Les tambours battent aux champs. Le procureur-syndic, revêtu de Técharpe aux trois couleurs, suivi de son greffier et d'un piquet de canonniers, accompagné du commissaire du district et du commandant des troupes, s'avance sur le pont-levis. Le cortège pénètre dans la grande salle où les trois prisonniers sont gardés à vue. Le public fait irruption sur j^ les bas côtés.

L'interrogatoire sommaire commence. Le premier interrogé porte un costume de gardechasse.

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(( Citoyen, vos nom, prénoms et profession ?

— Hervé Legludic, gabier à bord de la Galatée^ au service seul du Roi, déserteur de la flotte républicaine, qui n'a qu'un regret, celui de ne pas vous avoir vu tous rôtir dans le dernier coup de chien ! »

Legludic est garrotté sur place.

Le second prévenu est un vénérable prêtre à cheveux blancs : il se nomme Jean Jezequel, natif et recteur non assermenté de la paroisse du Treshir. Le commandant, pris de compassion pour l'infortuné vieillard, rappelle au procureur-syndic, à haute voix, que la Convention accorde un pardon généreux à tout prêtre âgé de soixante-dix ans révolus. Le recteur se porte en avant et déclare, avec une fermeté dédaigneuse^ qu'il n'a que soixante-neuf ans et onze mois, qu'il fera son devoir jusqu'au bout, et ne s'abaissera pas à un mensonge pour céder à un autre sa place de martyr pour la foi.

L'émotion du public redouble quand survient le tour d'interrogatoire du dernier chef des rebelles. C'est l'amazone au chapeau noir marqué d'une croix blanche, qu'elle porte aussi fièrement devant son juge que sous le feu de l'ennemi.

« Citoyenne, vos nom et prénoms?

— Anne de Kerlaz, dernière du nom, de famille noble par tous ses aïeux, châtelaine du manoir de Treshir, l'unique et véritable chef de rinsurrection contre les plus odieux des bourreaux! »

Après cette déclaration, dite d'un air glacial, l'intrépide jeune fille fixa hardiment son regard sur le commandant, qui avait failli tomber à la renverse en l'écoutant parler.

Le même soir, le donjon de Tremazan, bourré de fascines, était livré aux flammes, en châtiment de l'hospitalité accordée aux insurgés. A la lueur de son incendie, on embarquait les vaincus à bord des flûtes destinées à faire croisière en Manche contre les vaisseaux anglais, et les trois prisonniers, étroitement surveillés, prenaient la mer, à destination de Brest, sur une barque pontée, de réquisition, la Diligente^ la même qui, six semaines auparavant, cruelle ironie du sort, emportait à la liberté les neuf députés girondins, traqués et fugitifs dans le Finistère, depuis Quimper jusqu'au bec d'Ambès.

La ville de Brest est en pleine terx'eur.

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L'église Saint-Louis est transformée en temple de la Raison. Les fédérés logent dans la chapelle des Carmes. La chapelle de la marine est consacrée aux séances du tribunal révolutionnaire. Les équipages des vaisseaux sur rade et les ouvriers de l'arsenal sont les maîtres du port. Un canot d'honneur attend, au bord de la Penfeld, l'arrivée du bourreau, invité à dîner à bord du vaisseau-amiral. La « sainte guillotine », suivant le rapport lu à la Convention, est en permanence sur la place de la « Liberté » (Champ-de-Bataille). C'est jour de grande fête, 30 vendémiaire (21 octobre 1793). La nouvelle est arrivée, disent les affiches apposées rue de Siam, à la porte de la Société populaire, que Marie- Antoinette « a subi une justice trop tardive. » Les spectateurs sont partis en file de la Comédie, et réunis au pied de l'arbre de la Liberté, chantent la Carmagnole^ « l'hymne chéri des vrais patriotes». Salve de vingt-trois coups de canon et illuminations, sont suivies d'un grand bal public où les tricoteuses et les matelots font ce florès ».

A l'autre extrémité de la ville, au bout du cours d'Ajot, d'où se découvre la plus belle rade du monde, s'élève le château. Ses hautes tours crénelées se découpent sur le noir hori-

zon : l'aspect en est lugubre. Les « passez au large » des sentinelles, qui menacent de faire feu sur le passant inoffensif, indiquent suffisamment que c'est là la prison. Elle est en effet encombrée de parents, d'émigrés, de nobles et de paysans déclarés suspects, de prêtres réfractaires et de prisonniers anglais. La grande chambre qui donne sur la rade, longue de vingt-deux' mètres sur onze de largeur, contient à elle seule cinquante-quatre détenus que ^accusateur public a déjà marqués au front. A droite du porche, défendu par une lourde grille de fer quadrillé, on entrevoit, à travers le premier vestibule, côté cour, un corps de garde : c'est la seule pièce encore éclairée. Sur une table bancale et huileuse, encombrée de verres pleins d'eau-de-vie, au milieu d'une buée épaisse, des gardes nationaux jouent aux cartes. Ils paraissent tous aussi gris que le guichetier, sauf un milicien à longue barbe, qui, tout en allumant sa pipe sur le seuil de la porte, semble observer et écouter tout ce qui se passe au dehors du poste. La ronde de nuit vient de rentrer avec ses falots. Profitant du brouhaha causé par les nouveaux venus, Thomme barbu a disparu, non sans avoir caché sous son vêtement une lanterne sourde.

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Juste au-dessus du corps de garde où le tumulte a grandi, se trouve la cellule n® 45, dont la cellule grillée prend jour sur la cour intérieure du château. Une jeune femme y est en prières, agenouillée dans l'obscurité sur la paille qui lui sert de lit. On a frappé un coup discret à sa porte. Elle se relève en sursaut, pendant que la porte s'ouvre et se referme sur un inconnu. Anne de Kerlaz et l'officier Bleu sont en présence et se sont vite reconnus ?

(( Que me voulez-vous. Monsieur, s'écria la jeune fille avec indignation.

— Vous sauver. Mademoiselle, d'une mort horrible. Il n'y a pas une minute à perdre.

Tout est préparé pour votre fuite en lieu sûr. Je vous ai dû la vie ; je viens m'acquitter de ma dette. »

Après une seconde d'hésitation, la prisonnière répondit avec une certaine émotion :

« Ce que vous faites là, même au péril de votre honneur, est brave. Monsieur, et Dieu vous en tiendra compte. Mais je ne saurais rien accepter d'un ennemi juré de tout ce que j'aime et je vénère. Rien de commun n'est possible entre nous. D'ailleurs, je veux mourir!

— Mademoiselle, ne désespérez pas un honnête homme qui est bien résolu à vous faire le sacrifice de son existence. Ce serait vous blesser que de parler à pareille heure du sentiment profond que j'ai gardé à la châtelaine du Treshir.

— N'allez pas plus loin, s'écria Anne, l'interrompant. Je suis la fiancée et la veuve du chevalier de Kerorven, dont vous et les vôtres avez jeté la tète au bourreau ! Un fleuve de sang nous sépare à jamais ! »

L'officier Bleu se jeta aux genoux de M^^® de Kerlaz, faisant appel à tous les sentiments qui devaient la rattacher à la vie; il lui apprit que le fidèle Legludic, audacieusement évadé, l'attendait sur les glacis. Prières, supplications, rien n'y fit.

Au moment de se séparer, Anne laissa tomber ces mots : « A vous seul je pardonnerai, à une condition ; la promesse que vous arracherez mon voisin de captivité, le malheureux recteur du Treshir, à l'abominable supplice.

Vous lui porterez mon dernier vœu, celai d'être ensevelie par ses mains à l'abbaye de Saint-Mathieu, et de recevoir de ses lèvres la dernière prière.

— Je vous le jure, répliqua l'officier, les veux mouillés de larmes. »

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Au moment où il allait franchir la porte, Anne lui tendit la main sur laquelle il s'inclina avec un long respect, empreint de désespoir; puis elle lui jeta d'une voix presque défaillante cette dernière parole : « Je compte sur votre parole de soldat. »

Le lendemain, dès le point du jour, la place du Champ-de-Bataille était envahie par la populace. Là où s'élève aujourd'hui un gracieux kiosque musical, se dressait Téchafaud dont les bois rouges se dissimulaient mal sous le brouillard. On avait annoncé, dès la veille, une belle fournée. Donzé Verteuil, le pourvoyeur de gibet, avait, en effet, bien fait les choses. La charrette qui gravissait péniblement la rue de la Rampe était comble.

Prignot, ancien notaire, de Kerléan père et fils, le canonnier Hippolyte et la citoyenne Galabert, le charpentier Levée et le tailleur Roussel ouvrirent la marche funèbre, sans lasser les appétits sanguinaires et les lazzis de l'ignoble foule. Après les trois abbés Habasque, Peton et Brannelec, apparut Anne de Kerlaz, accompagné de Bulot, prêtre assermenté, dont elle repoussait dédaigneusement les exhortations.

Les cris « à mort » redoublèrent au sein de la populace déjà ivre de sang.

Arrivée sur ?'" plate-forme, la noble fille s'agenouilla et pria. Au moment où elle se relevait insensible aux cU eurs, pour se tourner vers la bascule, elle enl^andit une voix mâle, partie du fond de la foule, qu'elle eut vite reconnue et qui lui criait : « L'ami est sauvé.» Anne remercia l'officier Bleu d'une lente inclinaison de tête en fermant les yeux avec un sourire ineff'able; puis, le front haut, elle se livra à l'exécuteur.

Aussitôt le couteau tombé, le corps d'Anne, (( qu'on ne laissa pas refroidir », fut porté à l'amphithéâtre de dissection de l'hôpital de la marine.

Les dépouilles des deux fiancés, suppliciés sur la même place, restèrent ainsi séparées jusque dans la mort. Aussi lorsque le vent vient à gémir, la nuit, sur la grève de Saint- Mathieu, la légende du pays prétend que c'est l'àme plaintive d'Anne de Kerlaz qui plane sur le cloître de l'abbaye, aujourd'hui en ruines, où repose solitairement le corps du chevalier de Kerorven.

Petits

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