L'INFLUENCE FRANÇAISE
L'expansion française est à l'ordre du jour.
Nos économistes les plus distingués, comme nos meilleurs écrivains, poussent l'esprit public vers la colonisation lointaine. On engage les mères de famille à inculquer davantage le goût des aventures à nos enfants. Sans tenir compte des mœurs diverses, sans s'apercevoir que les peuples diffèrent de tempéraments, on nous cite comme exemples à suivre les procédés de colonisation des Anglo-Saxons ou des Allemands, chez lesquels l^amour du clocher est presque un vain mot. On oublie que l'épargne française, si éprouvée parfois par les attractions exotiques, est timide et n'aime guère à s'expatrier : que les fils de la vieille Gaule, contrairement aux races du Nord, ne perdent jamais l'esprit de retour au foyer familial; ce qui est le véritable obstacle aux fondations de longue durée. Mines d'or du Canada et du
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Transwaal, occupation de terres inconnues à travers le pays noir, voilà les perspectives attirantes qu'on fait miroiter sous les yeux de la génération nouvelle, et qui doivent susciter et récompenser un redoublement d'énergie de la race française. Nous appelons cela la colonisation à outrance.
Il y a des gâteaux où il est imprudent de trop mordre à belles dents.
Nous comprenons bien que la lutte pour la vie est devenue plus âpre à la fin de ce siècle. Tous ceux qui ont vraiment à cœur le relèvement de la patrie s'imaginent aisément qu'à de nouveaux moyens de production il faut de nouveaux débouchés, pour que cette production décuplée par les moyens mécaniques ne reste pas stérile : ils songent aussi que la France, pour tenir dignement sa place et peser de l'influence qui lui appartient légitimement dans le conseil des nations, ne peut plus se cloîtrer dans ses frontières continentales, mais doit, au contraire, infiltrer son commerce et son industrie dans tous les pays exploitables.
La question est de savoir par quels moyens elle pourra développer le plus sûrement sa clientèle, et surtout no pas perdre les points sur lesquels elle réguait d'une façon incontestable et avantageuse. Il nous paraît que la co-
Ionisation à outrance, pleine d'attractions pour nos hardis explorateurs, a besoin d'être tempérée, crainte de s'écarter du but qu'on se propose.
Avant de courir aux extrémités du globe, n'est-ce point un devoir de ne pas perdre de vue la trouée des Vosges? Aurons-nous fait, depuis un quart de siècle, tant de sacrifices pour arriver à nous désintéresser du sanglant héritage de 1870? Voilà le vrai champ de bataille de l'avenir, où se joueront fatalement les suprêmes destinées de cette France, qu'une émigration excessive vers les plages lointaines ne peut qu'affaiblir. Et puis, où trouver meilleur emploi de nos forces vives qu'en Algérie ou en Tunisie, dont la conquête par la charrue n'est pas encore achevée ! La récente discussion du budget n'a-t elle pas révélé une fois de plus que nos superbes colonies des Antilles manquent de bras et d'argent? Non : il faut du nouveau à notre humeur changeante. Et l'on ne se préoccupe guère des éléments indispensables à une fructueuse colonisation.
Les millions, le soldat laboureur, que nous avons vu à l'œuvre, l'audace et l'initiative ne suffisent pas. Sans parler de Tacclimatation qui fauche les existences, la première nécessité qui s'impose, c'est la famille constituée, for-
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mant un faisceau de forces entre parents et enfants travaillant à la tâche commune. Pour ne pas être condamné à l'isolement au milieu de populations étrangères, il faut, en outre, comme le prêche fort bien M. Bonvalot, la connaissance et l'usage de la langue locale; ce qui ne fait jamais défaut à la race Anglo- Saxonne, et ce qui lui constitue une supériorité marquée sur nos colons et sur nos négociants.
Les races du Nord possèdent encore un instrument de pénétration plus puissant, celui de leur propre langue, qu'ils ne négligent de répandre et d'imposer partout où ils posent le pied.
Et voici que la langue française subit un profond recul, aussi bien sur le continent qu'au delà des mers. Cette langue si claire, qui fut la maîtresse du xviii® siècle, tend à disparaître, même des milieux qu'elle avait conquis.
En Russie, elle n'est plus qu'un luxe, alors qu'elle était jadis une nécessité dans l'éducation des classes supérieures. Malgré l'alliance légèrement platonique des deux peuples, malgré les sollicitations de notre colonie à Saint- Pétersbourg, notre diplomatie, par trop débonnaire, n'a pu obtenir du gouvernement russe la création d'un lycée français, de sorte que
nos enfants se voient de plus en plus contraints à aller s'instruire dans les écoles allemandes, qui jouissent encore du monopole concédé par Catherine.
Si nous traversons l'Atlantique, le dommage s'accuse encore plus grand. Aux Etats-Unis, au Canada, comme dans la nouvelle Angleterre, qui compte dans la plupart de ses villages une population d'origine française, l'élimination de notre langue répond à un mot d'ordre, dicté aussi bien par les autorités locales, sous prétexte d'unification de la langue, que parti de Rome elle-même.
Le passage à Washington du cardinal Satolli, délégué apostolique, remplacé depuis deux ans par Mgr Martinelli, a été désastreux pour notre influence. Durant toute sa mission, il s'est évertué à refouler le bas clergé d'origine française, pour lui substituer des curés irlandais, incapables de comprendre un mot de la confession de leurs pénitents. Son successeur se conforme à la même doctrine, et les générations nouvelles ne tarderont pas à oublier l'idiome qui fut la consolation de leurs pères. Pourrait-il en être autrement, alors que les prêtres catholiques français ne jouissent désormais d'aucun crédit et d'aucun appui, pas plus là-bas qu'à Rome, où le cardinal Satolli, favori
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du pape Léon XIII, élevé à Pérouse par ce souverain pontife, jouissant de toute sa confiance, entretient son successeur dans les tristes errements qu'il a inaugurés.
La langue n'est-elle pas le premier véhicule de l'influence d'un pays ?
Il suffirait pourtant d'un bien faible effort tenté par notre diplomatie^ comme par notre propre initiative, pour remédier à cette proscription qui fermera à la France tous les marchés du nord de l'Amérique. Dès qu'une place de professeur est vacante dans un des nombreux instituts ou collèges qui pullulent aux Etats-Unis ou au Canada, on voit se présenter des candidats allemands à ces fonctions très rétribuées, qui leur permettent de pénétrer et de rester dans la place forte de l'enseignement.
Pourquoi les professeurs français de talent et d'érudition, et nous n'en manquons pas, ne se tournent-ils pas vers l<^s Universités américaines.
Ce qui s'est passé, depuis plusieurs années, sur le nouveau continent, devrait pourtant bien les encourager à cette œuvre de colonisation patriotique, plus puissante que le ballot de pacotille ou de cotonnade expédié à des noirs, dont la toilette est si sobre.
L'apparition de M. Goquelin aîné, de M™® Hading et de Sarah Bernhardt sur les scènes de New- York ont donné un véritable signal de renaissance pour la langue française. A les entendre, la haute société et les classes dirigeantes se sont senties reprises d'un goût particulier pour notre théâtre. Les Jésuites, qui tiennent la direction des deux plus importants collèges de New-York, allèrent jusqu'à prier M. Goquelin de donner une conférence à leurs élèves. Cette jeunesse, qui appartient presque entière à la société la plus élevée, réunie au coliège Saint-François-et-Xavier, situé dans la 16^ rue, manifesta un tel enthousiasme pour la langue de Molière et son admirable interprète, que cette séance fut la préface de l'ouverture de cours de français assidûment suivis. Ce fut la porte toute grande ouverte aux conférences très recherchées de MM. Bru net i ère et Doumic, appelés par des instituts, où n'est pas encore éteint le souvenir des Français combattant avec les Américains pour leur indépendance, j' Ce serait une vraie bonne fortune pour les
deux nations, où l'élément allemand est si envahissant, que de voir s'établir un échange réciproque de leurs chefs-d'œuvre au profit d'un public d'élite qui se mettrait de plus en
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plus en situation d'en saisir les beautés. Ce genre de colonisation spirituelle ne serait vraiment pas à dédaigner à une heure où les cabinets de la Maison Blanche et du quai d'Orsay ont besoin de s'apprécier et de se comprendre.
40 septembre 4894.
Glaremont, Eisenach, Twickenham, étapes successives de deuils et d'espoirs nouveaux, souvenirs de notre jeunesse que les années bruyantes du second Empire avaient ensevelis, sans pouvoir les effacer; derniers pèlerinages d'une génération restée fidèle à l'esprit de 1789 comme à la dynastie de 1830, et que tout a cruellement déçue!
Le Prince, dont le peuple de Paris acclamait la naissance, si pleine de promesses, au 24 août 1838, s'est éteint douloureusement sur la terre d'exil, sans avoir réussi à redonner à la France la royauté parlementaire telle qu'elle fut organisée par la Constituante de 1789, dont le testamment de son regretté père, le duc d'Orléans, lui avait laissé le précieux dépôt. Et pourtant, nul ne parut plus en situa-
tion de la restaurer que le Comte de Paris.
Prestige paternel, éducation libérale, instruction complète, intelligence pondérée, liens de parenté avec presque toutes les familles de sang royal, esprit chevaleresque, respectabilité hors ligne, amour sincère de son pays, rien ne semblait lui manquer pour bien remplir le grand rôle politique qu'il a été en situation d'occuper sur la scène du monde, au lendemain de nos désastres. Mais deux éléments indispensables lui firent défaut aux heures voulues : d'abord l'esprit d'initiative et de décision, puis la foi dans l'œuvre qui lui avait été léguée.
M. Guizot avait ainsi prononcé l'oraison funèbre du roi Louis-Philippe :
Ce sera sa gloire d'avoir accepté et porté, sans hésiter, pendant dix-huit ans, ce pesant fardeau. Il a franchement entrepris d'accomplir à la fois les deux tâches qu'on lui imposait. Appelé en même temps à relever le pouvoir et à relever la liberté, le gouvernement de Juillet avait à lutter à la fois contre les représentants obstinés de Tancienne société française et les téméraires enfants de la nouvelle, contre la Restauration et la Révolution.
Le jeune Prince, que vingt-deux ans de résidence sur la terre anglaise avaient tenu à
l'écart des évolutions latentes de la société française, quelque soin qu'on eût apporté à le tenir au courant de l'opinion publiaue, renonçant brusquement au programme ae son aïeul qui demeurait le vrai, se laissa tii.p aisément persuader qu'au sortir de la gî^- /e francoallemande la fusion restait une nécessité, et était devenue une possibilité : que, par la fusion réalisée, il allait échapper aux difficultés intérieures dont l'élu de 1830 n'avait pu triompher définitivement. Cette fausse conception l'a tué.
Oubliant que la monarchie restaurée des Bourbons n'avait plus été que de nom la monarchie de saint Louis, sacrifiant l'esprit nouveau, celui de la Révolution, qui n'exclut point les idées conservatrices, son unique raison d'être comme sa véritable force vis-à-vis la société moderne, reniant son origine révolutionnaire pour complaire aux attardés du faubourg Saint-Germain, le Prince se rendit à Froshdorff", uniquement soucieux d'y renouer la tradition du droit divin. C'est ainsi que, la veille, chef d'un grand parti national, il re- / passa le lendemain la frontière, prétendant
in payHibus, et rentra au château d'Eu amoindri et désillusionné. Le 'même palais n'avaitil pas abrité, reçue par son grand-père, la
descendante de Guillaume III, lé ravisseur de la couronne d'Angleterre violemment arrachée aux Stuarts, qui règne encore à cette heure incontestéefet respectée, et qui ne songea guère de sa vie à(/aire amende honorable?
Les lue'c d'un passé encore récent eussent pourtant dû éclairer le Corn te de Paris; il n'avait qu'à relire la réponse de Louis-Philippe, retiré à San Leonard's, et répliquant à la fin de l'automne 1^49 à certaines ouvertures risquées près de lui en faveur d'un rapprochement des deux branches royales :
Il ne peut être question de moi en cette affaire. Mon rôle est fini en ce monde. La chose ne peut que regarder mes fils; dans mon opinion, elle ne se fera jamais, parce que, de l'autre côté, on ne fera rien de ce qui serait nécessaire pour la rendre possible.
Le Comte de Paris ignorait donc la visite faite parle Comte de Chambord, en avril 1857, à Nervi, à la reine Amélie? A l'issue de cet entretien, l'ex-Reine desFrançais devenait simplement « duchesse d'Orléans » et « tante de Henri V ». « Vous ne savez donc pas qu'on veut me faire passer sous les fourches eaudines? » écrivait alors l'auguste veuve, restée fière de son passé et de son royal époux.
A la décharge du Prince qui s'est ainsi laissé détourner de sa destinée, il faut reconnaître que les pièges n'ont pas manqué sur sa route, dès son premier retour sur le sol de la patrie.
Livré à lui seul, il fût certainement resté fidèle aux principes qu'il posait, sur la terre d'exil, dans une lettre particulière, qu'il voulait bien m'adresser le 4 juillet 1870, et où l'on retrouvait toute la vigueur d'esprit et de caractère d'une mère si bien trempée qui se nomma « duchesse d'Orléans » :
Aucunebarrière ne saurait nous séparer de la France : car nous partageons son ardent dévouement pour la cause libérale et son respect pour les arrêts de la volonté nationale, seul et souverain arbitre des destinées de la France.
Combien loin de Twickenham à Frohsdorff, de 1870 à 1873!
Malheureusement, le Comte de Paris rencontra M. Thiers sur sa route. L'ancien ministre de la Monarchie de Juillet avait conquis, sous l'Empire, toute la confiance de la famille royale, à laquelle il servait de lien avec ses partisans demeurés fidèles à la cause de la Monarchie Constitutionnelle. On écouta, trop confiants de part et d'autre, ses conseils inte-
ressés, et l'on en resta dupe. Les avertissements cependant n'avaient pas manqué !
Déjà, vers la fin de l'iîmpire, lors de la discussion sur l'abrogation de la loi d'exil, le futur Président de la troisième République laissa percer devant mon collègue Estancelin et moimême, au moment où nous allions aborder la tribune, combien cette rentrée des Princes lui déplaisait.
Plus tard, au matin du Quatre-Septembre, le nom des d'Orléans eût été acclamé, si les Princes bien avisés eussent été présents dans la capitale; l'avis direct de leurs véritables amis ne leur avait pas fait défaut, mais les représentations envoyées de la place Saint- Georges avaient porté. Ils n'arrivèrent à Paris que le lendemain, et j'eus la douleur de leur faire reprendre le chemin de la terre anglaise, au nom du gouvernement provisoire improvisé par la défaite.
Après l'armistice, si jamais une élection eut une signification bien nette, ce fut certes le choix par vingt-huit départements de M. Thiers, à qui l'on donnait ainsi mandat tacite de relever la Monarchiaparlementaire. On se rappelle les négociations engagées à la suite entre Bordeaux et Biarritz où les Princes étaient venus résider, et ces engagements qui s'ensuivirent,
les plus funestes pour Tavenir de la cause royale ! A côté du rappel des lois d'exil, la restitution des millions qui devaient couvrir d'impopularité le Prince qui oserait en bénéficier, quelque mince que fût la restitution.
Durant ce temps, M. Thiers manœuvrait. Le lendemain de son élection par l'Assemblée de Bordeaux comme chef du gouvernement, il me fit appeler à son domicile provisoire, rue Esprit-des-Lois, et me tint ce langage : << Mon ancien collègue, j'ai songé à vous pour représenter la France à Bruxelles; mais j'ai besoin préalablement de votre parole que vous vous abstiendrez de tout ce qui pourrait favoriser un retour monarchique de la branche cadette.
Le pays a surtout besoin de repos. » Je dus décliner pareil engagement, et je me bornai à exprimer mon étonnement d'entendre des paroles aussi contraires aux déclarations que j'avais emportées de la bouche même de mon illustre interlocuteur lors de ma dernière excursion à Twickenham.
Plus tard, M. Thiers, régnant à Versailles, maître désormais de la place, était redevenu plus insinuant. Il n'épargnait les promesses à aucun parti; il se servait même de ses ministres et de son entourage pour répandre la bonne parole, selon les nécessités du moment.
L'un des plus marquants de ces personnages, qui était de la meilleure bonne foi, d'ailleurs, m'écrivait de Versailles, le 20 août 1871 :
« Les légitimistes veulent renverser la Répu- « blique, avec n'importe quel Prince. Le blanc « leur manquant, ils vont avec ardeur à ceux (( qui sont assez patriotes et sensés pour trouce ver que leurs amis trop zélés leur nuisent, « et qu'avec M. Thiers seul la France et leur « cause peuvent triompher » .
Ces lignes suffisent pour éclairer la perfide route dans laquelle avait été peu à peu engagée et où était maintenu le comte de Paris :
elles expliquent comment, plus tard, croyant pouvoir compter sur ses alliés de la dernière heure, il songea à rompre ses lisières et à s'émanciper du droit révolutionnaire dont il était issu. C'était la future route de Frohsdorft' déjà ouverte ; c'était le titre malencontreux de Philippe Y 11, qu'allait atteindre logiquement la nouvelle et imbécile loi de proscription.
Les adieux de Fontainebleau firent jadis tressaillir l'Europe, ils sont restés inoubliables au cœur de la nation : les adieux du Tréport ne furent plus qu'une scène de famille, très touchante, mais dont les vibrations ne dépassèrent pas un cercle restreint de fidèles attristés et déçus ou de courtisans mal inspirés. On peut '
dire que le nouvel exilé avait déjà perdu pied en son propre pays, avant d'avoir quitté le sol natal.
Quand le Prince, dépouillé pour toujours de sa patrie, traversa à nouveau le détroit, je me rappelai avec amertume que la révolution de 1848, qui avait balayé si brusquement un règne étayé sur la majorité dans les deux Chambres; lequel avait donné dix-huit ans de paix à la France, et, quoi qu'on en ait dit, non sans grandeur, qui avait ramené l'équilibre des budgets et la richesse au Trésor public, je me rappelai que cette révolution, purement accidentelle, dont j'avais suivi toutes les phases de la rue, avait été payée par l'Angleterre, et soldée dans le cabinet de lord Normanby, ambassadeur de S. M. britannique, à beaux deniers comptants, par lord Palmerston, le premier ministre. Et voici le petit fils, comme l'aïeul royal, qui s'en va reposer du dernier sommeil sur cette même terre anglaise!
Fils d'un des députés qui figurent aux galeries de Versailles, assis aux côtés du roi Louis- Philippe, acceptant la Charte, dans l'Hôtel de Ville, je suis resté, comme tant d'autres de ma génération, vrai fils de 1830. Le langage que je viens de tenir, en cette heure remplie de tristesses, devant le cercueil royal, je Tai tenu
à Villers, devant le Prince vivant, en son cabinet de travail et à son retour de Frohsdorff. Je me sens donc d'autant plus libre de penser et d^'écrire que la France vient d'être frappée d'un deuil national. Car elle a perdu en la personne de Mgr le Comte de Paris, si brusquement enlevé, un des plus nobles descendants de ces rois qui ont forgé son unité, en même
temps qu'un grand cœur qui eût été capable de rendre un lustre éclatant à nos destinées, si le pays, et si le Prince que nous avons le droit de pleurer, débarrassés de tous intermédiaires, s'étaient, dès le début, plus connus et mieux compris.