TAPISSERIES
'arrive à cette deuxième branclie d'industrie artistique à peu près complètement spéciale aux Flandres , comme la dinanderie , l'art de la tapisserie, et je terminerai par la partie la plus irréprochable de l'exposition rétrospective : les manuscrits.
L'on sait aujourd'hui que les belles tapisseries sont presque toutes de Bruxelles jusqu'à l'époque où fut fondée et prospéra la manufacture des Gobelins, qui tient depuis deux siècles le sceptre de Tart de la tapisserie de haute lisse. L'histoire des tapisseries a été écrite par MM. Waulers, Houdoy, Muntz, Castel, il reste encore bien des points à élucider, mais l'on est déjà arrivé à établir que si les fabriques d'Arras d'abord, de Florence, de Madrid plus tard, ont jeté de l'éclat , cet éclat n'a été qu'éphémère et que toutes ou presque toutes les belles tapisseries du 15® du 16® et du commencement du 17® siècle émanent de Bruxelles. Cela est facile à constater grâce à l'ordonnance du 16 mai 1528, qui a prescrit rigoureusement une marque pour toutes les tapisseries fabriquées à Bruxelles ; cette marque est un écusson rouge entre deux B ; marque dont malgré cette ordonnance l'on voit encore aujourd'hui bien des explications fantaisistes données par d'ingénieux ignorants. C'est de Bruxelles ou d'autres villes de Flandre que partirent tous les artistes qui allèrent transporter cette industrie dans les pays étrangers. La célèbre arrazeria
medicea eut pour fondateurs, Nicolas Kircheret Jean Rost ou mieux Van der Rost de Bruxelles dont la marque très apparente est bien facile à reconnaître; c'est une sorte d'armoirie parlante , un rôti sur une broche soutenue par deux chenets. A Van der Rost succéda un autre flamand Van Hasselt (i).
Les tapissiers formaient à Bruxelles une corporation puissante jouissant d'importants privilèges. Nous voyons l'un d'eux, Pierre Raes, essayer, en 1643, de se dispenser du service d'arbalétrier (de la garde nationale, de nos jours) en sa qualité de tapissier ; mais on lui objecta qu'il ne se contentait pas d'exercer l'art du tapissier, mais qu'il était en même temps épicier et en cette qualité tenait boutique. Condamné deux fois par le conseil du Brabant, Pierre Raes pour ne pas entrer dans le corps des arbalétriers fut forcé de renoncer définitivement à l'épicerie. (Voir Wauters).
Cette famille Raes était une famille notable parmi les tapissiers, dont nous trouvons le nom sur plusieurs des tentures de l'exposition , mais l'on doit en citer plusieurs autres, les Leyniers, objet d'une généalogie manuscrite conservée à la bibliothèque, les Van denHecke, les de Pannemaker, les Van den Borght, dont le dernier mourut en 1794, et avec qui s'éteignit l'art de la tapisserie à Bruxelles.
Bruxelles produisant les plus belles tapisseries, ces tapisseries se répandaient dans toutes les capitales de l'Europe ; un petit nombre seulement est resté en Belgique, les plus belles sont allées en Espagne et c'est d'Espagne qu'elles sont revenues à l'exposition de Bruxelles les unes envoyées directement par le roi d'Espagne, les autres provenant de la collection du duc d'Albe et acquises récemment par le baron Erlanger. D'autres enfin ont été prêtées par le gouvernement italien et viennent de Florence.
(1) Ce fut un lillois, Jacques Birgières qui fonda à Perugia , une fabrique de tapisserie .
Ce sont presqu'exclusivement des tapisseries de Van der Rost portant sa marque, l'une cataloguée sous le n" 191 du supplément représente Jacob et sa famille, elle est signée à gauche Bro. Flo. Bronzino Florentin, Alexandre AUori, célèbre sous le nom de Bronzino, auteur des dessins d'une suite de 7 pièces de tapisserie représentant l'histoire de Jacob et de Joseph. Quelques tapisseries proviennent de Danemark elles ont été exécntées au XVF siècle par un flamand nommé Jan Knipper. Plusieurs des tapisseries exposées par le baron Erlanger ont été faites sur les dessins de Raphaël ou sur ceux de Rubens, et l'on doit reconnaître que les imitations et les reproductions des tableaux de Rubens par les tapisseries ne donnent pas en général un résultat favorable.