MANUSCRITS
'arrive à Ja partie la plus remarquable de l'exposition , la seule irréprochable ; la collection est très riche, le catalogue est bien fait, distribué par ordre chronologique. Dans cette partie de l'exposition, on ne sent pas le vide résultant de l'abstention des grandes familles princières de la Belgique , parce que cette abstention est sans inconvénients ; quoique leur origine soit très noble, aucune ne descend des ducs de Bourgogne, et la riche bibliothèque des ducs de Bourgogne, de Philippe-le-Bon particulièrement, se trouve répartie dans des collections publiques et privées qui ont généreusement prêté à l'exposition les beaux vestiges de cette bibliothèque se trouvant en leur possession. On peut citer dans ce cas la bibliothèque royale de Copenhague, la bibliothèque royale de Munich, un amateur de Lille, le comte Vander Cruyssen deWazier ; cet heureux résultat a été obtenu, grâce à l'initiative et au zèle intelligent du savant M. Ruelens, conservateur des manuscrits de la bibliothèque royale. C'est encore à lui qu'on doit une agréable surprise que réservait cette exposition aux amateurs de manuscrits et de belles miniatures ; jusqu'à présent, lorsqu'on voulait admirer le plus beau manuscrit flamand, l'on devait aller à Venise pour voir le célèbre, et bien justement célèbre , manuscrit Grimani. Par contie si l'on voulait admirer le plus beau ou tout au moins l'un des plus beaux manuscrits italiens , l'on devait aller à Bruxelles et demander à l'obligeance de M. Ruelens
la communication du chef-d'œuvre d'Attavante degli Attavanti, le manuscrit dit de Mathias Gorvin, exécuté, en effet, pour Mathias Corvin en 1485, ainsi que le constate l'inscription placée sur une plinthe dans la première miniature : Actavantes de actavantîbus hoc opus illuminavit. A- D. MCGGGLXXXV. Une autre page porte cette seconde inscription : Actum Florentiœ A . D. MCCCG LXXXYII. — L'on n'a rien fait de plus beau que les deux médaillons qui représentent les portraits de Mathias Corvin et de sa femme Béatrice d'Aragon. Ce chef-d'œuvre de la miniature italienne a été apporté en Belgique par Marie de Hongrie , sœur de Charles Quint , veuve de Louis II roi de Hongrie , devenue gouvernante des Pays-Bas. C'est sur ce Missel que prêtaient serment les ducs de Brabant et plus tard les gouverneurs espagnols.
La bibliothèque de St-Marc tenait trop au précieux joyau qu'elle possède pour laisser déplacer le manuscrit Grimani. Ne pouvant avoir en sa possession, même temporairement, leplusbeau des manuscrits flamands, M. Ruclens a su découvrir et acquérir son Aller Ego un manuscrit de même nature, on pourrait dire de la même main, un manuscrit enfm d'un telle perfection qu'on pourrait l'attribuer, comme lemanuscrit Grimani, à HansMemling, parce qu'il porte l'empreinte du génie de ce grand artiste. S'il n'émane pas du maître lui-même il sort de son école , et il n'est inférieur à aucun des chefs-d'œuvre qui sortent de la main de Memling. On pourrait même dire que lesminiatures du manuscrit de Bruxelles comme celles dubréivaire Grimani atteignent un degré de finesse supérieur à celui des œuvres authentiques de Memling que renferme le musée de l'hôpital St. -Jean à Bruges. Le volume acquis grâce à l'intervention de la Reine, des héritiers de M. Hennessy de Bruxelles était composé de feuillets séparés. M. Ruelens a fait encadrer ces feuillets, protégés par des glaces épaisses, et il en a formé une sorte de poliptyque , meuble fixe à pages mobiles qui permet d'admirer dans leurs détails et
SOUS un jour favorable chacune des miniatures du manuscrit. 11 en compte cinquante-neuf , et M. Ruelens a fait remarquer que plusieurs des miniatures du calendrier sont des répétitions de moindre grandeur de sujets représentés dans le célèbre bré^daire Grimani, attribué sur de simples probabilités à la collaboration deHans Memling, de Gérard Horenbout et de Liewin de Witte. M. Ruelens n'a pas fait d'attribution précise du manuscrit Hennessy. Il se borne à faire des observations, il recueille des notes, il prépare , j'en suis persuadé , une savante publication qui jettera la lumière sur les origines , non seulement du manuscrit de Bruxelles , mais aussi de celui de Venise.
Rien d'extraordinaire à ce que les Flandres aient fourni deux des plus beaux manuscrits que l'on connaisse ; dès le 8® et le 9® siècles les couvents excellaient dans cet art là ; l'on peut citer au 10® siècle les abbayes de Liège et de Stavelot, au IP le Scriptorium de St-Martin de Tournay , atelier célèbre pour l'écriture et l'enluminure des manuscrits, plus tard, les couvents de St-Bavon , de Gembloux et même des maisons religieuses de femmes. L'exposition des manuscrits a été faite dans un ordre logique, qui permet de suivre le développement artistique qui a abouti à la formation, au temps de Philippe-le-Bon, de la célèbre bibliothèque de Bourgogne.
L'église de Maeseyk a fourni un des manuscrits les plus remarquables du 8^ siècle, un èvangeliorum liber, écrit par deux saintes et savantes sœurs Herlinde et Belinde , fondatrices du monastère d'Alden-Eyck
L'université de Gand fournit un manuscrit intéressant du 9® siècle : Vît a Sancti âmandl, la vie du fondateur des monastères de St-Pierre et de St-Bavon à Gand, écrite par son disciple Bohemond, à la fin du 8® siècle. La bibliothèque royale a exposé un magnifique Uhe^^ èvangeliorum du X® siècle provenant de l'abbaye de St-Laurent, à Liège et un autre du XP siècle, provenant de l'abbaye de St-Stavelot.
Le 12* siècle est représenté par une belle Uhlia prove-
nant de l'abbaye de St-Trond et écrite, suivant toute probabilité sous l'abbé Rodulphe, vers 1118 ; et par l'encyclopédie de Lambert, abbé de St-Bertin, à St-Omar, mort en 1123, intitulée, liber floridus Lamherti canonici, appartenant à l'université de Gand qui nous donne également un manuscrit des Pandectes du XIIP siècle Digestorum sen Fandectarum lihri, N° 46 du catalogue.
lia bibliothèque royale a fourni à l'exposition plusieurs manuscrits importants du 14® siècle : le N° 55, un diurnale provenant du comte de Flandre Louis de Maie , qui avait épousé, le 17 juin 1347, Marguerite de Brabant; ce diurnal porte au premier feuillet un écusson écart elé de Flandre et de Brabant. L'Université de Gand a exposé sous le N° 60 un beau manuscrit de la bibliothèque de Raphaël de Marcatellis fils naturel de Philippe-le-Bon , et donné par lui au couvent de St-Bavon dont il était abbé. L'université de Liège expose sous le n" 51 , un manuscrit : Lectura Mgri Henrici Bouhic super libro Decretalium provenant de l'abbaye de Tongerloo , qui par sa belle exécution justifie complètement l'inscription mise par le copiste à la fin de son travail : mmim scriptori debetur de meliori, a, 1348.
Le 15® siècle nous porte à l'époque du plus grand développement de l'art des enlumineurs et de la splendeur de la bibliothèques des ducs de Bourgogne, aussi, les brillants spécimens de cette époque sont-ils très nombreux et l'on pourrait désigner presqu'au hasard comme modèle l'un des 90 ou 100 N°' de l'exposition qui datent de cette époque.
Citons néanmoins comme venant de plus loin, le N" 80 , le livre des faits d'Alexandre par Quinte Curce , traduit par Vasque de Lucêne, appartenant à la bibliothèque royale de Copenhague , manuscrit provenant d'Antoine de Bourgogne, dit le grand bâtard, fils de Philippe-le-Bon dont les armoiries se trouvent sur toutes les grandes miniatures du volume ; le N" 67 provenant de la bibliothèque
royale de Munich, livre d'heures de Philippe-le-Bon , portant la date de 1440.
Le musée Plantin a exposé un Cicéron : la Vraie Amitié dont le frontispice représente le traducteur, le clerc Laurent, offrant son livre au duc de Bourgogne, Jean-sans- Peur.
Un frontispice bien justement célèbre est celui des chroniques du Hainaut par Jacques de Guyse, N° 69 , ce frontispice comme toutes les miniatures flamandes de mérite exceptionnel a été attribué successivement à Van Eyck, à Memling, à Van der Weyden, cela sans preuve. Quel qu'en soit l'auteur c'est une œuvre d'art très remarquable, qui représente Philippe-le-Bon entouré de toute sa cour, auquel l'auteur du manuscrit fait hommage de son livre. Les deux volumes ont été exécutés de 1446 à 1449.
Citons de la même époque, comme portant des noms d'auteurs , le manuscrit des Gestes de Brabant , par Jan de Glerk , de Brahantsche Geesten , magnifique manuscrit de la bibliothèque royale , exécuté et terminé à Bruxelles, par Henri van clen Damme , le 15 mai 1444 ; — le n" 76, histoire de Charles Martel , roman en quatre volumes , exécutés de 1463 à 1466, par David Aubert, les belles miniatures de ce roman émanent d'un enlumineur de Bruges , nommé Loiset Liedet ; — le n° 86 du catalogue , les commentaires de Gayus Julius César , exécutés à Lille par Jehan du Chesne, en 1474, pour le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, dont la reliure originale en velours, porte sur ses coins de cuivre la devise du duc : A jamès. (Bibliothèque de Copenhague.) Est également signé le no 110, appartenant à la bibliothèque royale, manuscrit des chroniques de Martinus Polonus , exécuté pour Charles de Croy , comte de Chimay , par Jacqmart Pilavaire» esonpvan et enlumineur^ demeurant à Mons en Haynault , natif de Péronne en Vermandois.
Deux manuscrits sont particulièrement remarquables par les miniatures en grisaille dont ils sont ornés , ce sont
le Psautier dit Psautier de Henri VIII, appartenant à la bibliothèque deTournay, dont le roi Henri VIII se servit aux offices delà cathédrale, lors de son entrée à Tournay, le 25 septembre 1513, et le n° 158 , la vie de saint Adrian, par Jehan Mielot, manuscrit exécuté en 1458 pour Philippele-Bon , appartenant aujourd'hui à M. le comte Van der Cruyssen deWaziers , amateur liUois; les grisailles de ce manuscrit ne sont pas inférieures à celles du numéro précédent , qui ont été attribuées à Rogier Van der Weyden.
A une époque postérieure appartiennent deux manuscrits très-remarquables , l'un par son origine , Tautre par un souvenir artistique, les n°^ 134 et 143 du catalogue.
Le n^ 134 est un livre-d'heures exécuté avec une finesse et une délicatesse saisissante, particulièrement dans les encadrements sur fond d'or représentant des oiseaux et des fleurs, par une main de femme , la sœur Cécile Hermans , religieuse augustine au couvent du St-Sauveur, au Mont-Thabor, près de Matines, en 1512.
Le n^ 143 est l'album amicorum d'Otho Venins , qui s'ouvre par le portrait du père et de la mère d'Otho van Veen, et par celui du peintre lui-même; cet album renferme, comme l'album de Denis de Villers, chanoine de Tournay, inscrit sous le n° 142, et comme les albums particuliers revenus à la mode, en 1830 , au moment de l'efflorescence de l'école romantique, un choix de dessins, aquarelles, poésie, prose, sentences, réflexions ou hommages db tous les amisdu maîtie de l'album. Parmi les amis d'Otho Venius , l'on compte Juste Lipse , Ortelius et d'autres célébrités du temps.
EXPOSITION RETROSPECTIVE