DINANDERIE , ORFÈVRERIE , HORLOGERIE
e qu'on appelle la dinanderie et l'orfèvrerie se trouvent confondues et forment une seule et unique série à l'exposition de Bruxelles qui ne comprend pas loin de 3000 numéros.
La dinanderie ouïe travail sur cuivre est tellement particulière au nord de l'Europe et surtout à la Belgique que l'intéressante exposition rétrospective du métal formée récemment à Paris ne renfermait que peu d'objets de ce genre. Le nom de dinanderie provient de la petite ville de Dinant sur la Meuse où l'industrie du cuivre était déjà florissante dès le XP siècle. Les églises de Belgique, particulièrement de la province de Liège, renferment beaucoup d'objets remarquables de cuivre provenant des artistes ou artisans de Dinant , l'église St. -Barthélémy de Liège notamment renferme des fonts baptismaux par Lambert Patras. L'exposition nous présente ceux de ces objets qui pouvaient se transporter; l'on peut citer en première ligne le beau chandelier pascal en cuivre de l'église de Notre- Dame de Tongres, haut de plus de deux mètres, qui porte l'inscription suivante : Jehans. Joses, de. Dinan me. fisie. Van. de. Gras. MCCCLXet JII. Ce bel objet, catalogué soiis le n^ 124 , est accompagné de deux autres chandeliers d'une hauteur de un mètre et demi, d'un lutrinaigle , et de deux girandoles portant les n°^ 125, 126, 127, émanant du même artiste.
L'église de St-Ghislain a exposé un autre beau chandelier pascal en laiton, à bassin crénelé et ajouré, orné d'une
statue de Ste-Catherine, et portant un lutrin sur lequel se trouve l'inscription suivante :
Chest estapliel et liynage ensy qu'il est donna cheens demiselle Marie Follete, vesve de feu Jehan Gey^vais en lan MIllJCXLIl , fHez jnmir leurs âmes.
La signature de l'artiste est placée sur le pied du chandelier, elle est ainsi formulée : Che lestapUel fist Willaume le feure, fondeur de laitton à Tournay.
L'église St-Jacques , àLouvain, a fourni un objet de dinanderie très remarquable , c'est une grille en laiton , formée d'une série de colonnettes surmontées de statues de saints , œuvre d'un fondeur de Louvain , qui l'a signée : A^ 1568 , Jan Veldener me fecit.
La société archéologique de Namur a exposé sous le n° 878, un de ces objets en cuivre repoussé dont on rencontre aujourd'hui les imitations à chaque pas, dans les rues, chez les quincailliers. C'est un rafraîchissoir orné de quatre médaillons d'empereurs romains , portant cette signature : A. Binant par Dusart, 1633.
Les objets de dinanderie , faisant partie du mobilier et affectés aux usages ordinaires de la vie, sont trèsnombreux dans l'exposition; plusieurs présentent des formes très originales , l'on peut citer, dans ce cas , des flambeaux ou chandeliers de différentes formes , des encriers , un nombre considérable de mortiers , des bassins et plats en cuivre , provenant en grande partie des collections du baron de Vinck et de M. Vermersch. Les chandeliers sont très variés , en cuivre de diverses couleurs, en général avec larges godets faisant fonction de bobèches ; les uns très élancés, les autres à larges plateaux, dits bassets; quelques-uns représentent des lansquenets à larges toques et longues épées , d'autres Adam et Eve dans le costume le plus primitif, d'autres représentent des animaux fantastiques, chimères, griffons, etc. Les plats en cuivre re poussé portent souvent des inscriptions en caractères go thiques. Ceux dont le travail est le plus soigné portent
en général des écussons armoriés , souvent le lion de Flandre. Un plat en repoussé et ciselé, représentant Joseph vendu par ses frères , catalogué sous le n^ 775, est signé : A"^ 1602. Nicolas Vyrcœnius feciû.
Une plaque cataloguée sous le n" 1213 est le portrait sur cuivre repoussé de Benoit Van Beveren , ciseleur et orfèvre de Malines , il porte la date de 1690. La famille van Beveren a continué jusqu'à nos jours l'industrie artistique de son ancêtre.
Les mortiers exposés sont très nombreux. Ils portent presque tous des inscriptions; un grand nombre sont l'œuvre de Van den Ghein.
Le no 701 porte : Petrus Van den Ghein me fecit anno MCCCCCLVIII. Un autre, orné de armoiries de Ma lines, porte : Jacus de Clerc me fecit, 1631.
Le n° 707 a une inscription française : Faict à Liège, par Hendric Grongnar, Van 1633. Mais la plupart portent des inscriptions flamandes.
— L'orféverie flamande , moins originale que la dinanderie, se manifeste par certains caractères locaux; l'on peut citer d'abord deshanaps de grande dimension, tel celui offert par le Petit Serment des arbalétriers à son chef Gilles, de Buysleden, nommé bourgmestre de Bruxelles en 1619, il porte l'inscription jo. G. Van Busleyden Hofman Van die Groote Guide.
Une aiguière et son plateau , œuvre, d'après les comptes de la ville de Gand, de l'orfèvre gantois Jacques Van Hoorebeke , a été donnée par le Magistrat de Gand à Gothael, primus de l'Université de Louvain , elle porte cette inscription : Doc. clom.ac mag. Judocum Goethals Ganden. jihilosop . principem in aima Univers. Lovanien. hoc muuera donavil s. j). q. g. 6. Kal. décem. 1681. Le plateau d'argent porte en relief la représentation de la pucelle de Gand assise dans une enceinte fortifiée et caressant le lion de Flandre.
Le musée archéologique de Gand a exposé six écussons
d'argent doré où se trouve encore représentée la pucelle de Gand assise sous un dais gothique et caressant le lion de Flandre, quatre de ces écussons sont l'œuvre d'un célèbre orfèvre gantois Corneille de Bonté, reconnu maître orfèvre , en 1472 , et nommé doyen de la corporation.
Le salon royal renferme un certain nombre de colliers de gbilde qui sont des œuvres d'orfèvrerie très remarquables , parmi lesquels on peut citer le collier en argent doré et ciselé du roi du serment des archers de St-Sébastien d'x\nvers ; ce collier est composé du briquet et du caillou de la Toison d'or que traversent des flèches mises en sautoir ; une agrafe en forme d'écusson porte une couronne de Rodolphe 11 , frappée en 1607.
La Société des arbalétriers de Chimay expose un collier en argent offert par le duc de Croy, prince de Chimay, à la Société des archers de Chimay, formée en 1338 ; il porte l'inscription en lettres ogivales ajourées: tant que vivray Charles Croy imur soustenir Croy vivray.
Un collier de ghilde exposé par le baron x\lphonse de Rothschild , d'un travail très compliqué , renfermant les statuettes de St-Georges , de Ste -Agnès . de St-Michel , huit tètes d'ange , des oiseaux, des lapins, des rinceaux de feuillages , porte l'inscription suivante : Heer Cornelis van Bcrghenhecr ran Zcvenhenjhen Coninck an 1547 , die 18 Jv.lii. Dans ce même salon royal à côté de grands vases exposés par la comtesse de Flandre, l'on voit le collier de Rubens appartenant à l'académie des beaux arts d'Anvers; ce collier est formé de perles, cristaux de roche et croix emmaillées réunis par une garniture en or.
Jene parle pas des châsses, des reliquaires, remarquables assurément, mais à peu près du même style, et inférieurs comme authenticité aux reliquaires célèbres que l'on peut admirer dans les anciennes cathédrales ; cependant je dois citer une œuvre d'orfèvrerie absolument exceptionnelle, le chef-d'œuvre du célèbre Hugo d'Oignies , moine à Tabbave d'Oiirnies au XllF siècle: c'est la couverture
d'évangeliaire, cataloguée sous le N" 143 , sur laquelle le frère Hugo s'est représenté lui-même offrant son évangeliaire au Christ et à St-Nicolas, patron de l'abbaye.
Cette reliure renferme toute sorte de pierres précieuses , des intagli antiques, des nielles, des émaux cloisonnés de style mauresque . on y lit en beaux caractères l'inscription suivante :
Liber : scriptus : intus : et : foris : Hugo : scrijjsil : îjitus: questii \ foris: manu: -\-orate\ irro: eo\ -+- ore\ canunt'. alii\ cristitm: canit\ arte: fabrili: Hugo: sut: questu: ScrijHa: lahoris: arans.
Sauf les colliers de ghilde et quelques autres objets spéciaux , l'or et l'argent bien que représentés par un grand nombre d'objets n'offrent pas autant d'intérêt artistique à l'exposition de Bruxelles que le fer, le cuivre et même l'étain. L'étain avec sa teinte grise et ternie par le temps ne fait pas ressortir le talent de l'artiste, et cependant plusieurs plateaux et aiguières sont travaillés avec un soin remarquable , particulièrement par un potier d'étain estimé , du XVP siècle, nommé Gasjmr Ederlein. (Collection Vermerch).
L'horlogerie ancienne est brillament représentée à Texposition par la collection du marquis de Rodes qui renferme un certain nombre de montres primitives du commencement du 16® siècle, affectant les formes les plus variées , rondes, ovales, en croix, en sautoir, des œufs de Nuremberg , des montres d'abbesses , et aussi de belles montres en or repoussé et à plaques émaillées du dernier siècle (0. Les horloges et pendules sont moins nombreuses et moins remarquables ; on peut le regretter pour l'exposition de Bruxelles comme je le faisais il y a deux ans pour les musées de Paris. La mode. à juste titre suivant moi, favorise en ce moment les objets de la Renaissance , elle abandonne
(1) Lou peut citer encore une montre éraailléc par \'an (1er Cloesen de la Haye, appartenant à la comtesse dOultremom , portant celte inscription P. Hnavo priinof/enilux F. Genevœ .
peu à peu les 17*' et 18® siècles après avoir abusé, on peut le dire de l'imitation des objets dits rococos ou genre rocaille. Aujourd'hui les ciseleurs etles bronziers commencent à produire ces élégantes petites pendules à dômes de l'époque de la Renaissance ; mais les modèles leur manquent , ils sont très rares ; les musées de Paris , ne renferment pas dix modèles de ce genre et à peine deux ou trois d'un travail remarquable. L'exposition du mêlai au palais de rindustrie à Paris renferme peut-être plus d'œuvres d'horlogerie de la renaissance que l'exposition de Bruxelles, on peut cependant citer le n** 430 une petite horloge de cuivre gravé qui porte sur une de ses faces l'image de David et sur une autre celle de Judith , le n" 431 dont les quatre faces gravées sont encadrées par quatre colonnetles ciselées, au-dessus du cadran un ange tient un écusson armorié, le monument se termine par un campanile à jour , il provient de l'abbaye d'Afflighem et on lui assigne la date du 17® siècle. (Collection Vermesch).
La collection de M. De Vink renferme sous le n" 1076 une petite pendule a dôme en cuivre doré, gravé et portant des ornements au repoussé , le mouvement est à chaîne roulant sur fusée et la sonnerie à corde de boyau ; le balancier est extérieur. Cette petite pendule porte la signature : Peter Blanck anno 1626.
L'on peut encore citer une pendule en ébène surmontée d'une statuette de Mars signée : J.-B. Char eh à Bruxelles. Dans un médaillon se trouve cette inscription : Nulles rauses cens épines . Nulles plais ier s cens douleur. Anno 1703. (orthographe d'Anderlecht), et surtout une petite pendule, terminée par an dôme à jour en cuivre ciselé et gravé appartenant au beau musée Plantin d'Anvers, souvenir historique précieux, comme ayant été donnée à Plantin par les archiducs Albert et Isabelle.