‹ Petits musées de Hollande et grands peintres ignorésChapitre 5 sur 15 · MEUBLES · texte numérisé non relu

MEUBLES

i l'exposition de l'horlogerie ancienne ne présente pas un grand nombre d'objets, celle du mobilier en général nest pas beaucoup plus considérable, et cependant la Flandre a créé deux modèles importants de meubles ; l'époque de Riibens surtout a vu se développer le style de mobilier qu'on peut appeler le style d'architecture; le meuble figure un monument architectural avec base colonnades, frontons et chapiteaux ; il est exécuté en bois mélangés , chêne et bois des îles ; l'ensemble un peu lourd du meuble est relevé par sa sévérité, Ton pourrait dire sa majesté. Auparavant l'on fabriquait des meubles de chêne sculptés à ferrures dentelées , et plus tard des cabinets style italien, en joignant au bois le cuivre, l'ivoire, le marbre , les pierres précieuses , toutes ces riches matières distribuées souvent avec mauvais goût. L'on peut citer comme assez pur de style le n" 22 , cabinet d'èbène dont les panneaux sont couverts de peintures attribuées à l'un des Frank, et un bahut plus ancien du XVP siècle appartenant à madame Morren, catalogué sous le n° 91, les panneaux supérieurs représentent Cyrus et Alexandre, inscrits Sirus Rex et Alexander Magmis , sur les panneaux du corps inférieur du meuble , sont figurés Ninus et Jules César, ainsi désignés, Nimcs et C. Julius Cœsar.

On a rangé dans la classe du mobilier B. N" 108 un objet artistique important , qu'on appelle le cadran de Quentin Metsys , c'est une peinture ou plutôt une série de petits tableaux formant enseigne de boutique , qui se trouve pour la première fois exposé aux yeux du public, cet objet a été

signalé par M. Edward van Even, achiviste de la ville de Louvain, qui en a fait une description et une étude complète dans un article du réveil de Louvain du 10 mars 1880 , dont extrait m'a été communiqué par l'obligeance de M. Ruelens. D'après l'histoire de Tancienne école de peinture de Louvain par ce même M. Van Even, le père de Quentin Metsys , Josse Metsys se trouvait à Louvain en 1459, tenant boutique en qualité d'horloger et de serrurier ; en 1481 il fut chargé de l'entretien de l'horloge communale, et eut pour successeur dans son industrie son fils aîné, Josse Metsys; l'on suppose que Quentin Metsys, devenu peintre, exécuta ou fit exécuter ce cadran dans son atelier , pour servir d'enseigne à la boutique de son frère. Josse Metsys eut lui-même pour successeur son gendre Reynert, lequel fut arrêté avec sa femme par ordre de l'inquisition en 1543, pour soupçon d'hérésie. Reynert eut la tète tranchée et sa femme, la nièce de Quentin Metsys, fut enterrée vivante comme tant d'autres innocentes victimes du fanatisme religieux de cette époque. Le cadran de Qaentin Mesiys passa alors sur une autre boutique, et devint la propriété de la famille vanBrussel.

Sans admettre d'une manière absolue l'authenticité de cette origine , et quelle que soit la main qui a peint cette curieuse enseigne, composée de vingt-quatre petits tableaux, représentant des scènes d'intérieur intéressantes pour l'histoire des mœurs et des usages , l'on ne peut contester que ce soit une œuvre remarquable, qui témoigne, suivant l'expression de M. Ruelens, d'une grande facilité d'invention et d'une remarquable habileté de facture. Le cadran est peint, ajoute-t-il, dans le ton clair et agréable des œuvres de Metsys. Une des scèn8s d'intérieur reproduites sur cadran parait représenter les trois frères Metsys travaillant dans le même atelier: l'ainé , Josse, réparant une horloge, Quentin assis à son chevalet, et le plus jeune, Jean, qui se livra aussi à la peinture, broyant des couleurs pour son frère.

L'on peut faire rentrer dans la classe du mobilier divers travaux de bois , de beaux retables, dont un exposé par le comte Van der Straten Ponthoz, deux grandes voitures du XVIIP siècle, exposées, l'une par la municipalité de Bruxelles , l'autre par la princesse de Looz , des cadres de miroirs, des bois sculptés exposés par le baron A. de Rothschild.

Du mobilier se rapprochent encore, les costumes soit religieux , soit civils , les éventails , nombreux et variés , le linge, les dentelles, célèbre spécialité de Bruxelles. Sans vouloir entrer dans la discussion de la question délicate de l'origine des dentelles; sont-elles d'origine flamande ou vénitienne ? L'on peut reconnaître que dès le XV^ et le XVP siècle on faisait en Flandre des dentelles remarquables , et les tableaux et portraits de cette époque en sont la preuve ; madame de Montefiore a exposé de très belles dentelles antiques , la comtesse de Limburg- Stirum de plus récentes. On ne peut fixer les dates d'une manière bien précise , les dentelles ne portant pas de date , tandis que le linge damassé en porte très souvent comme le n' 738 , représentant don Juan d'Autriche avec cette inscription :

Serenissimo princijn Joanni aiisérîaco Hyspaniartim régis filio. Valencenaruni toliusque Belgy liheratori^ s. p. q. Corhrtccnus 1656. Une autre pièce de linge n" 739 porte l'inscription : Vivant et régnent Philip'pîcs IV, Hispaniarum rex et conjux ejus Ludomca regina.

Une autre pièce damassée, n° 754, représentant le prince Eugène , porte l'inscription : Virihus Eugeny aquila dévorât lunam. Tvrca precatur mtam Belgrada.

D'autres portent le portrait de Charles-Quint avec la devise : plus oultre.

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