I . Sorte d'alcyons
pâles elkovans! troupe agile et sonore, Qui descendez sans trêve et montez le courant! Hôtes doux et plaintifs des ondes du Bosphore , Qui ne vous reposez comme nous qu'en mourant! Pourquoi voler ainsi sans cesse dès l'aurore , Et d'Asie en Europe, et de l'aube au couchant , Jeter sans fin ce cri monotone et touchant?
Le peuple de ces bords vous vénère et vous aime; Le pêcheur vous salue en jetant ses filets ; Les enfants du rivage et le chasseur lui-même Ne déciment jamais vos rangs toujours complets; Et quand le soleil tombe à l'horizon extrême , L'odalisque, entr'ouvrant la vitre des Yalis\ Vous suit d'un long regard à travers le treillis.
i. Palaia ou villa snr le Bosphore.
On dit, 6 voyageurs ! qne vous êtes les âmes Des victirnas sans nom qui dorment sous ces flots ; Corps souples et charmants d*ardentes jeunes femmes, Dont la nuit et Thorreur étouffaient les sanglots , Lorsque, cousus vivants dans des toiles infâmes, L^eunuque les plongeait dans ce gouffre profond , Muet comme la tombe et comme elle sans fond.
Voilà pourquoi , laissant vos corps sans sépulture Servir sous les flots bleus de pâture au dauphin, Vos mânes irrités errent à l'aventure , Et, sans se consoler, volent, volent sans fin. Voilà pourquoi, plaignant toujours votre torture. Vous ne quittez jamais ce rivage embaumé Où vous avez souffert, où vous avez aimé.
Et voas avez raison I car dans ce pauvre monde On ne vit qu'où Ton aime, et la patrie est là l Ici-bas, rien ne vaut le coin d'ombre profonde Où d'un être adoré le cœur se révéla.
Que ce bonheur ait lui l'éclair d'une seconde, Ou qu'il ait rayonné sur un long avenir.
L'âme en garde à jamais l'immortel souvenir.
Mais même sans l'amour tes rives sont si belles , Bosphore ! et la main complaisante des dieux Les revêt d'une grâce et d'une splendeur telles Que l'étranger lui-môme, à l'heure des adieux. Sans en être attendri ne peut s'éloigner d'elles ; Et devant ce ciel pur, ces flots et ces cyprès. Dit : « Pourquoi donc partir? le bonheur est tout près !n
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Et moi, je fus aussi dans ta verte Arcadie!
J'ai contemplé tes cieux, j'ai contemplé tes mers; J'ai reçu leur beauté dans mon âme agrandie ; J'ai versé dans tes flots mes pleurs les plus amers. Mais lorsque sous le coup ma raison étourdie Chancelait... alors Dieu dans sa tendre pitié Ouvrit derrière moi les bras de l'amitié.
Elkovans! elkovans! que de fois, quand la brise Ranimait à mes pieds le feu du narghilé , N'ai-je pas écouté votre plainte indécise I... Sous l'éperon de fer du caïque eflilé , La vague sanglotait comme un cœur qui se brise ; La lune , triste et pâle, au bord du ciel bruni Se levait, et mon cœur plongeait dans l'infini.
Elkovans! elkovans! Je sais plus d*uDe histoire Douce comme Tamour, triste comme la mort Une surtout ! Je veux la dire à votre gloire. Ck)mme au sein de la mer une perle qui dort , Elle repose encore au fond de ma mémoire.
Mais je veux la tirer de son humide écrin, Et montrer au soleil mon trésor sous marin.