‹ Petits poémesChapitre 26 sur 29 · XXVIII · texte numérisé non relu

XXVIII

Jamais! — 11 achevait ces derniers mots à peine , Qu'Aïna pousse un cri terrible. — On fond sur eux. Djérid comme un lion s'élance et se démène, Mais dix bras ont dompté ses deux bras vigoureux. Il tombe, il faut céder; la résistance est vaine. Terrassé, tout meurtri, l'Arnaute est garrotté; Et la pâle Aïna sanglote à son côté.

Bientôt Ghalib paraît : « Approchez la lumière, Dit le vieillard, je veux voir les audacieux. » On apporte un flambeau sous Tardente paupière De Djérid, mais le feu qui jaillit de ses yeux Détruit le long eflTet de sa ruse première.

Et Ghalib : « Puisqu'il fit Taveugle, qu'il le soit tt 11 pourra désormais le jouer à bon droit »

Il dit; un nègre vient qui d^une main cruelle

Sur les yeux du captif promène un fer brûlant :

« Tu ne lèveras plus, dit Ghalib, ta prunelle

<f Sur celle qui reçut ton regard insolent.

« Invente maintenant quelque ruse nouvelle I »

Djérid ne répond rien; brisé par tant d'efforts

Il chancelle. — « A présent qu'on le jette dehors I »

On l'emporte. Aïna tord ses mains et se pâme. Ah 1 quelque châtiment que lui garde le sort , La douleur n'aura plus de place dans son âme I N'a-t-elle pas déjà souffert plus que la mort ? Le vieillard regarda quelques instants sa femme; Puis, la poussant du pied, avec un rire amer, Il dit : « Jetez ceci dans un sac à la mer. >•

— Ml —

He Lorsque Djérid reprit ses sens, avec la vie

ant : Il sentit bouillonner dans son sein déchiré

! Toutes les passions d'une ardente furie.

Ce n^est pas son destin, le tourment enduré,

!i Ni même à ses deux yeux la lumière ravie,

is Qui torturent son cœur et causent ce transport.

ior?I. Cest ta seule pensée, Aïna, c'est ton sort I

xxxni

Bientôt , le long du mur qui longe le rivage

11 entendit s'ouvrir la porte du jardin.

«—Viens, les quais sont déserts I dit une voix sauvage. »

Un esclave parut portant un sac de lin.

« Djérid, tu peux chanter à présent ton veuvage ! »

Dit encore la voix ; et soudain dans les flots

Un bruit sourd retentit mêlé de longs sanglotât.

Glacé d'horreur, Djérid prêtait l'oreille encore;

Un silence profond suivit l'horrible bruit.

Il comprend qu'Aïna l'attend sous le Bosphore ;

Il s'élance, et, tendant ses deux bras dans la nuit,

Il marche vers la mer; soudain un vol sonore

Frémit à son oreille et l'arrête en chemin :

Il sent un elkovan se poser sur sa main.

—«Ah! c'est toi, n'est-ce pas? c'est toi, ma douce amie!» Dit l'aveugle, en pressant sur lui l'oiseau des mers ; « C'est toi qui viens vers moi. C'est ton âme bénie « Qui veut me consoler dans mes chagrins amers. « Viens sur mon cœuri Pour toi je souffrirai la vie! » Il dit, baise l'oiseau, pleure, et bientôt sans bruit Le long des flots déserts disparaît dans la nuit.

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