LA GROTTE
La grotte s'ouvre immense et sombre.
Devant ce portique béant, L'œil éperdu croit voir dans l'ombre Surgir un palais de géant.
Au fond des grands bois, solitaire , Elle se dérobe aux regards; La fraîcheur, l'ombre et le mystère L*environnent de toutes parts.
ÎO.
Sur rétroit rebord delà cime, De vieux hêtres aux troncs tordus Se penchent tremblants sur l'abîme Où leurs pieds noirs sont suspendus.
De là haut, le regard se noie Dans la nuit du gouffre profond ; An -dessus, Tépervier tournoie Sans que son œil perce le fond.
La voûte étagée est si haute, Qu'on voit toujours dans le lointain
Une vapeur blanche à mi-côte Flotter comme un voile incertain.
Approchez! d'un côté la pente Se prête aux pas du pèlerin :
Un sentier rapide y serpente Jusqu'au fond du noir souterrain.
A chaque pas l'œil voit éclore Des aspects plus mystérieux :
La voûte s'élargit encore ; Le fond recule et fuit les yeux.
Mais bientôt sur les parois nues L'on entrevoit confusément Blanchir des formes Inconnues Dans un étrange encadrement.
Est-ce une vision, un rêve Flottant dans le vague des airs, Pareil aux mirages qu'élève L'ardent horizon des déserts ?
On dirait des temples de marbre Dans leur Paros étincelant; Ou la neige aux rameaux d'un arbre Suspendant son long voile blanc;
Ou bien encor les vastes tombes De rois couchés dans leur linceul, Qui dorment sous ces catacombes Que creusa la main de Dieu seul.
Ces frontons chargés de trophées, Ces piliers, leurs brillants soutiens , Sont peut-être l'œuvre des fées Et leurs palais aériens ?
Peut-être encor, ces formes pâles Qui masquent le pied des parois Sont les trônes semés d'opales Des esprits des monts et des bois?
Avançons ! tous ces blancs fantômes Semblent grandir encor de près; L'œil surpris voit partout des dômes.
Des coupoles, des minarets,
Des pagodes et des chapelles De marbre blanc teinté d'azur.
Un chaos de formes nouvelles Surgît soudain de l'antre obscur.
Quelles sont ces formes voilées Oui font rêver du Parthénon»
£t ces blancheurs amoncelées Dans ces solitudes sans nom 7
Ce sont des neiges étemelles Qui dorment sur un lit de rocs, Immobiles et solennelles Dans la majesté de leurs blocs.
L'eau qui filtre à travers les voûtes.
Avec un doux bruit argentin, Les forme ainsi gouttes à gouttes En les renouvelant sans fin.
nature ! ô source infinie De vie et de fécondité, Où Pâme humaine rajeunie Se retrempe dans la beauté I
Sur combien de lointains rivages, Dans combien de climats divers, Sous le soleil ou les orages, Au fond des bois, au bord des mers.
Dans les vallons ou sur les cimes, Dans les déserts ou les cités, Ai-je vu les aspects sublimes De tes éternelles beautés!
Que de fois pâle et solitaire, L'œil ébloui de tes splendeurs, Ai-je contemplé le mystère Qui veille au seuil de tes grandeurs!
Heureux qui te voit face à face !
Heureux qui peut suivre en tout lieu Les vestiges de cette trace Que t'imprima le doigt de Dieu !
J'ai vu les pays d'où l'aurore Vers nous s'avance en souriant, Et l'Italie et le Bosphore, Et les palmiers de l'Orient.
J'ai vu le Nord mélancolique Et ses archipels orageux, La pâle et brumeuse Baltique Et les Alpes au front neigeux.
Que le ciel fût pâle et sans flamme , Ou m'ioondât de ses clartés.
Partout j'ai laissé de mon âme Aux pays que j*ai visités.
Partout ma mémoire fidèle.
Ouvrant son invisible écrln, Kecueillit le divin modèle Que Dieu plaçait sur mon chemin.
Ne crains donc pas que je foublie, O grotte du pays natal !
Mon âme est à jamais remplie De ton souvenir virginal ;
Car c'est là que, pâle et muette, Inclinant son cou frêle et blanc, Rêveuse, Elle a posé sa tète Un instant sur mon cœur tremblant!
^aie,