‹ Petits poémesChapitre 29 sur 29 · SUR UN TOMBEAU · texte numérisé non relu

SUR UN TOMBEAU

Sous le tertre sans nom d'un humble cimetière , Poussière ensevelie au sein de la poussière , Te voilà donc couché dans Tombre pour jamais ! Et c'est là que ton cœur, ô sombre et dur mystère! Après avoir connu les grandeurs de la terre , Devait enfin trouver le repos et la paix 1

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mon prince ! cœur fier, âme douce et trop tendre, Je ne sais si tu peux m'entrevoir et m'entendre De la couche sanglante où tu t'es endormi.

Mais j'apporte en pleurant à ta tombe ignorée Les regrets, les soupirs et Tâme déchirée D'un serviteur fidèle et d'un fidèle amî.

Oui, d'un ami, d'un fils ; car dans ta cour prospère Tu me traitais en fils et Je t'aimais en père. Tes enfants m'acceptaient comme un frère plus vieux. — Hélas ! quel souvenir ! et combien il me touche ! Ma joue est tiède encor du baiser que sa bouche Y posa tendrement à l'heure des adieux.

Puisque ton cœur aimait mes accents de poète, mon prince ! ma voix ne sera pas muette.

J'embaumerai ton corps d'un vivant souvenir ; Et, comme un marbre blanc sculpté par les génies, Ma muse en deuil , versant des pleurs et des nénies, Signalera ta tombe au lointain avenir.

Ne crains pas que j'allume au feu de l'hyperbole Le vers qui doit servir à ton nom d'auréole : Ton front est assez haut pour ne pas le grandir. Puis la tombe est un temple où veille un saint mystère ; Et la vérité seule et la justice austère Comnoe des lampes d'or y doivent resplendir*

Repose donc en paix sur la terre étrangère !

Ah ! qu'elle soit au mort plus qu'au vivant légère !

Qu'elle donne à ses os ce qu'il cherchait : l'oubli.

L'oubli des lâchetés et de l'ingratitude

Qui vinrent l'outrager jusqu'en la solitude

Où son front fatigué s'était enseveli.

Gomme il aimait pourtant cette douce retraite I Pour cacher un bonheur Dieu semblait l'avoir faite. Rien n'y manquait : l'air libre, un riant horizon, Le silence et la paix d'une vie ignorée, De grands arbres, des fleurs, une femme adorée Et deux anges d'enfants jouant sur le gazon.

Ah î c'est la calomnie et son dard de vipère

Qui Ta tué 1 Saignant de sa morsure amère,

Il voulut quelque temps lutter contre le sort.

Mais le poison mortel brûlait déjà ses veines,

Et bientôt ce grand cœur, navré par tant de peines.

Chercha violemment le repos dans la mort !

Et toi, toi qui régnas, toi qui connus les liorames. Qui savais leur valeur et ce peu que nous sommes, Tu prêtas ton oreille à ces viles clameurs !

Et quand un peuple entier s'en allait les confondre , Quand ton silence seul eût suffi pour répondre, Ton âme se remplit d'amertume et tu meurs I

Tu ne savais donc pas le sort de toutes choses? Un scarabée impur ronge le cœur des roses ; Tout fleuve a son limon, tout palais ses égouts; Dans ce monde imparfait toute coupe a sa lie, Tout son pur est faussé, toute blancheur salie, Toute grandeur s'achète au prix d'umers dégoûts!

Non! tu n'étais pas fait pour porter la couronne^ Ce dur cercle de fer qu'un peu d'or environne. Et qui meurtrit toujours le front du souverain. Ton cœur était trop bon, ton âme trop loyale. Pour remplir sans effort cette tftche royale, 11 faut un bras^de fer avec un front d'airain.

Sans redouter la fange et ses éclaboussures,

Il faut guider le char avec des mains plus sûres,

Et sourire aux clameurs des intérêts broyés.

Il faut voler tout droit au but dans la carrière,

Sans retourner la tête et les yeux en arrière

Pour voir les malheureux que l'on foule à ses pieds.

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Le peuple est ainsi faiti Sous les mains souveraines Ce superbe coursier aime à sentir les rênes ; L'éperon même est doux à son flanc plébéien . La fermeté lui plaît dans le bras qui l'opprime ; Pour lui, son sang versé n'est pas toujours un crime, — Hélas I tu n'as jamais répandu que le tien.

Ton âme était si douce I Un mot, une prière Suffisait pour ouvrir ta main trop aumônière. Jamais un malheureux ne t'approchait en vain. Gomme au penchant des monts Teau des sources rapides Qui remplit jusqu'au bord les urnes aux flancs vides, Ainsi Tor sans tarir s'écoulait de ta main.

Dors en paix! tu fus bon; tu le fus sur un trône. Dors, repose ton front sur ta gerbe d'aumône, Moissonneur qui t'assieds avant la fin du jour. Tu n'auras pas en vain travaillé; ta mémoire Dans plus d'un cçeur fidèle et jaloux de ta gloire. Trônera sous un dais de respect et d'amour.

L'histoire et l'avenir éveillant la justice Diront sans complaisance et sans vain artifice Tout ce que tu rêvas et fis pour ton pays ; Tes mains de toutes parts par Tétranger liées ; Les racines du mal au loin multipliées, Et comment par le sort tes vœux furent trahis.

Mais avant que ce jour de vérité ne vienne.

Tu n'auras pas en vain mis ta main dans la mienne ! Sur la tombe encore fraîche où reposent tes os, Avec l'oiseau qui chante et la brise qui pleure, Le cyprès qui gémit et l'herbe qui t'effleure, Mon vers tendre et pieux bercera ton repos.

Adieu donc 1 adieu donc! pauvre tête meurtrie! Tu ne reverras plus ta lointaine patrie, Ton palais, ta famille et tes petits enfants ; Ta vigne à Sokola, nid d'ombre et de silence, La Bistrizza rapide et le Danube immense.

Et Galatz qui te fit des adieux triomphants !

Tu ne reverras plus ce qui faisait ta joie, Ces cieux plus étoiles où le regard se noie; Les joyeuses Horas de ton peuple assemblé^ Où tu n'as pas voulu qu'il restât un esclave ; Et ce vert Océan de la terre moldave Qui déroule ses flots de maïs et de blé I

Tu ne reverras plus les chasseurs des montagnes. Le regard doux et fier de leurs jeunes compagnes, Les Tziganes errants campés sur les chemins.

Le paysan courbé sous les lois féodales, Qui marche en longs cheveux les pieds dans des sandales, Ainsi que ses aïeux sous les Césars romains 1

Non î mais réjouis-toi dans ton repos suprême ! Ce peuple doux et fort, ainsi que son emblème , A suivi le sillon qu'ouvrit ton noble effort. Les rois vont le juger. Le monde fait silence.... Si ses droits sont trouvés légers dan."; la balance, Repose en paix ! son cœur fera rougir le sort !

Cimetière du Mée. — IS57,

VISION

VISION

A l'heure où le soleil se plonge dans la mer, J'errais sur le rivage où Ravenne eut sa grève, Et mon cœur s'abîmait dans un regret amer.

Je me disais : a Hélas ! tout n'est-il donc qu'un rêve V Tout se transforme et court vers un but inconnu : La mer change de lit et l'homme erre sans trêve.

Son esprit est un flux et reflux continu ;

Le bien le mène au mal, le mal le jette au pire. De quelle erreur est-il à jamais revenu?

Si haut que soit le but où son génie aspire , 11 ne voit qu'un côté des choses à la fois.

Étreint dans sa prison qu'il nomme son empire,

Il se heurte le front à toutes les parois ; Et le pauvre insensé rêve de sa puissance Sans voir ses fers rivés l'écraser de leur poids î

Et les peuples I tantôt idoles qu'on encense , Tantôt serfs abrutis sous le fouet des tyrans ; Ou féroces ou vils ! esclavage ou licence î

Vaisseaux désemparés d'un pôle à l'autre errants, Ils cherchent au hasard un port dans la nuit sombre, Jusqu'à l'heure où. jouet d'invisibles courants,

Chacun d'eux tour à tour heurte un écueil dans l'ombre

Et descende à jamais dans l'abîme profond.

Quoi 1 faut-il que la France, elle aussi, touche et sombre? »

— Et cherchant à sonder cette énigme sans fond, Perdu sous les flots noirs de cette idée amère, Je marchais, l'œil baissé, comme les rêveurs font.

J'étais comme un enfant qui, regardant sa mère , Entend soudain dans Tair le glas des morts courir: 11 comprend tout à coup cette vie éphémère,

Et sur ces traits si chers que le temps va flétrir. Jetant un long regard d'ineffable tendresse.

Il se dît plein d'effroi : Quoi! doit-Elle mourir?

Ainsi Tesprit fixé sur la France en détresse. Laissant mes pas distraits me conduire au hasard, (Car l'ardente pensée est ainsi qu'une ivresse),

Je suivais tristement mon chemin à l'écart.

Jusqu'à ce que soudain m'éveillant de mon rêve. In spectacle nouveau s'offrit à mon regard.

Mes pieds ne foulaient plus le sable de la grève ;

En relevant les yeus je ne vis plus le ciel ;

De grands pins élancés, qui s'agitaient sans trêve.

Recourbaient sur mon front leur dôme solennel. Et la brise effleurant leurs rameaux dans les nues Semblait y murmurer un cantique éternel,

Pareil aux longs accords que les orgues émues Déroulent lentement dans Tombre du saint lieu, Quand la foule à genoux presse les dalles nues.

Et je te reconnus, ô vrai temple de Dieu !

Vieille et sainte forêt, sublime solitude^ Où Tâme dit au monde un si facile adieu !

C'est là que, promenant sa sombre inquiétude. Le vieux Dante proscrit trouvait Tombre et le frais, Loin du bruit des cités et de la multitude;

Là, sous ces mômes pins, moins hauts et moins épais, Assis sur Pherbe verte ou la mousse fleurie, Le sublime vieillard venait cliercher la paix.

Car au fond des grands bois notre âme endolorie,

£fi voyant la nature et sa sérénité,

Sent fondre ses chagrins en douce rêverie ;

L'esprit plus près de Dieu respire la beauté, Et, loin des passions et des œuvres serviles, Trouve enfin au désert l'austère liberté.

Oui , c'est là que fuyant le tumulte des villes. Et des opinions le flot trouble et mouvant, Naufragé sans retour des tempêtes civiles,

Le sombre et fier proscrit s'asseyait en rêvant. Et comme un vague écho des rumeurs populaires. Écoutait le bruit sourd des rameaux et du vent

O VOUS qui l'avez vu, pins aux troncs séculaires, Vieux sentier qui s'efface et se perd dans les bois, Sol creusé lentement par des pas solitaires,

Vous tous, témoins vieillis des chose>' d'autrefois ! Vous avez dû garder cette auguste mémoire, Quand à ses derniers jours ce grand homme aux tfbois.

Exilé, chargé d'ans, de malheur et de gloire,

Venait dans cette allée, à l'ombre des forêts. Traîner de sa grandeur le deuil expiatoire.

Dites-moi quels étaient ses mouvements secrets, Ses rêves, ses désirs, sa dernière espérance. Lorsque la paix du ciel était déjà si près !

Ah ! tourment des grands cœurs, héroïque souffrance^

Cher et cruel souci de la patrie en deuil,

.C'est à toi qu'il songeait, à toi seule, ô Fiorence !

Et de l'éternité prêt à franchir le seuil, Il se tournait encor vers Tingrate contrée Dont il est à la fois le remords et Torgueil.

Je n*ai pas ton génie, ô grande âme navrée I Mais je puis par le cœur comprendre tes ennuis ; J'ai souffert comme toi cette douleur sacrée.

J'ai vu d'un siècle entier tous les rêves détruits. Et la France incertaine entraînée aux abîmes Par ses propres enfants aveuglés ou séduits.

Quel sera Tavenir? Quels efforts magnanimes

Pourront le replacer sur son vrai piédestal ?

Ah ! renier ses dieux est le plus grand des crimes î

— Ainsi, de mes pensers suivant le cours fatal, Mon esprit, absorbé par des craintes sans nojnbre. Me reportait si bien vers le pays natal.

Que je ne voyais pas que la forêt plus sombre

Dérobait le chemin à mes pieds déjà las,

Et que le crépuscule avait fait place à Tombre.

Et je marchais toujours en rêvant, le front bas. Quand je vis tout à coup dans la feuillée obscure rne ombre se dresser au-devant de mes pas.

.Uôn cœur la reconnut. Cette grande figure Dont rœil profond brillait d'un feu surnaturel , C'était Alighierl, ses traits et sa stature.

Tel que Giotto Ta peint au mur du Barigel , Tenant entre ses mains une fleur par la tige. Jeune et brillant déjà d'un éclat immortel.

— « souverain poète ! est-ce bien vous, lui dis je,

« Qui revenez encore au lieu de votre exil,

« Ou de mes sens émus n'êtes-vous qu'un prestige?

« Parlez I que votre voix par un conseil viril « Légitime ou dissipe à jamais ma tristesse. » Alors le grand proscrit : « Mon enfant, » me dit-il,

( Et sa voix révélait un monde de tendresse )

« Qu'as-tu? pourquoi ces pleurs? et d'où vient ton souci V

« N'est-il pas de remède à ce mal qui t'oppresse?»

— Et, relevant le front, je répondis ainsi :

« Puisque tu veux savoir le tourment que j'endure, Je te dirai le mal qui me ronge le cœur :

A qui veut rester bon, maître, la vie est dure.

L'égoïsme au cœur vil, au sourire moqueur.

S'installe en triomphant sur Thonneur en ruines : Nul ne croit plus au bien et le mal est vainqueur.

Un vent de mort se lève et flétrit les poitrines ; Tout noble effort y meurt sous un souffle empesté ; On dirait que jamais les mamelles divines

De range que jadis on nommait Liberté

N'ont versé dans les cœurs sa tendresse infinie

Et sauvé de la mort la vieille humanité.

toi , dont la douleur a trempé le génie, Réponds, et ne crains pas de me faire souffrir : Est-ce un repos d'une heure, ou bien notre agonie?

Hélas! je sais qu'un jour la France doit périr. Longtemps j'ai repoussé cette pensée horrible. Qui me fit tant de mal que je crus en me urir.

Longtemps, comme Jacob des récits de la Bible, Je luttai seul à seul, d'un bras désespéré, Sous l'étreinte de fer de ce spectre terrible.

11 a vaincu. Je sais qu'ici rien n'est sacré,

Que le temps détruit tout dans ses métamorphoses ,

Qu'il vient sur notre cœur prendre un être adoré

Pour mieux faire pousser les roncei^ et les roses, Et que, sans nul souci de nos déchrrements, Son niveau destructeur s'étend sur toutes choses.

Qu'il accomplisse donc son œuvre de tourments I Mais toi, sur qui l'oubli ne peut avoir de prise , Toi, pour qui l'avenir est sans étonnements,

Kt dont l'œil, désormais sans trouble et sans méprise. Contemple aux purs rayons du céleste séjour La vérité sans voile au fond des cieux assise ,

O bienheureux esprit! s'il te reste en ce jour Le souvenir des maux que tu souffris naguères, Ou si ton cœur pieux a gardé quelque amour

Pour les pauvres mortels que tu nommas tes frères. Et ceux qui sont encore au milieu du chemin Attardés dans la vie et ses mille misères,

Ah ! ne dédaigne pas de me tendre la main I Emporte mon esprit vers tes hauteurs sereines ; Dévoile-moi d*en haut ce qui sera demain ;

Et que j'entende encor tes lèvres souveraines

Par un mot consolant relever mes esprits î

Car seul tu peux calmer mes regrets et mes peines. »

— « Ami, dit la grande ombre, ami, je t'ai compris. Je connais ta douleur, je l'estime et je l'aime. C'est parce que je sais tout ce que tu souffris.

Et que dans d'autres temps je Tai souffert moi-même, Que par l'ordre de Dieu je viens te secourir. Mais n'attends pas de moi le remède suprême.

11 est de ces douleurs qu'il est sain de soufifrir. Sans elles, l'existence est une lettre close. Ne demande donc pas à Dieu de te guérir.

Ce généreux tourment dont l'amour seul est cause ; Ces pleurs versés sans bruit sur le pays natal; Cet effroi du péril où l'on croit qu'il s'expose;

Ce désespoir secret, qu'ignore un cœur banal, Pour la patrie en deuil et ses grandeurs déçues; Cette foi dans le bien quand triomphe le mal ;

Toutes ces douleurs-là ne sont jamais perdues. Un ange les recueille et Dieu sait les bénir : C'est la rédemption des nations déchues ;

Et quand vient Theure où Dieu songea les rajeunir, Comme dans un trésor c'est là que sa main puise Pour doter l'univers d'un nouvel avenir.

Mais il faut qu'à tes yeux la vérité reluise :

Ami, lève la tête et renais à l'espoir.

Ta patrie à l'erreur est loin d'être conquise ;

Ton peuple n'en est pas où tu crains de le voir ; A mes regards plus sûrs sa chute est moins profonde Il peut sembler parfois déserter son devoir;

Parfois, comme un soldat que sa blessure inonde. Sur l'arène sanglante il s'assied à l'écart Mais il ne peut périr; sa vie importe au monde.

Que le clairon résonne, il se relè..ve, il part,

11 court, combat, triomphe, et sa main la première

Sur l'ennemi vaincu plante son étendard.

Car c'est lui maintenant qui porte la lumière

Qu'autrefois Titalie a tenue en sa main,

Quand la nuit du chaos couvrait l'Europe entière.

C'est lui vers l'avenir qui montre le chemin, Et qui dans les sillons de ce siècle timide Sème les vérités qui germeront demain.

Relève donc le front et ta paupière humide !

Le mal comme le bien a son aspect trompeur, Et souvent dans l'excès du mal le bien réside.

Les peuples les plus forts ont eu cette torpeur ; Mais un grand cœur revient tôt ou tard à lui-même : Et bientôt l'avenir démentira ta peur. »

C'est ainsi que parla le poëte suprême ; Et, quoique délivré de mon chagrin cuisant, Je méditais toujours le douloureux problème.

Et je lui répondis : « maître bienfaisant!

Mon cœur s'ouvre à ta voix et mon ciiagrin s'envole.

J'accepte, et désormais je comprends le présent.

Mais je veux te montrier, sans scrupule frivole, Ce qui s'agite encore au fond de mon esprit : Un doute me travaille et combat ta parole.

Cet avenir meilleur dont ta voix me prescrit

De saluer Taurore et la douce espérance.

J'y veux croire avec toi ; c'est Dieu qui te l'apprit.

Mais après ce réveil, qui me dit que la France

Ne retombera pas dans ce sommeil de fer

Qui scelle le tombeau de Rome et de Florence ? »

— A ces mots, un sourire à la fois doux et fier

Illumina les traits de la sombre figure.

Comme un rayon furtif qui dore un ciel d'hiver.

— «Dans tes climats du Nord, dit l'ombre, où le froid dure,

N'es-tu jamais allé t'égarer ou t'asseoir*

Sous les rameaux des bois dépouillés de verdure ?

Tout présente l'aspect d'un morne désespoir:

Sous son manteau de neige au loin la terre est blanche ;

L'arbre étend ses grands bras comme un squelette noir.

C'est la mort! et pourtant tu sais que chaque branche Se couvrira de fleurs et de fruits éclatants, Lorsque le gai printemps reprendra sa revanche.

Eh bien ! les nations ont aussi leur printemps. J'en sens déjà dans l'air les premières haleines ; Le réveil de mon peuple est prochain ; je l'attends.

Son expiation va finir ; dans ses veines Déjà monte et frémit un sang plus généreux ; Le moment va venir où tomberont ses chaînes. »

— Ah 1 m'écriai-je alors, heureux, trois fois heureux Ceux qui verrint ce jour que tout grand cœur souhaite ! Qu'il couronne au plus tôt tant d'efforts douloureux! »

— « Je peux te le montrer, dit encor le poète, Tu vas voir l'avenir comme dans un miroir ; Que la paix rentre enfin dans ton âme inquiète !

Regarde! »— Et tout d'abord je ne pouvais rien voir Que la nuit qui cachait la forêt tout entière Et formait sous mes yeux un épais rideau noi

Mais l'ombre de son doigt me touchant la paupière» Le voile qui couvrait mes sens fut déchiré :

L'avenir m'app«rut comme un trait de lumière....

Et peut-être qu'au monde un jour je le dirai.

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