‹ Petits poèmes en proseChapitre 14 sur 70 · LA FEMME SAUVAGE ET LA PETITE-MAITRESSE · texte numérisé non relu

LA FEMME SAUVAGE ET LA PETITE-MAITRESSE

raiment, ma chère, vous me fatiguez sans mesure et sans pitié ; on dirait, à vous entendre soupirer, que vous souffrez plus que les glaneuses sexagénaires et que les vieilles mendiantes qui ramassent des croûtes de pain à la porte des cabarets.

ce Si au moins vos soupirs exprimaient le remords, ils vous feraient quelque honneur; mais ils ne traduisent que la satiété du bien-être et l'accablement du repos. Et puis, vous ne cessez de vous répandre en paroles inutiles : wAimez-

"moi bien! j'en ai tant besoin! Consolez-moi ^rpar ci, caressez-moi par là!* Tenez, je veux essayer de vous guérir ; nous en trouverons peutêtre le moyen, pour deux sols, au milieu d'une fête, et sans aller bien loin.

rc Considérons bien, je vous prie, cette solide cage de fer derrière laquelle s'agite, hurlant comme un damné , secouant les barreaux comme un orang-outang exaspéré par l'exil, imitant, dans la perfection, tantôt les bonds circulaires du tigre, tantôt les dandinements stupides de l'ours blanc, ce monstre poilu dont la forme imite assez vaguement la vôtre.

'rCe monstre est un de ces animaux qu'on appelle généralement «mon ange!» c'est-à-dire une femme. L'autre monstre, celui qui crie à tuetête, un bâton à la main, est un mari. Il a enchaîné sa femme légitime comme une bête, et il la montre dans les faubourgs, les jours de foire, avec permission des magistrats, cela va sans dire.

Page 1