‹ Petits poèmes en proseChapitre 29 sur 70 · LE CRÉPUSCULE 1)1 SOIR · texte numérisé non relu

LE CRÉPUSCULE 1)1 SOIR

plus taquin, [ndulgenl el sociable encore pendant Ij» journée, il était Impitoyable l<i soir: el

ce n'était pas seulement sur autrui, mais aussi sur lui-même, que s'exerçail rageusemenl sa manie crépusculeuse.

Le premier ost mort fou, incapable de reconnaître sa femme el son enfant; le second porte en lui l'inquiétude d'un malaise perpétuel, et tut-il gratifié de tous les honneurs que peuvent conférer les républiques et les princes, je crois que le crépuscule allumerait encore en lui la brûlante envie de distinctions imaginaires. La nuit, qui mettait ses ténèbres dans leur esprit, fait la lumière dans le mien; et, bien qu'il ne soit pas rare de voir la même cause engendrer deux effets contraires, j'en suis toujours comme intrigué et alarmé.

0 nuit! ô rafraîchissantes ténèbres! vous êtes pour moi le signal dune fête intérieure, vous êtes la délivrance dune angoisse! Dans la solitude des plaines, dans les labyrinthes pierreux

d'une capilale, scintillement des étoiles, explosion des lanternes, vous êtes le feu d'artifice de la déesse Liberté!

Crépuscule , comme vous êtes doux et tendre ! Les lueurs roses qui traînent encore à l'horizon comme l'agonie du jour sous l'oppression victorieuse de sa nuit, les feux des candélabres qui font des taches d'un rouge opaque sur les dernières gloires du couchant, les lourdes draperies qu'une main invisible attire des profondeurs de l'Orient, imitent tous les sentiments compliqués qui luttent dans le cœur de l'homme aux heures solennelles de la vie.

On dirait encore une de ces robes étranges de danseuses, où une gaze transparente et sombre laisse entrevoir les splendeurs amorties d'une jupe éclatante , comme sous le noir présent transperce le délicieux passé; et les étoiles vacillantes d'or et d'argent, dont elle est semée, représentent ces feux de la fantaisie qui ne s'allument bien que sous le deuil profond de la Nuit.

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