‹ Petits poémes [microforme]Chapitre 10 sur 37 · BR TR OS · texte numérisé non relu

BR TR OS

| | Sont de neige et de fleurs tour à tour recouvertes ; 1 Depuis les océans jusqu’au plateau lointain

4 | Où le Père des eaux, dans son cours incertain,

k: Traîne les bancs de sable et vers la mer les pousse, Avec les frais débris de liane et de mousse, Pour recouvrir les os de l’antique mammouth.

k Ils ne trouvèrent point ce qu’ils cherchaient partout : | ji La pitié d’un ami, le toit sacré d’un hôte!

fe En silence plusieurs cheminaient côte à côte ;

: Ils ne recherchaient plus le foyer d’un ami ;

| Leur âme désolée avait assez gémi :

Ils demandaient, ceux-là, la paix à la poussière. ; Leur histoire est écrite en plus d’un cimetière

fl Sur la pierre ou la croix qui couvre les tombeaux.

l Or, parmi ces captifs qui promenaient leurs maux (he Sur des terres de glace ou sous des cieux de flamme, | On vit errer longtemps une adorable femme.

| Elle était jeune encore, et son grand œil rêveur

| Semblait toujours fixé sur un monde meilleur,

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Oui, la pauvre proscrite, elle était jeune et belle! Mais, hélas! bien affreux s'étendaient devant elle Le désert de la vie et ses âpres sentiers,

Tout bordés des tombeaux de ceux qui les premiers Fléchirent dans l’exil sous le poids des souffrances ! Elle avait vu s'enfuir ses douces espérances

Ses rêves de bonheur et ses illusions!

Dans son cœur était mort le feu des passions !

Son âme était alors comme une solitude

Où l'étranger chemine avec inquiétude

N'ayant, pour se guider, dans ces lieux incertains, Que les débris des camps, que les brasiers éteints Et tous les os blanchis que le soleil fuit luire.

Un vent de mort, hélas ! soufflait pour la détruire ! Elle était le matin avec son ciel vermeil,

Ses chants mélodieux et son brillant soleil,

Qui tout à coup s'arrête en sa pompeuse course ; Elle était le ruisseau qui remonte à sa source, Dans les villes, parfois, elle arrêtait ses pas ;

Mais les villes, non plus, ne lui redonnaient pas L’ami qu'elle pleurait, la paix du cœur perdue ! Elle en sortait bientôt, gémissante, éperdue,

Et poursuivait encor ses recherches plus loin. Faible et lasse, parfois, se croyant sans témoin, Elle venait s'asseoir au fond des cimetières,

Les regards attachés sur les croix ou les pierres Qui protégeaient des morts le suprême repos.

Elle s'agenouillait, parfois, sur ces tombeaux

Où nulle inscription ne répète à la foule

L'humble nom du mortel que son pied distrait foule, Puis elle se disait : Il est peut-être 1à....

Une douce rumeur passait parfois ; cela

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Lui rendait du courage et de l'espoir, sans doute : Le] } Des hommes lui disaient avoir vu sur leur route j Cet être bien aimé qu'elle cherchait en vain ; Mais, sort fatal ! c'était dans un pays lointain.

—"{ Oui, réponduient les uns, touchés de sx tristesse,

‘€ Nous l'avons rencontré Gabriel Lajeunesse,

‘“ Au récit qu’il nous fit un jour de ses malheurs

‘ Nous avons avec lui répandu bien des pleurs.

& Son père l'accompagne : il se nomme Basile:

‘ C’est un bon forgeron, un vieillard fort agile.

‘ Ils sont coureurs des bois ; is sont chasseurs tous deux, ‘6 Et parmi les chasseurs leur renom est fameux,”

—"* Gabriel Lajeunesse ? il fut, contaient les autres, & S'il nous en souvient bien, assurément des nôtres. 4 De la Louisiane il franchit avec nous

‘ Les plaines sans confius et les nombreux bayous.”

Souvent on lui disait avee bonté : ‘Ta peine,

6 Pauvre enfant, sera-t-elle aussi longne que vaine ? 6 Pourquoi toujours lattendre et Padorer toujours ?

Il a peut-être, lui, renié ses amours.

“Il est d'autres garçons d'ailleurs, dans nos villages ‘4 Des garçons aussi beaux, aussi forts, anssi sages ?

4 Combien seraient heureux de vivre auprès de toi!

6 Tu charmerais leur vie : ils béniraient ta loi.

6 Et Baptiste Leblane, Le fils du vieux notaire,

6 À pour toi tant d'amour qu'il ne saurait le taire ;

leux,

‘ Donne lui le bonheur en lui donnant ta main ; “Et que dès aujourd'hui ton deuil ait une fin.”

A eeux qui lui tenaient ee discours raisonnable

Elle disait pourtant : “KSerait-il convenable

‘# De promettre ma main à qui n'a point mon cœur? 6 Pamour est un flambeau dont la vive Ineur Lelaire et fait briller les sentiers de la vie,

é L'âme qui n'aime pas au deuil est asservie ;

‘ Le lien qui l’enchaîne est un lien d'airain,

Et pour elle le ciel ne peut être serein.”

Souvent son confesseunr, ce protecteur fidèle

Qui depuis le départ avait veillé sur elle,

Sn attendant qu'un père an ciel ni fût rendu,

Dani disait: Mon enfant, nul amour n'est perdu. Quand il n'a pas d'écho dans le cœur que lon aime ; 6 Quand dun autre il ne pent faire le bien suprême, [revient à sa sourece et plus pur et plus fort,

Et l’Ame qu'il embrase aime son triste sort,

‘6 Lean vive du ruisseau qui s'est an loin enfuie

6 Dans le ruisseau retombe en abondante pluie.

Sois ferme et patiente au milieu de tes maux ;

Le vent qui peut briser les flexibles rameaux Fait à peine {eémir les branches du grand chêne.

‘# Sois fidèle à l'amour qui t’accable et t’enchaîne : Ne crains pas de souffrir et bénis tes regrets ;

‘ La souffrance et l'amour sont deux sentiers secrets # Qui mènent sûrement à la sainte Patrie,”

[| fl |

La pauvre Evangéline, à ces mots attendrie, Levait, avec espoir, ses beaux veux vers le ciel : La coupe de ses jours n'avait plus tant de fiel : Elle croyait encore entendre, dins son âme,

La mer se lamenter en déroulant sa lame ;

Mais parmi les soupirs, mais parmi les sanglots, S'élevait une voix qui dominait les flots,

Une voix ravissante et pleine de mystère L

Qui lui disait toujours: O jeune fille espère ! ” È

L’infortunée ainsi, durant de nombreux jours,

Promen: son espoir, sa peine et ses amours.

Son pied se déchira sur la ronce et l’ortie

Qui recouvraient partout le chemin de sa vie !

Esprit mystérieux, reprends ton noble essor !

Guide-moi de nouveau, je veux la srivre encor,

La suivre par le monde où seule elle est allée ! \

Comme le voyageur qui longe, en la vallée, Ë I

Le cours capricieux d'un rapide ruisseau, 1 C

Voit quelquefois de loin la molle nappe d’eau 4 U

Resplendir au soleil à travers la verdure, à

Et, quelquefois, de près entend son gai murmure, ' À

Mais ne la voit point fuir sous le feuillage épais, L À

Ainsi je la suivrai dans le trouble ou la paix. Ë $

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