‹ Petits poémes [microforme]Chapitre 11 sur 37 · SA · texte numérisé non relu

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Mai fleurit les vallons. La lumière ruisselle : L'arôme des bois monte aux cieux. Une nacelle Glisse rapidement sur le Mississippi.

Elle passe devant le Wabash assoupi,

Et devant l'Ohio qui balance ses ondes

Comme un champ de maïs berce ses tiges blondes. Ceux qu'elle porte sont tous des Acadie ‘NS, Malheureux exilés dépouillés de leurs HN Lamentable débris d’un peuple heureux naguère. Où vont-ils maintenant ? ils ne le savent guère, Une même croyance et les mêmes malheurs Unissent fortement ces pieux VOYASeUTS,

À travers les forêts, les e: ampagnes flenries,

A travers les v: etles vertes prairies,

Sur les sables où l'onde ils sont toujours errants ; Is cherchent leurs amis, ils cherchent leurs parents. Parmi ces fugitifs on voit Ev: angéline,

Semblable maintenant au ey près qui s'incline Sur la fosse profonde où dort un m: heureux,

Et le père Félix sou guide généreux.

Le jour naît et s'enfuit, et la fréle pirogne,

Sur le fleuve éenumeux, toujours se berce et vogre, Elle efflenre, tantôt, le pied d'un noir rocher, TFantôt parmi les jones où la voit se cacher. Quand Paile de la nuit s'entrouvre sur literre Elle cherche, à la côte, un abri solituire ;

Les voyageurs lissés dressent let crmpement Et, couchés près du feu, reposent un moment, Enfin elle franchit des chutes aboyantes,

Rase des bords féconds, des îles verdoyantes

Où le tier cotonnier beree, d'un air eoquet,

Ses aigrettes d'argent et son moelleax duvet, Elle s'avance, ensuite, en des anses profondes Où de longs banes de sable élèvent, sur les ondes, Comme nu ruban doré, leurs dos étincelants,

Et sur ces banes de sable où les flots ondulants S'en viennent tour à tour chanter à leur passage, Elle voit S'agiter le doux et blane plumage

Des nombreux pélieans qui quettent le poisson, Linsecte au fin corsiae et liimpur maçon.

La rive qu'elle effeure est basse et parfumée ; La végétation est brillante, animée ;

Les oiseaux font partont entendre leur concert Et la fleur offre au ciel son calice entr'ouvert.

De distance en distance, au bord ds ce rivage, Au milieu d'un jardin, au milieu dun borage, S'élèvent la maison d'un Planteur enrichi

Et du nègre inDlent la erse ax toit blanchi,

Les exilés voyaient cette terre féconde Qu'un printemps éternel de son éclat inonde,

Où des moissons toujours se balancent au vent, Le grand fleuve décrit ici vers le levant,

Sous un ciel tout de flamme, une courbe lointaine, Et ses flots transparents, en roulant dans la plaine, Arrosent çà et là des bosquets d'oranzers,

Des citronniers fleuris ct de nombreux vergers, La rapide nacelle, obcissant aux rames,

S'écarte de sa course en traçant, sur les lames,

Un sillon cireulaire où tremble Le ciel bleu,

Et sa vitesse alors se ralentit nn peu,

Elle fend tes flots noirs, bayou de Piaquemine,

A l'heure où de ses feux le conchant t’illumine !

Les voyageurs s'en vont vers de nouveaux endroits Où serpentent sins bruit mille ruisseaux étroits,

Et leur barque s'ézare en des eaux paresseuses

Qui se croisent cent fois sous les feuilles ombreuses, Les cyprès chevelus forment de leurs rameaux, Au-dessus de leurs fronts, des voûtes, des arecaux Où flotteut, parfumés, les mousses diaphanes

Et le lierre luisant et les molles lianes,

Comme dans un vieux temple, illustres oripeaux, On voit flotter parfoi: bannières et drapeaux.

Il règne dans ces lieux un effrayant silences ;

Où entend seulement le héron qui s'élance,

Au coucher du soleil, vers le grand cèdre noir Dont les rameaux toutfus lui servent de juechoir, Ou, sur un trone noirci, le hibou taciturne

Qui fait frémir les bois de sa plainte nocturne,

La lune se leva cependant. $Ses rayons Tracèrent sur les eaux de lnmineux sillons, Drapèrent les rochers dans une écharpe blanche, Coururent mollement le long de chaque branche Glissèrent à travers le feuillage des bois, Comme on voit au lever du soleil, quelquefois, Glisser les fils d'argent d’une vague bruine

A travers les débris des donjons en ruine, Chaque objet à son tour, en ces lieux écartés, Flottait dans l'ombre épaisse ou les fanves clartés, Revêtait tout à coup la plus étrange forme, Tout à conp se fondait en une masse énorme,

Voguant silencieux, les malheureux proscrits Sentirent une angoisse étreindre leurs esprits. Dans le pressentiment d’un mal inévitable,

Cet endroit leur parut encor plus redoutable,

Et leurs cœurs, effrayés des menaces du sort, Tressaillirent soudain et battirent bien fort, Souffrant peut-être ainsi, la frèle sensitive Referme s4 corolle et se penche craintive,

Quand, au loin dans la plaine, un coursier au galop Fait retentir le sol de son poudreux sabot,

Mais une vision d’une douceur divine

Vint charmer un moment l’âme d’'Evangéline,

Sa pensée avait pris, pourrais-je dire, un corps : Devant ses veux un spectre apparaissait alors Flottant, lui semblait-il, dans des clartés sereines, Et comme elle versant aussi des larmes vaines, Celni qu’elle voyait dans cette vision,

Que la lune d'argent portait sur un rayon,

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C'était le fiancé que demandait son âme !

Il lui tendait les bras, et chaque coup de rame Semblait le rapprocher du fragile vaisseau Qui glissait lentement, en silence, sur l'eau.

Cependant un rameur d’une haute stature,

Un rameur qui portait un cor à sa ceinture,

Se leva de son banc à l’avant du canot :

‘ On croirait que le vent, dit-il, jette un sanglot.” Et pour voir si quelqu'un perdu comme eux dans l’ombre Suivait aussi le cours de ces bayous sans nombre,

Il prit son instrument et soufHa par trois fois.

La fanfare éclatante éveilla, sous les bois,

Mille échos étonnés, miile voix inquiètes

Qui moururent au loin dans leurs sombres cachettes. On entendit frémir les ailes des oiseaux :

On entendit aussi palpiter les roseaux,

Les bannières de mousse et les vertes ogives

Qui flottaient au-dessus des ondes fugitives ;

Mais pas une voix d'homme, en ce lieu de terreur, Ne répoudit pourtant à l’appel du rameur.

Comme un pavot fleuri dont la tête s'incline,

Après quelques instants, la jeune Evangéline

Sur le bord du canot s’inclina doucement

Et dans un long sommeil oublia son tourment.

Alors les exilés, pour calmer leur souffrance, Redirent les chansons de la Nouveile-France, Les chansons que jadis ils chantaient si gaiement Sur leurs fleuves aimés. Et, dans l’éloignement,

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