‹ Petits poémes [microforme]Chapitre 19 sur 37 · DS · texte numérisé non relu

DS

Il s'élève une ville et populense et fière

Qui baigne tout gaiement ses pieds dans la rivière

Et garde avec amour, dans son bois enchanteur,

Le vénérable nom de Penn, son fondateur.

Là l'air est imprégné d'une douceur extrême

Et la pêche est vraiment de la beauté l'emblème ;

Là, comme un doux écho, chaque rue a sa voix

Qui répète les noms des arbres d'autrefois,

Comme pour apaiser les plaintives Dryades

Dont on a démoli les vertes colonnades,.

C’est là qu'Evangéline avait enfin goûté, \ Après tant de tourments, quelque tranquillité. | Et c’est 1à qu'était mort Leblane, le vieux notaire.

De ses cent petits-fi!s, quand il quitta la terre,

Un seul était venn s'asseoir à son chevet.

C’est dans cette cité que la vierge trouvait

Le plus de souvenirs de sa terre natale.

Elle aimait des Quakers l'existence frugale

Et l'usage charmant qu’ils ont de tutoyer :

Cela lui rappelait quelque peu son foyer, Et l’Acadie où, dans la joie et les misères,

Les habitants unis se traitaient tous en frères. En ; Quand d'espérer en vain son cœur fut enfin las, Eva ar un divin instinct, ses pensers et ses pas, b Lo Comme certaine fleur se tourne à la lumière, Elle Se tournèrent alors vers cette ville altière. ne Quand la brise s'élève au réveil du matin Fa | Et chasse les brouillards jusque dans le lointain, | Le ; Le voyageur assis sur le flanc des montagnes ut Voit naître, sous ses pieds, à travers les campagnes, 6p De longs ruisseaux d'argent tont frangés de rameaux, ou

Des landes et des lacs, des bois et des hameaux ;

Ainsi, quand les brouillards s’enfuirent de son âme, Bien loin, au-dessous d'elle, en des sentiers de flamme, Elle vit graviter le monde étincelant ;

-Et les sentiers ardus que d'un pas chancelant

Elle avait remontés avec tant de constance

Semblaient courts maintenant, et brillaient à distance.

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Cependant Gabriel n'était pas délaissé :

La vierge, dans son cœur sous le deuil affaissé, Gardait fidèlement son image bénie,

Mais elle la gardait charmante, rajeunie,

Comme en ce jour heureux où, la dernière fois, Assise à ses côtés, elle entendit sa voix!

Les ans n'avaient point pu changer cette figure Qu'elle vit autrefois si placide et si pure !

Pour elle son amant n'avait jamais vieilli :

L'absence et le malheur l'avaient même embelli : Il était comme mort, mort à la fleur de l’âge, Dans toute sa beauté, sa force et son courage.

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