‹ Petits poémes [microforme]Chapitre 20 sur 37 · A ET NS · texte numérisé non relu

A ET NS

En son exil lointain, sous un ciel étranger, Evangéline apprit bien vite à partager L'angoisse du chagrin, les pleurs de l’indirence, Elle savait user envers tous d'indulgence, Priait également pour tons. Sa charité

Ne perdait jamais rien de son intensité ;

Et rappelait alors ces fleurs dont les calices, Sans perdre de parfums, sans perdre de délices, Répandent dans les airs leurs suaves odeurs.

Sou cœur brûlait souvent de divines ardeurs ;

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Elle ne formait pas alors d'autre espérance

Que de suivre Jésus avec persévérance,

Elle entra dans un cloître et coupa ses cheveux, Puis au pied des autels prononça de saints vœux.

On lu vit bien souvent dans les coins de lu ville

Où, comme un noir essaim, grouiile un peuple servile, Où, pour cacher ses pleurs, su faim, sx nudité, L'indigonce se plouge avec avidité,

Où la femme malade est sans pain et travaille

Pour nourrir ses enfants qui gisent sur la paille ;

Bieu souvent on la vit, daus ces coins isolés,

Porter un doux espoir sous les toits désolés,

Lorsque la foule était tout à fait disparue,

Que tout dormait, le guet qui longeuit chaque rue, Criant dans la rafale et dans l'obscurité

Que tout était tranquille au sein de la cité,

Le guet voyait toujours duns quelqu'humble mansarde S'éveiller les reflets de sa lampe blafarde,

Avant qu’à son sommeil l’heureux fut arraché, L'Allemand matinal qui venait au marché

Avec fleurs et fruits mûrs dans sa lourde charette, La rencontrait souvent qui gaznait sa retraite,

Sans effroi, tout seule, en priant, en pleurant,

Après avoir veillé près du lit d’un mourant,

Sur la cité de Peun une peste malizsne

Vint fondre un jour. Hélas, plus d’un funeste signe En avait averti l'orgueilleux citadin,

Des siuvages pigeons avaient paru soudain :

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Ils sortaient des forêts où pour tonte pâture

[ls n'avaient pu trouver qu'une noix sèche et dure, Leur vol pendant longtemps avait terni le jour. Les fauves, les oiseaux avaient fui leur séjour.

Ainsi que dans les mois d'avril et de septembre, Sur les champs tout fleuris et tout parfumés d'ambre, L'océan pousse un flot qui monte, monte encor, Jusqu'à ce que le pré soit lui-même un lac d'or ; De même, franchissant sa borne accontumée, L'océan de la mort sur la plaine embaumée

Où fleurissait la vie, où rayonnait l’azur,

Avec un loug sanglot jeta son Hot impur.

Le riche, pur ses biens, la beauté, par ses charmes, L'enfant, par ses soupirs, la mère par ses larmes Ne purent désaimer le terrible oppresseur ;

Et le frère mourait dans les bras de sa sœur, L'enfant, en s'endormant sur le sein de sa mère, L’épouse, à son réveil d'une joie éphémere !

L'indigent, délaissé dans ce moment fatal,

Sans amis, sans parents, frappait à l'hôpital,

La demeure &e ceux qui n’ont point de demeure ; C’est là qu'il attendait, hélas! sa dernière heure.

En ce temps l'hôpital s'élevait retiré,

En dehors de la ville, au coin d’un large pré: Aujourd'hui, cependant, la cité l'environne, Et ses murs lézardés, le toit qui le couronne

Semblent être un écho qui répète aux heureux

Ces mots que Jésus dit chez Simon le lépreux :

——t# Des pauvres sont toujours au milieu de vous autres.”

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Nuit et jour, à l'hospice, avec de saints apôtres, Ou voyait accourir la sœur de charité.

Et quaud elle parlait de la félicité

Que Dieu réserve, au ciel, à ceux qui sur la terre L’ont teudrement aimé comme on aime un bon père, Le mourant sourlait et retrouvait l'espoir.

Sur le tront de lu vierge il croyait entrevoir

Une vive auréole, une lueur divine,

Comme au front de ses dieux un artiste en dessine, Ou comme de bien loin, pendant l'obscurité,

On en voit resplendir au front d’une cité.

Son regard lui semblait un rayon, un dictame

De ce ciel où bientôt allait monter sou âme.

Un dimanche matin, tout reposait encor

Et l’orient jetait à peine un reflet d’or,

Elle sortit songeant à ses pauvres malades.

Daus l’uir chaud de l’été, sous ses vertes arcades, Le jardin balançait mille odorantes fleurs.

Elle choisit alors celles dont les couleurs Pouvaient rendre, peut-être, un sourire à la bouche Des patients cloués sur leur funèbre couche ;

Elle fit un bouquet, puis ensuite monta,

La brise, au même instant, sur son aile apporta Les sons mélodieux d’une cloche lointaine.

Des accents cadencés flottèrent dans la plaine

Et parurent s'unir aux murmures des bois :

C'était, au temple aimé, le chant des Suédois. Aussi doux que le bruit d’une aile qui se ferme Le calme descendait. Le deuil avait un terme, La vierge pressentit que sa peine achevait.

Dans le sombre hôpital, près de chaque chevet

Se tient un serviteur qu'un zèle saint anime.

A l'ange de la mort disputant sa victime,

Sous le regard de Dieu, loin du monde et du bruit,

Il prodigue ses soins et veille jour et nuit,

Sur le front tout brûlant, sur la lèvre qui sèche

Il fait souvent couler quelques gouttes d’eau fraîche ; Et, quand tout est fini pour ces pauvres humains, Sur leur poitrine froide il leur croise les mains,

Il leur ferme les yeux et d’un voile les couvre.

Au moment où la porte en gémissant s'entr'ouvre Plus d’un malade semble enfiu se réveiller,

Se tourne lentement sur son triste oreiller

Et fixe sur la vierge un œil plein de souffrance. Sa présence était douce et rendait l'espérance : C'était comme, le soir, les feux de l'horizon

Qui vont illuminer les murs d'une prison.

En portant ses regards sur les lits autour d'elle Elle vit que la mort travaillait avec zèle.

En effet, dans la nuit, plusieurs pestiférés

Que, lu veille, elle avait de ses soins entourés, Etaient enfin partis de cette pauvre terre ;

Mais d'autres occupaient leurs couches de misère!

Soudain elle s'arrête, et ses pas étonnés

Par la crainte et l’effroi semblent être enchaînés.

Sa lèvre est entr'ouverte et tout son corps frissonne ; Sous s4 morne paupière un vif éclair rayonne ;

Sa main laisse tomber son frais bouquet de fleurs ; Elle jette un sanglot, s’affaisse et fond en pleurs

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Les malades, surpris, par un effort suprême Sur leurs chauds oreillers soulèvent leur front blême,

Près d'elle, sur un lit où tombait son regard,

Les serviteurs venaient de porter un vieillard,

Il s’en allait mourant. Sa joue était bien creuse ; Des cheveux gris tombaient sur sa tempe fiévreuse. Mais dans le même instant un reflet de soleil,

En luisant sur sou front le readait tout vermeil, Paraissait effacer les rides du vieil âge

Et rendre la jeunexse à ce pâle visage,

Il était là, cet homme, immobile et sans voix,

Le regard attaché sur la petite croix

Qu'on avait suspendue au mûr près de sa couche, La fièvre d’an trait rouge environnait sa bouche. On eût dit que la vie, à l'instar des Hébreux, Avait mis sur sa porte un sans tout généreux Pour que l'ange de mort retint encor son glaive. I'râlait. Ses pensers se perdaient dans un rêve, Il était, je l'ai dit, immobile et muet ;

Sous Île râle, pourtant, sa gorge remuait,

Ses yeux étaient couverts de nuages funèbres ; Ses esprits se plougenient en de lourdes ténèbres, Ténèbres d'asounie et ténèbres Ge mort,

Au sanglot que jeta la vierge en son transport,

Il parut secouer pourtant sa létharsie

Et retrouver encor quelque reste de vie.

Il tressaillit ; il erut entendre un chant du ciel,

Un chant qui lui disait: “Gabriel! Gabriel!

“# Je te retrouve enfin, et nous mourons ensemble !”

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Et ee chant résonnait comme l'airain qui tremble, al Dans un souce, aussitôt, il voit, comme autrefois, fa. La terre d'Acadie et ses lacs et ses bois ÿ LEA I voit ses prés, ses monts, ses ruisseaux, ses villages, of Et 'e toit de son père an milien des feuillages, a: Et son Evangéline allant à son coté, ‘1 Dans touts: S1 jeunesse et toute sa beauté, Sur la prairie en fleurs, ou le long des rivières !.…. À

Des pleurs d'enivrement content de ses paupières. | I'entrouvre les yenx, les porte autour de lui : | La douce vision, hélas! a déjà fui!

Mais atiprès de sa couche, humble et mélancolique, | I voit, agenouillée, nne forme angélique,

Et c'est Evangéline !.. Il vent dire son nom, E |:

Mais sa langue ne peut murmurer qu'un vain son. g

Dans un dernier transport, sur elle avec ivresse

[attache un regard tout chargé de tendresse, H

I veut lever la tête et lui tendre la main, k

Aussitôt il retombe et tout effort est vain ! |

Seulement, un sourire éclaire a figure

Quand de la vierge aimée il sent la lèvre pure |

Sur sa lèvre de feu longuement se poser. H |

Son regard se ranime à ce dernier baiser, !

Mais ce n'est qu'un éclair ! On le voit se déteindre : h |

C'est la lampe qui brille au moment de s'éteindre,

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