PREMIÈRE PARTIE
Dans l'Acadie, an fond
d'un joli petit val Où murmure
‘en fuyant, un ruisseau de cristal, Sous les bosquets, au bord de ce Bassin des Mines Qu'inondent tour à tour et soleils et bruines,
On aperçoit encor, paisible, retiré,
Mais loin de ce Qu'il fut, le hameau de Grand Pré, Du côté du levant de tons champs de verdure Offraient à cent troupeaux une grasse pâture
Et donnèrent Judis au village Pour arrêter les eaux, le vigilant colon, À force de trav ail, à tte ‘e de fatigues, Eleva de ses mains de gigante:
Qu'au retour du tés Pour laisser Pocéan s'é
Son nom,
sques dignes Mmps il venait entr ouvrir, ‘lancer et courir
Sur le duvet des prés devenus son domaine,
Au couchant, au midi, jusqu'au loin dans la plaine
S'étendaient des vergers et des bouquet: d'ormeaux.
Ici le lin berçiit ses frêles chalumenux,
Là le blé jaunissant, ses tiges plus robustes ;
Vers le nord surgissaient mille sortes d’arbustes, Des bois mystérieux, des taillis, des halliers ; | Et puis, sur les sommets des monts irréguliers,
Des brumes, des brouillards, aux formes inconstantes,
- S'agitaient comme un camp qui déroule ses tentes,
Et semblaient admirer le vallon dans la paix,
Sans oser cependant y descendre jamais,
Les maisons du village avaient un air de fête Avec leur carré blane et leur étrange faîte Tailiés duns un bois dur, le chêne ou le noyer, Ainsi qu'en Normandie on tailluit sou foyer, Quand la France élevait les Henri sur le trône, Arrangé par faisceaux, un chaume frais et jaune Des bâtiments divers recouvrait tous les toits ; q | Des lucarnes nissaient, par leurs châssis étroits, Pénéirer le soleil jasqu'au fond des mansardes,
Quand tournant au vent, les girouettes criardes
Etincelaient aux feux d'un beau soleil couchant ;
Dans les lougs soirs d'été, lorsque l'herbe du champ
Exhalait son arôme et tremblait à la brise,
Sur le seuil de la porte avec leur jupe grise,
Avec leur capeline et leur mantelet noir,
Les femmes du hameau venaient gaicment s'asseoir, E: filuient leur quenouille ; et les brunes fillettes Uuissaient leurs chansons au bruit eluir des navettes
Qui promennient le fl dans le tissu nonveanu,
Au joyeux ronflement du rapide fuseau.
Le pasteur du village, un modeste et saint prètre, Ne tardait pas alors, d'o dinaire, à paraître,
Car il le savait bien les pauvres Pattendaient,
S'ils le voyaient venir, les enfants suspendaient Leurs courses dans les prés, leurs cris de toutes sortes, Et s'assoyaient ensemble, en rang, devant les portes, Les femmes, déposant leur quenouille un moment, Se levaient aussitôt, saluaient poliment,
Bientôt les laboureurs, revenant de l'ouvrage,
A l'étable en ehantant menaient leur attelage,
Le soleil émaillait la pente du cotean,
Et ses derniers rayons, comme des filets d'eau, Jusques au fond du val glissaient de roche en roche, De sa voix argentine, ait même instant, la eloche Aunonçait l’'angelus et le déelin du jour,
Et, pardessus les toits et les monts d'alentour,
On voyait la fumée en colonnes bleuâtres,
Comme des flots d’encens, s'échapper de ces âtres Où l’on goûtait Fa paix, le plus divin des biens,
jusi vivaient alors les bons Acadiens, ls ignoraient la haine, ils ignoraient là crainte ;
Leurs jours étaient nombreux et leur mort était sainte, Dans l'ombre de la nuit nul n’était inquiet,
ît les portes n'avaient ni pène, ni loquet,
Chez ces honnêtes gens on troivait la demeure Ouverte comme l'âme, à chacun, à toute heure.
Là le riche vivait avec frugalité,
Le pauvre n'avait poiut de nuits d'anxiété.
Sur une grande ferme attachée au village, Et tout près du bassin, au milieu du feuillage, On voyait autrefois une belle maison A l’air un peu coquet avee son blanc pignon : C'était là qu'habitait Benoit Bellefontaine.
Il gardait avec lui, dans ce joli domaine, Sa fille Evangéline, une suave fteur,.
Tous deux vivaient heureux. Benoit avait du cœur, Il avait de l'esprit, le regard france, l'air grave, Une haute stature, un bras fort, un front hâve, Une démarche ferme et soixante-et-dix ans.
Avee son teint de bronze et ses longs chevenx blancs Il était comme un chêne au milieu d’une lande, Un chêne que la neige orne d’une guirlande, Et cette jeune fille, elle était belle à voir Avec ses dix-sept ans, son front pur, son œil noir Qu'ombrageait quelque peu sa longue chevelure ; Son œil noir qui brillait comme brille une mûre Sur le bord du chemin, au milieu d'un buisson, Elle était belle à voir, au temps de la moisson, Lorsqu'elle s'en allait à travers la prairie, Avee son corset rouge et sa jupe fleurie, Porter aux moissonneurs assis sur les guérets, Chaque jour, un flacon tout plein de cidre frais. Mais les jours de dimanche elle était bien plus belle, Quand la cloche d'airain sonnait dans la tourelle, Que le prêtre, en surplis, bénissait, au saint lieu, Le peuple rassemblé pour rendre hommage à Dieu, Où la voyait venir le long de la bruyère, Tenant dans sa main blanche un livre de prière Ou, plus souvent, peut être, un humble chapelet,
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Elle portait alors élégant mantelet,
Jupon bleu, souliers fins, chapeau de Normandie, Et brillants anneaux d’or qu'aux rives d’Acadie Une aïeule de France autrefois apporta ;
Que la mère, en mourant, à sa fille quitta Comme un gage sacré, come un saint héritage.
Mais un éclat plus doux inonduait son visage Quand, venant de confesse à l'approche du soir, Elle passait sans bruit sur le bord du trottoir, Adorant dans son cœur Dieu qui l'avait bénie, On aurait dit alors qu'une molle harmonie, Comme un accord qui meurt, sur ses pas s'élevait.
La maison de Benoit le fermier se trouvait
Sur un cotean éharmant couvert de pâturages.
En face, l'océan déroulait ses mirages.
Le chemin pour Sy rendre était bordé d'ormeaux ; Un sycomore altier voilait de ses rameaux,
Dès les jours chauds de mai, la porte et la toiture. A travers la prairie un sentier de verdure Conduisait au verger tout en fleurs le printemps, L'automne tout en fruits. De ses bras palpitants Une vigne enchainait le trone du sycomore
Et protégeait l'essaim d'une ruche sonore,
Et plus bas se trouvaient, sur le flane du coteun, Le puits au bord moussu, la brinbale, le seau
Et l’auge où s'abreuvaient les bœifs et les génisses, Puis du côté du nord plusieurs autres bâtisses,
Les granges, les hingars, dans la froide saison, Contre les ouragans protégeaient la maison.
C'était là qu'on voyait les voitures diverses,
Les pesants chariots, la charrue et les herses,
La vaste bergerie où bêlaient les moutons
Et le briliant sérail où régnaient les dindons,
Où le coq orgueilleux chantait, d'une voix fière, Conme aux jour: où son chant troubla l'âme de Pierre,
Les granges jusqu'au faite étaient pleines de foin ;
E les seules semblaient un villaze de loin :
Leurs toits proéminents étaient couverts de chiume,
Et le trefle faué remplissait de son baume
Le fenil où montait un solide escalier.
C'est 1à que se trouvait aussi Le colombier
Avec ses nids moelleux, ses tendres créatures,
Ses doux rouconlements, ses amoureux marimures ;
Puis, au-dessus des toits, tournant à tous les vents,
Les girouettes d'or jetaient leurs eris stridents,
C'est ainsi que vivait en paix avec le monde,
En paix avee son Dieu, dans sa terre féconde,
Le fermier de Grand Pré. Sa joie et son appui,
La douce Evangéline était auprès de lui
Et gouvernait déjà sagement le ménage,
Plus d'un jeune amoureux à peu près de son âge,
La suivait à l'église et priait à genoux,
Eu reposant sur elle un œil tendre et jaloux,
Comme si cette Femme avait été la suinte
Qu'il venait vénérer dans la picuse enceinte,
Bien heureux qui pouvait toucher sa blanche main,
Marcher à ses côtés sur Le bord du chemin !
eux qui jusqu'à sa porte osaient parfois se rendre,
Et soudain lentendaient sur Pescalier descendre,
Se demandaient sans doute, et toujours bien en vain,
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Lequel battait plus fort, où du marteau dairain, Où de leur cœur rempli d'espérance et d'angoisse, Aux fêtes du Patron qu'invoquait la paroisse, Vers le soir, la jeunesse assemblée an vallon, Dansait joyeusement an son du violon, Et les garçons, alors, débordant daliégresse
Lui répétaient tout bas des mots pleins de teidresse
Mais inutilement ; de tous les amoureux
Le jeune Gabriel était le sent heureux, Gabriel Lajeunesse, un des fils de Basile
Le forgeron du bourg. Un forgeron habile, Uu citoyen honnête et des plus importants ; Car Le peuple a jugé, partout et de tout teiups, L'état d: forgeron un métier honorable, Une estime profonde, une amitié durable Unissaient Le fermier et le vieux forgeron ; Et leurs petits enfants, Pespoir de leur maison, Avaient grandi tous deux, charmants, pienx et sages, Semblaibles à deux fleurs sous les mêmes fenilli
Hiues,
Piein de zèle, animé des plus nobles désirs, Le pasteur du hameau qui dounait ses loisirs A l'éducation de sa chère jeunesse,
Leur avait enseigné Pamour de li sagesse
En leur montrant à lire. Enfants naïfs alors Ils se Divraient ensemble, en paix et sans remords, Aux plaisirs innocents de l’'innecente enfance, Leur leçon récitée avec ohéissance,
Ils couraient à la forge où Basile, le soir,
Bien souvent, les bras nus, le visage tout noir, Un tablier de euir autour de la ceinture,
Hardimeut soulevait, d'une main forte et sûre,
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D'un cheval hennissant le vigoureux s1bot, Pendant qu'auprès de lui, dans un feu @e fagot, Rougissait lentement un grand cerele de roue, Comme un serpent de feu qui se noue et dénoue Au milieu d’un brasier allumé sous les bois.
A l’approche des nuits, l'automne, bien des fois, Quand le ciel était noir et que la forge sombre Vomissait au dehors des flimmèches sans nombre, Par les carreaux brisés, les fentes du laimbris,
Ils venaient regarder, avec des yeux surpris,
Le soufflet haletant qui ranimait la braise,
Et réchauffer leurs doigts en causant à leur aise. Quand ils n’entendaient plus le soufflet bonrdonner, Plus sous le dur marteau, lenclume résonner, Alors ils comparaient à des vierges pienses
Qui portent à la main leurs lampes radienses,
Et vont au sanctuaire au milieu de la nuit,
Les étincelles d’or qui retombaiient sans bruit
Et mouraient tour à tour sous les cendres éteintes.
Quand l'hiver étendait son voile aux blanches teintes, On les voyait tous deux sur un léger tratnenu, Sillonner comme un trait la pente du coteau ;
Souvent sur les chevrons ou le toit de la grange Lestement ils montaient, cherchant la pierre étrange Que l’hirondelle trouve au bord du flot mouvant
Et qu'elle vient cacher dans son nid, sous l’auvent,
Pour de ses chers petits dessiller li paupière.
| Heureux qui la trouvait cette étonnante pierre ! | Ainsi leurs premiers jours, sans pleurs et sans ennuis, Comme un songe doré s'étaient bien vite enfuis !
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Ils n'étaient plus enfants à l’époque où se passe Le récit douloureux qu'il faut que je vous fasse. Gabriel était homme ; il aimait les travaux,
F: Forgeait avec son père et ferrait les chevaux. É Evangéline était une adorable femme ;
De la femme elle avait et les espoirs et l'âme. É Elle fut surnommée, un jour, dans le canton :
‘ Le soleil d'Eulalie,” à cause, disait-on, ; à Qu'elle ferait régner par sa grande prudence, à Au foyer de lPépoux, la joie et abondance, 1 Et que de beaux enfants au visage vermeil L. Naîtraient de ses amours. En effet le soleil Qui brille le matin de la sainte Eulalie, er, à Féconde les vergers dont chaque rameau plie, Sous le poids des fruits mûrs, velontés où luisants,
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L Comme plie un vieillard sous le fardeau des ans, | Fe | F ntes, k: Il À Ë 136 ; Déjà l’on arrivait à ce temps de l’année
Où le feuillage sec dort sur l’herbe fanée,
Où le soleil tardif est pâle et sans chaleur,
Où la nuit froide au pauvre apporte la douleur.
En bandes réunis, les oiseaux de passage,
Sous un ciel noir et lourd, volaient, comme un nuage,.
Des tristes régions que l’aquilon flétrit Aux rivages riants où l'aumandier fleurit, La forêt se tordait sous les vents de septembre
Comme un jeune coursier qui hennit etse cambre,
Tout disait que l'hiver allait être cruel,
L'abeille prévoyante avait girdé son miel,
Et les conreurs des bois et les chasseurs sauvages, Qui recueillent souvent des indices fort sages, Affivmaient qu'en effet les temps seraient mauvais
Parce que le renard avait le euir épais.
Aiusi venait l’antomne et les froids avec elle,
Mais ce temps enchanteur, eette époque si belle
Qu'on appelle au hameau Pété de la Toussaint
Ranima le cœur triste et le soleil éteint,
Jun éelat radieux portant aux rêveries
Iluminair les airs, les bois et les prairies ;
L'univers rayonnant semblait, dans sa splendeur,
Nouvellement sorti des muns du Créateur, On eût dit que l'amour régnait dans tout le monde ;
Que l'océan chantait pour endormir son onde !
Et des accents nouveaux, de sublimes concerts
| © Paraissaient s'élever des bourgs et des déserts !
Des enfants quijouaient les voix vives et nettes,
Les grillons éveillé, les folles girouettes
Qui eriaient dans les airs, sur les toits des donjons,
Les doux rouconlements des amoureux pigeons,
Les plaintes de la brise et les battements d'ailes
Des oiseaux qui volaient au-dessus des tourelles, Tout n’était qu'harmonie et tout n'était qu'amour ! On eut dit le printemps célébrant son retour!
Sur le bord de la mer, au sommet des collines, Les rayons du soleil pleuvaient dans les bruines ; L'océan était d'or : les arbres des forêts
Berçunt, avec orgueil, les châtoyants reflets
De leur voile safran, ou pourpre, ou diaphane, Biilluient dans le lointain comme le fier platane Que le Perse idolâtre, en son culte pervers, Décore de joyaux et d’oripeaux divers,
Tout respirait la paix, le calme et s'innocence ; La nuit dans les vallons descendait en silence, Et l'étoile du soir étincelait encor,
Parsemant le ciel bleu de ses filandres d'or, Les troupeaux bondissants regagnèrent l’étable Eu flairant du gazon le parfum délectable,
En respirant du soir l’agréable fraîcheur,
Et les devançant tous, luisante de blancheur, Venait en s'ébatimut une grasse génisse,
Celle d'Evangéline, avec son beau poil lisse,
“ Sa clochette souore et son joli collier,
Et puis on vit le pâtre, à travers Le hallier, Ramener en chantant les brebis de la rive,
Près de lui le gros chien à la mine pensive, Berçant sa large queue et fier de sa valeur, Trottinait noblement, jappant pour faire peur
À quelques vieux traîuards qui restaient en arrière, Le jour, quand le berger dormait sous la bruyère,
: C'était lui qui garduit les timides agneaux, 4 Et la nuit, quand les loups réunis en troupeaux,
Dans les bois d'alentour jetaient leurs cris de rage,
: Il les gardait encore avec plus de courage.
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18 ÉVANGÉLINÉ
Quand lu lune, plus tard, éclaira l'horizon,
Que sa molle lueur argenta le gazon,
Les chars de foin salé, jetant un âcre arôme, Montèrent des marais à la grange de chaume, Sous leurs harnais de bois décorés de pompons Les chevaux hennissaient et balançaient leurs fronts. Ils secouuient souvent leur épaisse crinière
Où tombuaient la rosée et la fine poussière,
Et puis rongeaient l'acier de leur mors écumant : La féconde génisse, arrêtée un moment, Ruminait l'œil pensif, pendant que la laitière,
En écume d'argent, faisait dans sa chaudière Couler un flot de lait. Et dans la basse-cour, Répétés par l'écho des granges d'alentour,
L'on entendit encor, comme daus un délire,
Des bêlements, des cris et des éclats de rire,
Muis ce bruit, toutefois, s'éteignit promptement ; Uu grand calme se fit : tout à coup, seulement, Eu roulant sur leurs gonds les portes de la grange Firent, dans le silence, un grincement étrange.
Assis dans son fauteuil fait de bois de noyer, Benoit le laboureur regardait, au foyer,
La flamme qui lançait d’éblouissantes flèches, L’'ondulante fumée et toutes ces flammèches Qui tournoyaient gaiement comme des feux-follets. Sur le mur, en arrière, où les joyeux reflets Dansuient légèrement des rondes fantastiques,
Son ombre se peignait avec des traits comiques, Pendant qu’à la clarté du foyer pétillant, Prenant un air moqueur, un regard sémillant,
R fronts.
ets.
fÉVANGÉLINE
Chaque face senlptée au dossier de sa chaise Semblait s'épanouir et sourire à son aise, Et que sui le buffet, chaque vase d’étain Luisait comme au soleil un bouclier d'airain.
Le bon vieillard chantait, d’un ton mélancolique, Des refrains de chanson, des couplets de cantique,
Ainsi que ses aïeux, jadis, avaient chanté,
A l'ombre de leur bois, sous leur ciel enchanté, Leur ciel de Normandie. Et son Evangéline, Portant jupe rayée et blanche capeline,
Filait, en se berçant, une filasse d'or.
Le métier dans son coin se reposait encor,
Mais le rouet actif méluit, avec constance,
Sou rouflement sonore à la douce romance
Que chantait le vieillard assis devant le feu, Comme dans le lieu saint, quand le chant cesse un peu, On entend sous un pas vibrer Panguste enceinte,
Où du prêtre à l’autel on entend la voix sainte,
Ainsi quand le fermier, vainenu par les émois, e
Suspendait les accents de sa dolente voix,
De l'antique pendule, au milieu des ténèbres,
On entendait les coups réguliers et funèbres.
Or, pendant qu'il chantait ainsi dans son fauteuil, Un froissement de pieds fit tressaillir le seuil,
Et la elenche de bois bruyamment soulevée
De quelque visiteur annonça l'arrivée,
Mais il le savait bien, c'était le forgeron
Avec ses gros souliers pleins de clous au talon
De même Evangéline, au trouble de son âme, “M Où s'était allumée une suave flamme, D “00 Devinait sûrement qui venait avec lui, 1 6 Sa
D “Et
—(# Ah! sois le bienvenu, Lajeunesse, aujourd'hui ! D “04 Dit Benoit en voyant son vieil ami paraître. Fa
La gaîté, quand tu viens, semble aussitôt renaître,
Et je me sens alors plus jeune et plus heureux, € Mais veux-tu savourer un tabac généreux ? Le fi | 4 Prends au coin du foyer ta place accoutumée D ‘On L || 6 Et fumons en causant, C’est bien dans la fumée 1 “ol: | | # Qu'on voit avec plaisir se dessiner tes traits, 4 a | 6 Quand tu fames, ton front, ton visage si frais . Et, { Brillent comme la lune à travers les nuages ES Et 6 Qui s'élèvent, le soir, au bord des marécages.” 1 | a : ° 6 Î Basile, souriant, suivi de son garçon, LRnUee. || Au foyer plein de feu vint s'asseoir sans façon D “Et | | Et répondit ainsi : # Mon cher Bellefontaine, 4 Euse | &J'u plaisantes toujours et n'as jamais de peine ; Et po | D'autres sont obsédés de noirs pres-entiments D ‘LA Et ne fout que rêver malheurs et châtiments: “Pr Ils s'attendent à tout: rien ne peut les surprendre... n ‘Dé | Puis il s'interrompit quelque moment pour prendre D on | Son calumet de terre et le charbon fumant D “At Qu'Evangéline allait lui porter poliment ; D “Cet | Ensuite il ajouta : Je n'aime point pour hôtes 1 0 ‘4 Ces navires anglais mouillés près de nos côtes, 4 ‘De | Leurs é1ormes canons qui sont braqués sur nous 4 ‘Se | | “Ne nous auinoucent point les desseiis les plus doux ; Et
en me mener eos me ue LA
; BiL: !
‘ Mais quels sont ses desseins, hélas ! on les ignore, 6 On sait bien qu'il faudra quand la cloche sonore Appellera le peuple à l'église, demain,
& S'assembler pour entendre un mandat inhumain ; Et ce mandat, dit-on, émane du roi George,
Or, plus d'un Pay sil SOUPGONHG UN Coupe-gorse ;
‘6 'l'ous sout fort alarmés et se montrent eraintifs ! ?”
Le fermier répondit : # De plus justes motifs
‘Ont sans doute amené ces vaisseaux sur nos rives : # La pluie, en Angleterre, ou les chaleurs hâtives Ont pent-être détruit les moissons sur les champs, Et, pour donner dun pain à leurs petits enfants,
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ose +
Et nourrir leurs troupeaux, les grands propriétaires
# el f \F “
# Viennent chercher les fruits de nos fertiles terres.”
— ‘Au bourg l’on ne eroit rien d'une telle raison Et Pon pense autrement,” reprit le forgeron
En seconant la tète avec nn air de doute ;
Et poussant un soupir: Mon cher Benoit, écoute, # L'Angleterre n'a pas oublié Lounisbour,
# Pas plus que Port Royal, pas plus que Beau Séjour, Déjà des paysans ont gagné les frontières,
# Jautres sont aux aguets sur le bord des rivières, # Attendant en ces lieux avec anxiété
Cet ordre qui demain doit être exécuté !
‘6 On nous à dépouillés, pour combler nos alarmes, De tous nos instruments et de toutes nos armes ; ‘# Seul le vieux forgeron à ses pesants marteaux Et l'humble moissonneur, ses inutiles faulx !?
. Avec un rire franc mais un pen sarcastique Le vieillard jovial à son ami réplique :
—{{ Au milieu de nos champs et de nos gras troupeaux, 1 ‘Sans armes, nous vivons dans un profond repos ; ‘# Nous sommes mieux encor, par derrière nos digues, “Que n'étaient autrefois nos ancêtres prodigues & Dans leurs murs qu'ébréchaient les exu:ons ennemis, | D'ailleurs dans l’infortune il faut être soumis. ‘ J'espère cependant que ce soir la tristesse ‘6 Fuira loin de ce toit où va régner l'ivresse, ‘4 Car ce soir nous signons le contrat, c’est certain. ‘6 Les jeunes gens, ensemble et d'une habile main, k 6 Ont bâti la maison et la grange au village. + Le fenil est rempli de grain et de fourrage ; ‘ Pour un an le foyer est pourvu d'aliments.
‘# Attends, mon cher Basile, encor quelques moments ‘6 Eu Leblanc va venir avec sa plume d'oie ;
t L ‘6 n 1 ‘o ‘d n Y Q al'C: * , { T TOR {A De nos heureux enfants partageons done la joi Dscpla
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| t SUT ( areils à
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| Cependant à lPécart, en face d’un châssis, aa Les jeunes fiancés etaient tous deux assis D endant Regardant le ciel bleu, La belle Evangéline Quucre :
Livrait à Gabriel sa main brûlante et fine ; L En entendant son père elle rougit soudain, Puis un profond soupir fit onduler son sein, Le silence venait à peine de se faire Que lou vit à la porte arriver le notaire,
Ælauiuten
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| Œulants
| | Qui voit }
eaux,
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omme un frêle aviron aux mains des matelots,
Qu comme le filet dans le ressac des flots,
e notaire Leblane était courbé pur l'âge :
Bou front large gardait la trace d’un orage
t sur son col bronzé tombaient ses cheveux gris, areils aux toutffes d'or des épis de maïs.
travers leur cristal ses besicles de corne
aissaient voir l4 sagesse an fond de son œil morne,
4 se plaisait beaucoup à fuire des récits.
ère de vingt enfants, plus de cent petits-fils,
ar leur charmant babil et par leur gentillesse, ouant sur ses genoux, égaiyient sa vieillesse, endant la guerre il fut, comme ami des anglais,
Muiutre ans tenu captif dans un cachot français. Œluiutenant il avait une grande prudence
t la simplicité de la naïve enfance.
Œ'était un bon ami: les enfants l’aimaient tous,
ar il leur racontait contes de loups-garous t d'espiègles lutins faisant au ciel des niches ;
A leur disait aussi le sort des blancs Létiches,
nfants morts sans baptême, esprits mystérieux
ui voitigent toujours, cherchant partout Les cieux,
Et de l’enfant qui dort viennent baiser les lèvres ;
Comment une araignée éloigne toutes fièvres, Quand on la porte au cou dans l'éeale des noix ; Comment les animaux parlent à haute voix Dans la nuit de Noël, au fond de leurs étables.
I leur disait encor les vertus véritables
Que le peuple, autrefois, simple autant que loyal, Prétendait découvrir dans le fer à cheval
Et le trèfle étalant quatre feuilles de neive ;
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Faut- D Le po 8 L'inj # Tout
Sans pa ebiance
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1 Il leur parlait aussi d'ogre et de sortiléze, ; La ju à Et po Qui n Gel Cependant aussitôt que Leblanc arriva, Ellen j De son siége au foyer Basile se leva 6 Lorsq | Et, secouant le feu de sa pipe de tet re, Le vici I dit en s'adressant au modeste notaire : RESTE
‘6 ] X re à , » ), TOZ=NEÉ)! | à ! r{is » J É
| —{* Allons, père Leblanc, qu'avez-vous de nouveau ? ns
Peut-être savez-vous ce qu'on pense au hameau