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CHANT DU MATIN
Les vapeurs du matin, légères et limpides,
Ondulent mollement le long des Laurentides, Comme des nuages d’encens.
Au murmure des flots qui caressent la plage,
Les oiseaux matineux, cachés dans le feuillage, Mêlent de suaves accents.
La nature, au réveil, chante un hymne de joie :
L'ombre de la nuit, comme une tente qu’on ploie,
Se replie à l'horizon d'or ,
Glissant comme une feuille au souffle de l'automne,
Sur le flot qui module un refrain monotone, Une barque prend son essor,
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CHANT DU MATIN
Vogue, vogue, faible nacelle !
Devant toi la mer étincelle
Des premiers feux du jour nouveau !
Berce, berce ta voile blanche
Qui se relève et qui se penche, Comme pour se mirer dans l'eau !
Tandis que je reste au rivage, Au pied du vieux chêne sauvage Où je viens rêver si souvent !
Où quand le monde me rejette, L'écho fidèle, au moins, répète Mes notes qu'emporte le vent.
Et que m'importe la louange
Des hommes dont l'amitié change Comme le feuillage des bois !
S'il faut chanter ma lyre est prête ; Vers mon Dieu, si je suis poète, J'élèverai ma faible voix.
C’est lui qui fait naître l'aurore !
C'est lui que la nature adore
Dans son sublime chant d'amour | Il nous sourit, et l’humble hommage Que lui présente le jeune âge
jt toujours payé de retour.
CHANT DU MATIN 219
C’est lui qui recueille nos larmes !
C’est lui qui dispense les charmes Dont se revêtent les saisons !
C’est lui qui dit aux fleurs de naître, Au brillant soleil de paraître
Pour venir dorer nos moissons !
C’est lui qui donne aux nuits leurs voiles, À l’espace ses flots d'étoiles.
Et des bornes à l'océan :
Qui verse lès molles ondées
Dans nos campagnes técoudées
Par les sueurs du paysan !
Il parle, et le monde s'agite,
Le soleil se lève plus vite,
Et tout adore sa splendeur !
Il parle, et tout l'univers tremble, Et les astres volent ensemble,
En se racontant sa crandeur !
Dans ma misère il me visite,
Quand tour à tour chacun m'évite
Et me laisse seul dans l'ennui.
Quand m'échappe une plainte iunère, Il me dit : ‘Pauvre enfant, espère, ‘Je serai toujours ton appui, ”
CHANT DU MATIN
Quand l'amertume nous inonde, Qu’il n’est plus d'amis en ce monde, Seul il ne se retire pas.
Quand nous chancelons dans la voie, Du haut du ciel il nous envoie
Un ange qui soutient nos pas.
IRONIE ET PRIÈRE
Il est nuit..., Il fait froid..,, Sur] Le vent siffle de plus en plus,
Et, sous l'acier poli des rapides voitures, La neige rend des SONS aigus.
Le poêle, plein de feu, résonne comme un cuivre, La lune, de ses réseaux d'or,
Fait scintiller au loin le La ville ne dort p
angle des toitures
grand linceul de givre as encor !
Hâtez-vous, jeunes gens, car l'heure qui s'envole Ne passera plus devant vous !
Allez danser au bal si le bal vou d
Mieux qu’une prière à
Ss Console genoux.
222 IRONIE ET PRIÈRE
Allez ! soyez hardis ! une vierge ingénue Vous laissera sa blanche main ;
Le voile tombera de son épaule nue :
Allez !.... On peut mourir demain !
Allez à vos festins, à vos pompeuses fêtes, Vous dont la paupière est sans pleurs !
Pour semer sur VOS pas, pour couronner vos têtes L'automne a réservé des fleurs !
Et la vie est si courte, il faut que l’on jouisso Des biens qu'apporie chaque jour !
Il faut, avant que tout passe et s'évanouisse, S'enivrer de joie et d'amour |
Allez ! n’arrêtez point au seuil de la chaumière Où gémit un frère indigent.
Entrez dans les salons où des flots de lumière Ruissellent des lustres d'argent.
Ecoutez ies propos, les refrains d'allégresse, Les orchestres mélodieux ;
C’est plus doux que Les cris d'une sombre détresse, C’est moins triste et moins odieux à
Et qu'importe, après tout, qu'un misérable envie Et vos plaisirs et vos honneurs ?
Qu'importe un malheureux dont la pénible vie N'a ni doux rêves, ni bonheurs ?
Détournez vos regards et gardez votre joie ; Trouvez quelques plaisirs nouveaux ;
étresse,
envie
vie
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IRONIE ET PRIÈRE
Chantez, riez, dansez, en beaux habits de soie, Sur le couvercle des tombeaux !
Vous n'avez jamais vu, tout près de votre porte,
La pâle faim venir s'asseoir ;
Et les ris et les jeux que l' Ne s’en vont point avec le soir,
Jamais, pendant l'hiver, dans l'âtre plein de cendre, Le feu n’a cessé d’ondoyer ;
Jamais, pour votre lit, Dieu ne vous a fait prendre La pierre de votre foyer"!
aube vous apporte
Riches, Connaissez-vous, dites-moi, la famille Qui tombe dans la pauvreté ?
Avez-vous, en entrant, vu fuir la jeune fille Honteuse de sa nudité ?
Avez-vous vu l'enfant à li bouche livide Qui ne munve point au réveil 2
Oh ! vous ne savez pas, nou,
comine il est avide Du alu qu’il voit d
änS sou Ssomineil !..
Donnez donc à l'enfant l'obole qu'il réclame,
Pour qu'il ne meure pas de faim !
Dounez un peu de bois à tout foyer sans flinme,
À l’orpheline un pen de pain !
Relevez sans aigreur une femme qui tombe, Et le bon Dieu vous bénira ; Et puis si les heureux évitent v Le pauvre la visitera,
otre tombe,
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Les fleurs naissent Partout, la terre est étoilée Comme l'azur du ciel,
Et déjà l’on entend, sous la cime voilée, Un concert éternel.
Le gazon reverdit sous les pieds qui le foulent, Et les champs labourés
Paraissent, jusqu’au loin, comme des flots qui roulent Vers des bords empounrprés.
Le chant du laboureur qui revient de l'ouvrage Au coucher du soleil,
Le murmure du vent, les soupirs du feuillage, Le bruit du flot vermeil
Qui déchire aux cailloux son éclatante écume, Le nuage argenté
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Et le grillon mutin sur le sillon qui fume, Tout est plein de gnîté !
Une molle vapeur, comme nn rideau de soie S'élève, le matin, Da fond de la vallée où la rose déploie Sa robe de satin.
Et l'on voit, à travers ees nappes diaphanes, Flotter, comme dans l’eau, Les profils indécis des flexibles lianes Et du pâle bouleau.
Ainsi de l'avenir l'anxiense jeunesse Croit parfois entrevoir Les contours incertains, la forme enchanteresse, Quand l'amour on l'espoir, Comme un rayon de feu, comme une douce haleine, Pénètrent le ridean Tombé devant les yeux de la sagesse humaine L. Depuis notre berceau.
Mille arbustes nouveaux, mille nouvelles plantes
‘à Surgissent du sol nu.
| Le printemps leur a fait des promrsses brillantes, Mais, l'automne venu, 11 En vain l’on cherchera la trace d'un grand nombre. ‘4 Ainsi pour les humains !
| Quand le soir de la vie étend an loin son ombre Sur les tristes chemins, Ceux qui restent debout retournent en ar ière £ Des regards superflus :
je,
aleine,
ntes ntes, »ymbre.
bre
La route est recouverte, hélas ! de la poussière De ceux qui ne sont plus !
Un besoin de soleil on des feux implacables, L'onde où les aquilons
Ont fait périr beaucoup de ces fleurs adorables Dont les jours semblaient longs.
Il est doux maintenant de reprendre les courses Sur les coterux lointains,
De s'asseoir et prier au bord des fraîches sources, Sous le dôme des pins.
Il est doux d'écouter les grives et les merles, Revenus au buisson,
Egrener, tour à tour, comme un collier de perles, Leur vibrante chanson.
Le soleil qui descend derrière les nuages Jette un ruban de feu,
Une auréole d’or an front des monts sau vages Et du grand fleuve bleu.
Ces gerbes de laYOns, ces ardentes traînées Qui descendent des cieux
Sont comme un Souvenir de leurs jeunes années Pour ceux qui se font vieux.
Et la gaîté renaît dans l’obscure chaumière Que l'hiver désolait.
À travers les carreaux maintenant la lumière Laisse entrer un reflet.
Qu'importe qu’au foyer toute flamme soit morte, Le soleil est bien chaud,
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Pour ranimer son fils, la mère ouvre la porte A ce rayon d'en haut.
Et tous les cœurs brisés, dans la pauvre famille Qui trouvait le ciel dur
Quand la brise emportait la fleur de la charn Et le dernier fruit mûr,
Bien joyeux aujourd’hui que revient l'espérance, Montent vers le Seigneur :
On n’a plus souvenir des jours de la souffrance Au retour du bonheur!
Je t'adore, Ô mon Dieu ! Du fond de ma misère J’ose élever vers toi qu'on appelle sévère, Mes mains pleines d’iniquités.
Mon front s’inclinera devant ta face Sainte.
Je reprendrai, Seigneur, dans l'amour et la crainte, Les sentiers droits que j'ai quittés.
Je t’adore, à mon Dieu, quand les brises tiédies Font chanter des forêts les cimes re verdies Et que les nids font leurs concerts ÿ Quand l'hiver se revêt de son linceul de givre, Que laquilon gémit comme un cornet de cuivre Sur les chemins partout déserts !
Quand le soleil levant, d’une brillante gerbe
Inonde ma fenêtre, et que le lis superbe S'ouvre pour l'autel du saint-lieu ;
Quand l’airain, vers la nuit, de vallée en vallée,
Pour louer ton saint nom, sonne à toute volée, Je t'adore encore, ê mon Dieu !
Car c'est par toi, Seigneur, que le soleil se lève,
Que les veines des bois sentent courir la sève, Que les fleurs étoilent les champs !
‘T'u sais creuser un lit à la sombre rivière,
Tu jettes dans l’espace, aiusi qu'une poussière, Des flots d’astres étincelants !
Tu fais briller l'éclair, tu fais gronder la foudre, Tu commandes aux vents et tu réduits en poudre Tout ce qu’élève un sot orgueil !
Ta clémence est sans borne et ta gloire, infinie ! j Ton pouvoir est loué, t1 sagesse est bénie Dans le berceau, dans le cercueil !
Qui suis-je devant toi pour t'offrir ma prière ?
Un atôme perdu dans les flots de lumière Que tu verses sur l'univers !
Je ne suis qu’une feuille au hasard emportée,
Et qu’une goutte d’eau par l’orage jetée Dans le gouffre profond des mers!
Qui suis-je Moi, Seigneur, pour t’appeler mon père ? Pour entendre ta voix me dire: Enfant, esnère ; Mon ange veillera sur toi ?
Qui suis-je pour paraître en ta sainte présence ? d J'ai fait souvent le mal sans craindre ta puissance, k Quand j'aurais dû sécher d’effroi, :
Que de jours j'ai passés oublieux de ta gloire ! De tes bienfaits, Seigneur, j'ai perdu la mémoire : J’ai senti chanceler ma foi, J'ai douté de ta grâce et ri de ta promesse, Dal Je te voyais si grand que, dans ma petitesse, J'ai dit: Dieu pense-t-il à moi ?
Et pourtant, sur mon front, je le sais bien, un signe Me dit que de ton ciel je puis devenir digne Et que mes yeux devront te voir.
Un rayon merveilleux une éternelle flamme, ’ Pour s'élancer vers toi, S'échappent de mon âme Comme le feu de l'encensoir,
Non, l’homme tout entier n’est pas pétri de boue ! Une étincelle ardente en son âme se joue Comme une étoile en un ciel noir, C’est le foyer brûlant qui fait luire le phare, C’est l'éclat, le parfum dont l’humble fleur se pare, C’est la foi, l'amour ou l'espoir !
| Quand le chêne orgueilleux tombe dans la tempête, L'humble roseau, souvent, relève encor la tête : Je me relèverai, Seigueur.
Le remords a déjà brisé mon cœur de marbre, Comme le ver caché qui fait périr un arbre Dont il vient 4e mordre le cœur.
Je t'adore, à mon Dieu! Que le fier incrédule, Sur son luth profané, chaque jour ne module Que des refrains biasphémateurs,
Je ne rougirai point de mes saintes livrées : T'a grâce émoussera los fite1e8 acérées De quelques sots persecn tours.
Je chanterai ton nom dans mou huritle harmonie. Que m'importe le monde et sa froide ironie ?
Le monde vend son amitié.
Je chanterai ta gloire et tes bienfaits, mon Maître, Je louerai ta bonté de m'avoir donné l'être,
Et j'implorerai ta pitié !
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