POÈMES
Le vent hurle, et dans sa monstrueuse colère jusqu'au lugubre ciel soulève les flots noirs. Pas un astre. Mon rêve aux vastes désespoirs erre sans gouvernail, lamentable galère.
Tu parais ; l'ouragan suspend son large cri ; tu parles, et ta voix douce et lente l'apaise, et la mer en chantant caresse la falaise, et mon rêve au soleil est un vaisseau fleuri.
La porte du jardin donne sur la ruelle
et c'est là qu'un beau soir elle est apparue, elle
de qui l'amour est clair, comme l'aube et l'azur.
Elle m'attend. Le chat s'étire sur le mur.
Elle m'attend. C'est le village après le steppe.
Son sourire est léger comme une aile de guêpe.
Elle m'attend sous la tonnelle de roseaux.
Mon cœur est une cage où chantent mille oiseaux.
Elle m'attend, elle regarde la pendule.
J'arriverai dans la tiédeur du crépuscule,
et quand je la verrai me tendre les deux mains,
des roses de juillet pleuvront sur les chemins.
Quoi î poarrais-je envier Pisistrate vêtu des royales étoffes, ou le berger Ronsard, couronné de laurier, conduisant le troupeau sublime de ses strophes !
Quoi ! pourrais-je songer à la gloire d'Achille ou de Platon le sage, lorsque je puis sous la tonnelle du verger sourire à la beauté de ton jeune visage !
Girouette, tu peux crier sur les ardoises,
grincer comme une dent sur d'acides framboises !
Hiver, tu peux lancer aux vitres tes grêlons
qui bourdonnent comme une averse de frelons,
qu'importe ! Hiver, brandis tes trompettes de cuivre
et déchaîne tes chiens sur la route de givre
et les chevaux des ouragans ! Je m'en bats Toeil !
Je m'en bats l'œil ! Je lis des vers dans mon fauteuil !
Beauté des jours ! Beauté des livres et des lèvres !
A mon coupé, j'attellerai cent douze lièvres,
sous l'azur plus vibrant qu'une aile de perdrix,
et j'irai vers les bois que mon rêve a fleuris !
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Regarde le jardin abandonné, le banc,
et la tonnelle où tu pleuras au soir tombant,
la grange, le balcon rouge, le massif plein de
grives, le gravier bleu sous les marronniers d'Inde.
Quand tu partis et que ton rire s envola,
j'eus le cœur gros comme un volume de Zola.
Mais te voilà ! — L'air est léger comme un sourire ;
ma tristesse fond devant toi comme une cire
sur la lampe. Rentrons. La porte grince et les
volets. Veux-tu, soyons deux oiseaux envolés !
nos regrets sont partis au grand trot des carrioles
cahotantes et nous ferons des cabrioles
dans l'azur. Le fauteuil est là, dans Tombre. J'ai
déboutonné tes gants et, bru\^ant comme un geai
des bois, je ne dirai que des mots d allégresse.
Vous pleurez ? Tu souris ? Est-ce de bonheur ? Est-ce ?.
Dans le calme, la barque se balance comme un vers que je dis
Dors, mon amour, aux vagues de silence des golfes attiédis.
Pour toi, j'ai déserté l'ombre des grèves,
le lac et les roseaux ; tes larges yeux ont reflété mes rêves,
la mer et les oiseaux.
J'ai mis ma vie au chaton de ta bague dans livresse d'un soir.
Dors, mon amour, il n'est pas une vague aux nappes de l'espoir.
N'écoute pas siffler sur toutes choses les merles que j'entends ;
et que pour toi les heures soient des roses sur la tige du temps.
?f?ff?çf?ff?r|?rî?r^^
Fumerai-je au soir de ma vie une pipe en bois de laurier ?
Nous voilà vieux, ma pauvre amie, j'ai eu vingt ans en février.
Nous avons lu beaucoup de livres et crayonné bien des feuillets, et, jadis blonds comme des cuivres, nos rêves sont de blancs œillets.
Et tout cela n'est pas peu triste ; Mais dans l'ombre où nous défaillons enfin l'ironie oculiste ouvre boutique de lorgnons.
Des lièvres dansent aux pelouses, et dans ma chambre mon espoir.
Maintenant j'attends que tu couses une rose à ton jupon noir,
et que le rire ensevelisse sous des guirlandes de clarté, notre rêve, ce vieil UKsse que les sirènes ont tenté.
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Dénouons les rubans mauves que tu voulus
fixer à nos propos et ne soupire plus,
idoine à réjouir les mânes de Coppée-
La bouche soit cousue et la langue coupée
aux pleureurs ! Nous devons rire. Tu l'oubliais.
Et pour l'amour, par qui tes songes sont liés
comme les blanches tubéreuses que tu aimes,
sur tes ongles étroits j'écrirai des poèmes
suaves comme la courbe de ta jambe ou
la clarté de ta gorge et creux comme un bambou.
Un tambour plein chanterait-il ? Et la tendresse
chante, divinement vide, dans ta caresse.
Ne me regarde pas avec ces yeux. C'est vrai,
Pardon. Tu n'aimes pas qu'on raille. Je serai
triste, si tu le veux, et grave, et pas plus tard que
demain je te lirai les œuvres de Plutarque.
Ah ! jeter les filets crevés, les hameçons, les livres ! Devenir un de ces bons garçons sans cervelle, railleurs des barbons à catarrhe, qui le soir lancent des chansons sur leur guitare et dont l'âme aux exploits amoureux se complaît. Ils sonnent haut, ces creux ! et leur rêve est complet s'ils voient rimer austère et stère, Estelle et stèle. Mais sentir que la vie est l'épaisse dentelle sous laquelle palpite un visage inconnu...
Un liseron s'enroule autour de ton bras nu.
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L'espérance apparut et tu lui ressemblais, hier. Elle avait des yeux verts comme les blés d'avril, des doigts légers comme l'ombre d'une âme, l'aile d'un roitelet ou le cœur d'une femme. Et de la voir si fraîche et limpide, les mains pleines de dahlias cueillis sur les chemins de l'aube, nous sentions au charme de son souffle nos cœurs pareils aux deux flacons d'une guédoufle.
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