LE JOUR MALHEUREUX
Il est des jours où tout semble nous sourire, où, l'esprit sain, la tête légère, nous voyons tout couleur de rose, et cett-e heureuse disposition influant sur toutes nos actions de la journée, nous ne faisons que ce qui nous plaît, nous ne voyons que des hommes aimables, nous ne rencontrons que des femmes jolies, nous n'entendons point de sot-
iJO PETITS TABLEAUX DE MŒURS
Uses, nous n'en lisons aucune, et nous n'en disons pas pendant le cours de la .iournée ; c'est-à-dire qu'une heureuse disposition d'esprit et une excellente digestion nous ont fait tout voir du bon côté. *
Mais il est aussi des jours oii un secret guignon semble nous poursuivre. Probablement j'étais hier sous cette maligne influence.
En me réveillant, j'avais la tête lourde, j'étais triste sans savoir pourquoi. Je m'en pris d'abord nu temps, qui était affreux; mais pjir des temps plus laids encore, j'ai souvent chanté avec mes amis, et soupiré sous les fenêtres d'une belle : alors je m'inquiétais fort peu de la pluie et du vent-
.Je me levai; impossible de trouver mes pantoufles, elles étaient trop loin sous mon lit. J'appelle Dumont, mon vieux domestique, il ne vient pas; oii diable est-il.^... A bavarder avec le portier sans doute. Je m'approche d'une glace : ah ! mon Dieu ! comme j'ai le teint jaune et les yeux battus! Ceci n'annonce rien de bon.
Enfin Dumont arrive, il me donne un journal en me jurant qu'il n'est que huit heures, et que îv.a montre avance. Voyons les nouvelles pendant qu'on prépare mon déjeuner.
— Que diable Dumont m'a-t-il monté là?... les Vctitcs-Affiches... ce n'est pas mon journal; vous s .vez bien que je lis le Fanclorc.
— Dame! monsieur, c'est le portier qui se sera trompé, il donnait l'autre à la bonne de cette actrice qui demeure sur votre carré-
— Allez vite le chercher.
Dumont part et revient bientôt tout effaré.