‹ Petits tableaux de moeursChapitre 25 sur 50 · LE JOUR MALHEUREUX · texte numérisé non relu

LE JOUR MALHEUREUX

— Vous n'aurez pas votre journal ce matin, monsieur; il paraît qu'il se permettait de trouver que votre voisine n'avait pas été excellente dans la pièce nouvelle, car de colère, cette dame l'a déchiré et jeté au feu.

— C'est fort agréable pour moi. Vite, mon déjeuner, que je sorte! j'ai un rendez-vous pour affaire pressée.

Au moment où je me mets à table, on sonne à ma porte; c'est un monsieur qui arrive de la province, et que j'ai fort peu connu, mais qui, se trouvant à Paris, s'est figuré me devoir une visite.

Ce monsieur est bien l'homme du monde le plus bavard ! Il me raconte tout ce qu'il fait dans un endroit; m'apprend qu'il a acheté une maison, une ferme, des lapins, des dindons... Et qu'est-ce que tout cela me fait à moi ? J'ai beau lui laisser voir que j'ai affaire, que je suis pressé, il me promène dans son jardin, dans son colombier, dans son étable; il ne me fait pas grâce d'une laitue!...

Ce n'est qu'à midi qu'il s'aperçoit qu'il avait affaire à dix heures. Il est parti enfin, et je le consigne à Dumont.

Mon premier rendez-vous est manqué. Je m'habille pour me rendre chez une jolie femme ; je sors; je n'ai pas fait dix pas qu'un maudit cabriolet me couvre de boue de la têt« aux pieds; je retourne chez moi pour me changer...

Voilà bien une autre affaire! Dumont est sorti et je n'ai pas la clef; vite un serrurier, il faut absolument qu'on m'ouvre ma porte. Mon portier part; au bout de trois quarts d'heure que je passe 8ur le carré, il m'amène un ivrogne qui peut à

peiue se tenir, et ^ui

veut, comme M. Clain-

ville dans la Gageure

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Énom de tous les ob- ' ^( ^^^ l^r^ ' ^^ ^1 l\ ^^^ *^"^ compo- - - ' \ L^ MMi mMï^r ' V \\ ^^^* ^ " ^ serrure .

— Eh ! mon cher, 'je suis persuadé que vous êtes fort expert, mais ouvrez-moi ma porte pour l'amour de Dieu!... c'est la meilleure manière de prouver votre talent.

— Oui... oui, monsieur... Tenez, ceci est un crochet qui doit faire tourner le pêne.

— Mais faites-le donc tourner, le pêne au lieu de me laisser là !

Le drôle essaye dix ou douze crochets, il passe une heure après ma serrure, et finit par me dire qu il faut qu'il ailie chercher d'autresi outils. Pour le coup je suis perdu ! l'ivrogne ne reviendra pas! Mais Dumont rentre au moment où j'allais faire enfoncer la porte. Je me rhabille, je sors avec une clef cette fois... Je prends une voiture,

II m'amène un irrogne qui peut à peine se tenir. (P. 57).

LE JOUR MALHEUREUX r>'J

je cours chez ma .iolie dame... Je la trouve environnée de tantes et de cousines-

— J'ai été seule toute la matinée, me dit-elle à l'oreille, je vous attendais.

Cet aveu achève de me désespérer. Je la quitte. On m'attend à dîner chez un riche financier.

— Arrivez donc, me dit-il, vous faites des vers; j'ai à dîner un jeune homme de quarante-cinq ans, qui vient d'essayer un petit poème sur les douceurs de la vie champêtre, il assure que c'est tout autrement traité que par Virgile et Delille. Au reste, je vais le placer près de vous, et pendant le dîner il vous en dira quelque passage.

Hélas! il n'est que trop vrai, je suis près du jeune nourrisson des Muses, qui ne me passe point des cornichons ou des anchois sans les accompagner d'un passage de son poème. Si du moins de l'autre oôto j'avais un dédommagement! mais non... C'est une tante du poète, qui, lorsqu'il a fini, me dit à l'oreille :

— Quel talent, monsieur! et quel malheur si cet homme-là n'eût point écrit !

\ Enfin le dîner est fini, mais le maudit poète me poursuit comme mon ombre. Je me place à l'écarté pour l'éviter; mon côté est malheureux, je perds quinze louis avec une femme qui fait la grimace, même en gagnant. Je vais partir... je me sens arrêté par le bras.

. — Que vous seriez aimable de mettre ma tante chez elle, me dit mon financier ; son fils n'a pu venir la chercher, mais ce n'est pas fort loin de chez vous.

Allons, il faut se résoudre à emmener la tante.

Je l'emballe dans un fiacre, et, pendant tout le chemin, il me faut lui entendre pleurer douze fiches qu'elle a perdues au boston en manquant une indépendance magnifique ! Enfin elle est chez elle, et je suis bientôt chez moi. Je me couche en maudissant ma journée, et les contrariétés que j'ai éprouvées me donnent le cauchemar toute la nuit. ^

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