‹ Petits tableaux de moeursChapitre 32 sur 50 · P. DE K · texte numérisé non relu

P. DE K

til3 l'ETlTS TABLEAUX DE MŒURS

Ces nouvelles voitures choquèrent d'abord la susceptibilité des Parisiens, et surtout des Parisiennes, on les trouvait ridicules, indécentes même; et cependant c'est dans le but de réformer une coutume fort inconvenante, et qui accuse le relâchement de nos mœurs, que les vespasieîvnes furent d'abord établies.

L'entrepreneur ne s'était proposé que pour faire le petit service; il pensait que, grâce à ces voitures, les dames ne seraient plus exposées, sur les boulevards ou dans la rue, à détourner leurs regards pour ne point rencontrer des objets qui les font rougir.

Mais, hélas!... il paraît que nous ne sommes pas encore assez vertueux pour de telles réformes! Malgré les vespasiennes, le petit service sj faisait dehors comme de coutume; et l'entrepreneur en eût été pour ses frais de voiture, s'il ne se fût décidé à tenir aussi le grand service. Oh ! alors lés choses changèrent; l'affaire devint bonne, les actions montèrent, et l'humble conducteur ne resta plus oisif devant ses brancards.

Comme-nt ose-t-on entrer là dedans? c'est la question que nous avons entendu répéter toutes les fois qu'il s'agissait des petites voitures jaunes. Comment on ose ?... Eh ! rappelez-vous donc certain proverbe qui aurait dû être gravé sur ces voitures. D'ailleurs il y a des moments dans la vie où l'hoinme est forcé d'être philosophe!...

Dans 1 • ;te la nouveauté de cette entreprise, un homme de lettres de notre connaissance, garçon fort distrait de son naturel, s'arrêta un jour devant une vespasienne, qu'il prenait pour un bureau d'écrivain public. Il se; trouvait dans

LES PETITES VOITIJKES JAUXES d

un quartier éloigné du sien ; pressé de prendre quelques notes, et n'apercevant pas de café, il s'adressa au conducteur, qui était assis près de sa voiture, et lui dit :

— Peut-on entrer dans votre cabinet ?

Cet homme le regarde quelques instants, puis ^ lui répond :

— Oui, monsieur, certainement que vous pouvez enti-er. C'est fait pour ça.

— Y a-t-il du papier?... tout ce qu'il faut?

— Oui, monsieur, oh ! ça ne manque jamais chez nous !...

— Cela vous est égal que je ne me serve pas de vous,n' est-ce pas?... Mais seul j'aurai plus tôt fini.

Cet homme le regarda encore d'un air étonné, en lui disant :

— Monsieur, nous n'avons pas l'habitude de suivre les personnes !... nous ne craignons pas d'être volés !...

L'homme de lettres n'en écoute pas davantage, il ouvre une porte... Mais il s'aperçoit alors de sa méprise, et, repoussant la porte de manière à en briser les persiennes, il se sauve

honteux et confus.

Jurant, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.

Un soir, quatre jeunes gens se promenaient sur le boulevard devant une vespasienne; aux éclats de rire qui leur échappaient, aux regards furtifs qu'ils jetaient incessamment sur la petite voiture, il était facile de deviner que ces messieurs projetaient quelque espièglerie. L'événement ne tarda pas à prouver que telle était en effet leur intention.

PS PETITS TABLEAirX DE MŒURS

Un gros hoimiie, d'un âge mûr, s'avançait sur le boulevard ; il entre dans un des cabinets ambulants.

Aussitôt deux des jeunes gens vpnt près du conducteur, ils lui demandent leur chemin, l'occupent et l'éloignent de sa voiture ; pendant ce temps, les deux autres courent aux brancards, et se mettent à rouler la vespasienne de toute la vitesse de leurs jambes. Le gros monsieur qui était dans l'intérieur frappait contre la . porte en criant à tue-tête :

— Qu'est-«e que vous faites donc ?... arrêtez, conducteur !... je ne veux pas rouler... c'est très incommode !...

Mais les jeunes gens n'écoutaient rien ; ils ne s'arrêtèrent qu'après avoir fait faire tout im boulevard à la pratique, qui sortit du cabinet d'un air furibond, et ne trouv^a plus personne sur qui passer sa colère.

Il s'agissait encore de résoudre un problème, de savoir si une dame oserait entrer dans une de ces petites voitur.es. Nous avions tant de fois entendu afl&rmer le c<xatraire par des dames que la seule vue de ces voitures révoltait, que nous commencions à croire aussi que l'entrepreneur de cet établissement avait eu raison de ne point faire écrire sur ses voitures côté des dames, côté des hommes.

Mais un soir, en passant sur le boulevard Saint-^ Denis, nous aperçûmes, à quelques pas devant nous, un monsieur et une dame qui venaient de s'arrêter ; le couple semblait indécis ; on faisait quelques pas, puis on s'arrêtait de nouveau en regardant à droite et à gauche ; l'on était devant

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