‹ Petits tableaux de moeursChapitre 33 sur 50 · LES PETITES VOITURES JAUXES · texte numérisé non relu

LES PETITES VOITURES JAUXES

une petite voiture jaune, et l'on jetait fréquemment les yeux de ce côté.

La dame paraissait souffrante, son mari... (car nous supposâmes que ce ne pouvait être que son mari), son mari la poussait vers la voiture en lui disant :

— De quoi diable as-tu peur ?... Ce n'est pas un crime après tout !

Enfin, la pauvre dame rassemble son courage, elle court, elle vole, et se jetant dans un des côtés de la vespasienne, au risque d'en briser les volets, elle disparaît comme nos lutins de théâtre- quand ils se jettent dans une trappe anglaise.

Elle est entrée, c'est fort bien ; ce n'est pas là le plus difificile. Quand il s'agit d'entrer, on a quelque chose qui vous stimule ; mais sortir... c'est beaucoup plus embarrassant.

Ayant assisté à l'entrée, nous étions 'curieux de voir la sortie. Cinq minutes se passent, puis cinq autres, puis .cinq autres encore.

Le pauvre mari se i^romenait sur le boulevard ; il avait regardé toutes les annonces d'un cabinet littéraire, examiné toutes les tasses d'un magasin de porcelaines, et commençait à perdre patience ; il s'approchait de la petite voiture, il tournait, il chantait entre ses dents: Viens, gentille dame... je f attends, je V attends, je ^attends !... viens, je f attends /... Et la dame Blanche s'obstinait à ne pas sortir de la vespasienne...

La pauvre dame ! elle n'osait plus se montrer ; elle attendait sans doute qu'il ne passât plus personne sur le boulevard, et il passait toujours du monde.

Enfin, au moment où le mari inquiet, allait forcer le cabinet, la petite porte s'ouvre, la dame s'élance de nouveau sans voir son mari, sans remarquer qu'elle accroche et déchire son châle ; elle se jette sur une marchande d'oranges ambulante, dont l'éventaire lui barrait le chemin ; elle fait rouler les oranges à terre ; elle coudoie et repousse toutes les personnes qu'elle rencontre, et se met à courir vers la porte Saint-Martin sans écouter son mari, qui lui crie :

Mais attends-moi donc,ma chère amie; mais

cela n'a pas de sens commun, de se sauver comme cela, parce qu'on sort d'une voiture !...

Le mari avait raison. Dans le monde on commet bien des fautes dont on ne rougit pas, quelquefois même on tire vanité de ses vices et de ses faiblesses ; mais on craindra d'entrer dans une vespasienne, parce qu'en France le ridicule est ce qu'on redoute le plus.

Nous avions cru au succès de ces voitures, établies dans un but moral et philanthropique ; mais depuis longtemps les petits cabinets ambulants ont cessé de se montrer ; en revanche, les rues basses, les arbres des boulevards, les bornes et les colonnes-affiches sont toujours assiégés par des hommes qui ne craignent pas de se montrer ; et nous préférions voir les petites voitures jaunes.

îiE MARt MAITRE CHEZ LUI ?1

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