‹ Petits Traités Apologétiques de Yahyâ Ben 'Adî: Texte arabe, édité pour la première fois d'après les manuscrits de Paris, de Rome et de Munich et traduit en françaisChapitre 16 sur 22 · BL Î · texte numérisé non relu

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homme », l’on devra admettre qu’un certain accident est Dieu et homme. Mais ce serait une impiété abominable de dire qu’un accident est Dieu, comme il est impossible qu'un accident soit homme. Cette proposition pourrait alors être convertie ainsi : «un Dieu est accident >, énorme impiété; «un homme est accident », impossibilité répugnante. Ces deux conséquences absurdes atteignent donc l’hypothèse que la nature unique désignée sous le nom de Christ serait un accident. Elle est donc absurde et la contradictoire qui est celle ci : «la nature unique désignée par le mot Christ n’est pas un accident» est donc vraie. Or tout être qui n’est pas un accident est nécessairement une sub-

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stance; l’on peut donc dire seulement de l’essence unique appelée Christ qu'elle est une substance.

Si l’on dit que le Christ est un par accident, parce que les deux substances dont il est composé concourent à faire une seule chose dans cet accident, comme l’on dit des soldats qu’ils sont une seule armée, de dix qu’ils sont un seul nombre, d’un tout qu'il est un seul tout, et autres exemples semblables, nous ferons remarquer que les hommes, les chevaux, les mulets et autres choses contenues dans le camp sont des substances nombreuses, des natures multiples; dix n’est pas, non plus, une seule unité, ni le tout, une seule partie,

et nous avons raison de dire que toutes ces choses ne

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sont un que par accident. Mais, pour réduire à néant la comparaison sophistique que l’on nous produit, nous indiquerons que l’on à tort de croire que l’on entend seulement par «camp» les hommes, les chevaux, les ânes, les mulets qui sont dans le camp; c’est une erreur, car l’on entend, par ce nom de Camp, ou bien la notion qui résulte de la réunion de tous ces corps et autres objets, sous le gouvernement d'un chef et l'autorité d’un seul homme, ou bien le seul endroit où se fait cette réunion. Mais il n’est pas du tout légitime d'entendre seulement par le mot camp les corps qui se trouvent réunis; car l’on ne saurait, en aucune manière, considérer ces corps comme formant quelque chose d’un. Si quelqu'un croyait que l'on peut dire

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d’une armée, d’une dizaine, du noir commun à la poix, au corbeau et au charbon, en un mot, de tous les accidents qui se trouvent dans des sujets divers, et de tous les sujets divers, qu'ils sont un dans cet accident, ce serait comme si l’on disait que l’homme, le cheval, le taureau et autres espèces d'animaux sont une seule chose dans l'animal, parce que la notion d'animal est commune à tous. La sottise d’un tel raisonnement est évidente, car l’on ne saurait comparer la manière dont l'animal est dans Îles différentes espèces, avec la manière dont les accidents sont dans les sujets. Il est évident, en effet, que l’on ne peut dire d'aucun sujet d'accidents, quand on en demande la

définition, qu’il est un quelconque de ses accidents. Quant S*x

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à l'animal, l’on peut, si l’on demande de chacun des sujets sa définition, affirmer qu'il est un animal et, dès lors, l’on peut dire : les sujets de l'animal, par ce qui les fait animaux, et l'animal, par ce qui le fait animal, sont une même chose. L’on peut en dire autant du raisonnable, du mortel et, en un mot, de tous les genres et de toutes les différences par rapport aux espèces, et de toutes les dernières espèces paï rapport aux individus. Pour cette raison, l’on peut affirmer que les genres des espèces et leurs différences sont une seule chose sous le rapport de leurs genres et de leurs différences, et que les individus des dernières espèces sont ux dans leur genre, mais l’on ne peut dire la même chose des accidents considérés dans leurs sujets.

Ce qui précède a démontré l'erreur de celui qui prétend

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que l’on peut affirmer de sujets nombreux qu'ils sont un, parce qu’ils possèdent, de la même manière, un accident commun à tous. Et c’est là ce que nous voulions démontrer. — À Dieu louange éternelle!

On leur répond encore : Saint Paul dit : «Le Christ, fils de Dieu, est un »(1). La conversion de cette proposition donne : « Cet un est le Christ». D’après leur supposition cet un serait accident; le Christ serait donc accident; et si lon convertit cette proposition, l’on obtient : « Cet accident est le Christ». Puisque, d’après la doctrine des Chrétiens, le Christ est Dieu et homme, cet accident serait Dieu et homme; proposition d’une impiété grossière et d’une honteuse absurdité.»

(1) 1 Cor. 8. 1.

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