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3. Le document d'art le plus remarquable est une fresque du xve siècle, le . stndioh de saint Jérôme par, Carpaccio, à Venise (S. Giorgio degli Schiavoni).
entouré de ce recueillement particulier aux petites pièces de travail où tous les livres sont sous la main
Parmi les admirateurs de Pétrarque qui lui firent visite à Milan dans cette bibliothèque où il recevait d'ordinaire \ il aimait à en rappeler deux, dont le souvenir caressait particulièrement son amour-propre, Pandolfo Malatesta et Niccolô Acciajuoli. Le premier, malade, se faisait transporter sur les bras de ses serviteurs chez le poète, « pour le plaisir de le voir entouré de ses livres, dans son milieu naturel » \ Le second, grand sénéchal du royaume de Sicile, était venu à Milan pour visiter en même temps Galeazzo Visconti et Tancien ami du roi Robert : « Ton Mécène, écrivait celui-ci à Zanobi da Strada,,n'a pas dédaigné devenir me voir dans ma bibliothèque, malgré la foule qui l'entou-
1. Je m'inspire dans cette description d'une miniature de la Laurentienne (Stro:(l. 174), qui contient les Trionfi, des sonnets d'autres poètes, et divers portraits de la première moitié du xve siècle ; à part la fenêtre qui s'y trouve ronde, elle représente assez bien le cabinet d'Arquà où la tradition veut que P. soit mort. Dans un ms. de P. lui-même (Val. 2193, f. 19), comme en beaucoup d'autres, on voit un écrivain tenant à la fois la plume et le grattoir. Il y a d'autres portraits de Pétrarque au travail, notamment la belle miniature de la Trivulzienne, reproduite en tête du vol. P. e la Lombardia, Milan, 1904, et celle d'un Can^oniere (JPalat. 184) de la Nationale de Florence, qui est de la fin du xiv s. (Gentile, / codici Palatini, t. I, p. 192). La fresque de Padoue, dans la grande salle de la bibliothèque universitaire, qui est malheureusement très repeinte, et dont certains mss. (à Vienne, à Darmstadt) reproduisent l'état originel, donne, comme le ms. Strozzi, la grande table pupitre, le lutrin et même le chat (V. la reproduction dans le vol. du centenaire, Padova a Fr. P., 1904, avec une notice d'A. Moschetti, et le travail de J.-J. Jusserand, dans la Revue de Paris du i^r juillet 1896 ; Schlosser a publié la miniature de Darmstadt, Ein verones. BUderhiich, Vienne, 1896).
2. « lo mi trovai una fiata in Lombardia e visitai messer Francesco a Milano, il quale per sua cortesia mi tenne seco più di. E stando uno di con lui nel suo studio, lo domandai se v'avea il libro di Dante, e mi rispose di si ; sorge e cercato fra suoi libri prese il sopradetto libretto chiamato Monarchia e gettoUomi innanzi. » (Récit d'un Pisan anonyme, pubhé plusieurs fois et en dernier lieu par G. Del Balzo, Poésie di mille autoriint.a Dante, t. II, Rome, 1890, p. 154).
5. Inter libios, ut aiehat, sede uelut in propria (Sen. I, 6; Op. 746).
58 PÉTRARaUE BIBLIOPHILE
rait sans cesse, les affaires qu'il avait à traiter etla longueur du chemin qui conduit chez moi... Ce grand homme est arrivé les faisceaux abaissés, comme autrefois Pompée chez Posidonius ; il a franchi mon humble seuil, s'est découvert devant moi et presque prosterné, comme ferait un habitant du Parnasse en entrant dans un temple d'Apollon et des Muses. Cette généreuse humilité nous a touchés de respect et émus presque aux larmes, moi et les nobles personnages qui se trouvaient là. Il s'est intéressé délicatement à l'ensemble de mes livres, compagnie et nourriture de mon repos, et à chacun d'eux en particulier. Rien n'était plus délicieux, et nous avons longuement causé de mille sujets et surtout de toi ' » .
L'année qui précéda la visite d'Acciajuoli, Pétrarque en avait reçu une autre qui, moins flatteuse pour sa vanité, lui avait apporté plus de douceur encore : Boccace avait passé plusieurs jours à Milan, auprès de lui, et avait même assisté à une plantation de lauriers dans son jardin \ Le voyageur revint à Florence, la mémoire et le cœur pleins des entretiens du maître, et il alimenta de ses souvenirs les conversations de ce petit cercle où Pétrarque était si passionnément aimé ^ Un ami commun, Francesco Nelli, regrettait, en écrivant à celui-ci, de n'avoir pu partager le bonheur de Boccace et ajoutait : « Il a joui par les mains, les yeux, les oreilles, de ta magnifique collection de livres et de ce qui rend les livres précieux, leur contenu : pour de telles faveurs de la
1. Fani. XXII, 6 (1360). P. passait alors l'été à S. Simpliciano (extra ciiiitatem), mais les livres l'y avaient suivi.