‹ Pétrarque et l'humanisme (volume 2)Chapitre 21 sur 139 · Pour la date et les détails, v. l'excursus II · texte numérisé non relu

Pour la date et les détails, v. l'excursus II

3. Les lettres de Nelli mettent ce fait en singulière lumière. V. l'introduction d'Henry Cochin à l'édition qu'il en a donnée sous ce titre : Un ami de P. Lettres de Francesco Nelli à P., pub. d'après le ms. de la Biblioth. nat., Paris, 1892 (édition italienne, Florence, 1901).

fortune il se proclame heureux, et je le tiens, moi, le plus heureux des hommes »

Pendant le séjour de Pétrarque à Milan, un changement se produit dans la direction de son esprit et, par suite, dans la composition de sa bibliothèque. Il joint aux lettres profanes, qui l'ont occupé jusque-là presque uniquement, l'étude des lettres sacrées. Le progrés de sa conscience chrétienne devait le conduire à la décision dont il fait part en ces termes à Nelli, homme d'église préparé à le comprendre : (( Je vais te parler du penchant nouveau et déjà fort, qui entraîne ma plume et mon esprit vers les saintes lettres. Laissons se moquer les superbes, que repousse l'austérité des discours de Dieu, comme la modeste toilette d'une chaste mère de famille blesse les yeux accoutumés au fard des courtisanes. Les Muses et Apollon, je pense, tolèrent et même favorisent le dessein que j'aiformé, après avoir donné ma jeunesse à de juvéniles études, de réserver mon âge mûr à des soins plus sérieux... Mais en préférant certains auteurs, je ne rejette point les autres; si saint Jérôme prétend l'avoir fait, il est, à mon avis, démenti par son propre style... Pour mon langage, si le sujet le demande, je garderai comme modèles Cicéron et Virgile ; pour la conduite de ma vie, bien que chez eux j'aie beaucoup à prendre, je leur préférerai les conseils de ces guides dont l'enseignement conduit au salut sans danger d'erreur \ »

1. Lettre de Nelli, Par. 8631, ff. 30-31 (éd. Cochin, p. 258) : Refert preterea confabulationes sedulo habitas, qiias nunc mores tui morales, mine modeste tue fauces détectât ionibtis plenas reddunt, ut merito illud perfecte décorum, quod Cicero ipse elaborabat uerbis exprimere^ et quod magis capit intellectus quam edoceat lingua, oculata fide pateret. Thesauros quoque tiios, quos autem credis credam, librorum preciosissimaru siipellectilem , simul et quod precium librorum facit, manibus, oculis atque auribus contractasse suis. Dumque felicem talibus fortune donis se clamât, ego illum non iniuria felicissimurn duco.

Page 1