‹ Pétrarque et l'humanisme (volume 2)Chapitre 60 sur 139 · Rer mem. Il, 2 (Op. 410) : cf. III · texte numérisé non relu

Rer mem. Il, 2 (Op. 410) : cf. III

P. DE NOLHAC. — Pétrarque. 9

Laissons de côté les quatre genres d'éloquence réunis dans Virgile ; ne retenons que « la lumière cachée dans chaque mot sous le nuage poétique » ; c'en est assez pour montrer que Pétrarque cherchait dans Virgile, avec ce que nous y trouvons aujourd'hui, autre chose encore que nous n'y découvrons plus.

Les idées de Pétrarque sur l'essence de la poésie sont bien connues. En théorie, la poésie et l'allégorie sont pour lui inséparables, et le rôle du poeta, du vrai poète qui prend à son usage la noble langue latine, est de cacher la vérité sous le voile des beaux symboles; le vulgaire ne sera pas admis à la contempler, mais elle en deviendra plus précieuse à qui aura eu la science et la patience de la découvrir. La poésie n'est donc pas un jeu, comme on le croit d'ordinaire c'est une des œuvres les plus élevées et les plus utiles aux hommes \ Pétrarque est revenu à différentes reprises sur ces idées % qu'il avait quelque peine à faire accepter, et il a montré dans ses poèmes latins, surtout dans ses Eglogues, comment il en entendait l'application.

1. Boccace n'est sur ce point, comme d'ordinaire, que le continuateur de P., mais il consacre à la défense de la poésie, telle qu'ils la concevaient ensemble, un si complet et si éloquent plaidoyer, qu'on doit lire, pour connaître la question, à peu près tout le livre XIV du De Gemalogia deorum dans lequel, comme dit l'incipit du ms. original, auctor objiirgationihus respondens in hostes poetici nominis inuehit. L'édition critique en est donnée par Oskar Hecker, Boccaccio Funde, Braunschvs^eig, 1902, p. 188 sqq. Salutati a développé à son tour cette argumentation devenue un des lieux communs de l'Humanisme.

2. Cf. Voigt, Wiederhelehung des class. Alterthiims 3, t. I, Berlin, 1893, p. 30-32. Aux passages qui s'y trouvent cités ajouter: Inuect. in med. I (Op. 1092) ; Epist., II, II ; discours pour le couronnement au Capitole, dans Hortis, Scrittï ined.y p. 320 ; etc. Il faut mentionner aussi les vers de VAfrica (éd. Corradini), IX, 97, 102 :

Ouicquid labor historiarum est,

Quicquid uirtiitum cidtiis dociimentaque uitae... ...Sub ignoto tamen ut celentur amictu, Nuda alibi et tenui frustrentur lumina ueîo, Interdunique palam ueniant fiigiantque iiicissim.

Bien qu'il se figurât partager cette conception de la poésie avec divers poètes antiques, c'est surtout à propos de Virgile qu'il s'en est clairement expliqué ' . Il voyait dans les Bucoliques une allégorie perpétuelle cachée dans les moindres paroles. On l'apprendra plus loin par un témoignage inédit des plus étranges ; on verra qu'il a tenté d'explorer des mystères imaginaires, dont l'obscurité avait déconcerté ses plus hardis prédécesseurs \ Quant à YÉnéide, il n'y a pas lieu de s'étonner que l'interprétation qu'il en donne soit directement inspirée du De continentia Virgilii de Fulgence. Ce livre singulier, qui a tant pesé sur la lecture de Virgile au Moyen Age ^ , n'est pas expressément cité par Pétrarque, mais il est peu probable qu'il ne l'ait lu : il suit, du moins, la pensée générale du grammairien africain, qui fait de l'ensemble des aventures d'Énée une immense allégorie de la vie humaine. En ce point, le poète de VAfrica ne se montre pas plus avancé que Dante dans la célèbre lettre à Can Grande : sa critique personnelle, parfois si indépendante, reste accablée sous l'unanimité de l'opinion ^ ; la

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