‹ Pétrarque et l'humanisme (volume 3)Chapitre 115 sur 362 · SA DIXIEME ÉGLOGUE · texte numérisé non relu

SA DIXIEME ÉGLOGUE

Tu prius et fluctus poteris siccare marinas

Attaque mortati detigere a^tra manu, Quam facere,..*

Je proposerais pour TibuUe une conclusion différente. Pétrarque a sur ce poète les témoignages de l'antiquité et le cite dans les énumérations dont il vient d*être parlé ; toutefois il l'y place moins fréquemment que Catulle et Properce '. De même, dans l'unique passage où Boccace mentionne les élégiaques, qu'il ne connaissait probablement pas directement, TibuUe est absent : Bine Catidli, Propertii et Nasonis uolumina euoluunt. Cette phrase, tout oratoire, n'indique point, comme on Ta cru^ la diffusion au xiv® siècle des trois auteurs qui y sont nommés*; elle montre, en revanche, assez bien que TibuUe ne se présentait pas natureUement avec eux à la mémoire de Boccace. Quant à Pétrarque, ni ses œuvres, ni les notes marginales de ses livres ne fournissent le moindre renseignement supplémentaire sur lequel on puisse discuter. Les rapprochements qu'on a essayés entre quelques passages des deux poètes me paraissent tout à fait chimériques*. On serait plutôt tenté de conclure que Pétrarque n'a connu TibuUe que de nom, si certains vers de sa dixième églogue ne s'opposaient à une opinion aussi absolue.

Il y a un grand intérêt à consulter pour les études poétiques de Pétrarque cette singulière églogue [Laurea occidem), où il a rassemblé et indiqué par des périphrases, et sans en nommer un seul, tous les poètes grecs et latins dont le souvenir lui est parvenu. Il s'est servi, pour grossir sa liste, des moindres détails qu'il a pu recueUlir chez les auteurs, et notamment de la 16® épître du livre IV des Pontiques, où Ovide a mentionné

1. Canz. Tn guetta parte, str. 7. — Properce, III, 32, v. 49-50.

2. V. la note 3 de la p. 141. L'exclusion de Tibulle des vers cités dans la n. 5 est à remarquer.

3. V. Hortis, Studj, p. 944, qui a eu le mérite de faire connaitre le passage (Gen. deor. XIV, 16).

4. On lit dans la Bibtionomia de Richard de Fournival (Amiens, xm" siècle) : (115) Atbii Tibutli liber epygrammaton,.. ({16) Propertii Auretii Naute tiber monobiblos... (Delisle, Cabinet des mss., t. II, p. 531). Mais rien ne prouve que Richard ait tenu en mains les deux recueils.

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