‹ Pétrarque et l'humanisme (volume 3)Chapitre 118 sur 362 · TIBULLE · texte numérisé non relu

TIBULLE

par les vers de Catulle sur la mort de QuintiliaV Pour Properce, on remarquera une allusion bien claire à ses invectives contre Cynthie, dans le second vers qui lui est consacré. Le quatrième poète [notior) est Juvénal, avec lequel Pétrarque quitte le groupe des élégiaques. Deux détails, non moins précis que ceux qui regardent Calvus et Properce, sont donnés sur Tibulle : d'abord, le nom de sa maîtresse, contenu dans l'équivoque Delius ardor ; puis l'existence de son éloge de la pauvreté, dans la première de ses élégies. L'allusion à Délie est facile à expliquer par Ovide f ; il n'en est pas de même pour la seconde. Comme il reste vraisemblable, après les observations réunies plus haut, que Pétrarque n'a point eu en mains le recueil de Tibulle, comment expliquer qu'il ait lu la pièce sur la pauvreté ? On trouvera la solution aisée, si l'on songe que Tibulle, plus favorisé au moyen âge que les deux poètes auxquels on le réunit depuis la Renaissance, a été l'objet d'extraits divers et assez étendus, qui contiennent notamment l'élégie V, C'est sans doute dans un Florilegium que Pétrarque a lu des vers de Tibulle*.

Ovide ayant été alors fort lu et fort admiré, il n'est pas étonnant que Pétrarque ait connu l'ensemble de ses œuvres \ Il les cite même assez souvent pour qu'on puisse être sûr qu'il les possédât*. Il a tiré des Métamorphoses beau-

1. Catulle, XCVI. Cf. Plessis, Essai sur Calvus, Caen, 1885, p. 20.

2. Am. III, 9, V. 31 et 55. P. a connu encore Apulée, ApoL 10.

3. Cf. Meyncke, Die Pariser Tibullexcerpte f7647 et 17903], Bhein. Mus., XXV, p. 381 ; L. Mûller, préf. à son éd. de Tibulle, Leipzig, 1885, p. vni. (Haupt, Opuscula, I, p. 276, a indiqué sept vers de Tibulle mis en prose dans le livre de Pastrengo ; mais L. Millier a montré, p. v, quMls peuvent venir d*un scholiaste de Juvénal.)

4. Le meilleur et le plus ancien ms. de Tibulle (l'Ambrosianus) aurait appartenu à Coluccio Salutati (Baehrens, éd. crit. de Tibulle, Leipzig, 1878, p. vu).

5. Les plus récentes recherches sur Ovide au moyen âge sont dues à G. Paris dans Hist, liU.^ t. XXIX, p. 455 sqq. Cf E. Langlois, Origines ei sources du Roman de la Rose, Paris, 1891, p. 119 sqq. (plus de deux mille vers fournis par Ovide à J. de Meun).

6. Je n'ai remarqué aucune citation de Vlhis, des Halieutica^ ni des Medicamina faciei. Mais P. connaissait ce dernier ouvrage: la preuve en est apportée, je crois, par l'imitation suivante :

P. DE NoLHAC. — Pétrarque. 10

coup de ses notions mythologiques * ; il a lu les Fastes, les BéroîdeSy les Tristes, et se plaît à montrer à Barbato de Sulmona qu*il est familier avec les Pontiques de son compatriote *. Il n'était pas insensible à la facilité séduisante du versificateur : Qîiodad himc actum pertinet, putonullum aequari posse Nasoni poetae qui, ut est apudSenecam ^, hoc saeculum amatoriis non artibus tantum, sed sententiis impieuit^. Mais les emprunts les plus nombreux faits à Ovide dans ses livres viennent des poèmes erotiques. Ces poèmes étaient très répandus et Pétrarque avait dû les goûter beaucoup étant jeune, car il les a souvent imités dans ses œuvres italiennes ^ Plus tard, dégagé de ses préoccupations amoureuses, il les lisait encore ; mais c'était plutôt, suivant Tusage de son temps, pour y chercher un enseignement moral. C'est ainsi qu'il cite jusqu'à trois fois le Remedium amoris et les Amores dans un de ses dialogues avec S. Augustin®, avouant en passant que le premier ouvrage lui était connu dès ses jeunes ans\

Med, fac, 35 : Sic potius nos uret amor quam forlibus herbis,

Quas maga terrihili subsecal arte manus.

Son. / begli occhi: I begli occhi ond' i' fui percosso in guisa

Ch' e' medesmi porian saldar la piaga, E.non già virtù d'erbe o d' arte maga.

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