‹ Pétrarque et l'humanisme (volume 3)Chapitre 14 sur 362 · PREMIERS LIVRES · texte numérisé non relu

PREMIERS LIVRES

Qu'on ne croie point, sur ce récit, que le père de Pétrarque fut un ennemi des lettres. S'il apparaît ici un peu sévère et préoccupé avant tout du succès de la carrière à laquelle il destinait son fils, il avait fait beaucoup pour développer en luises goûts d'étude. Dans un voyage à Paris, resté inconnu des biographes*, il avait acheté un beau manuscrit dlsidore et Tavait rapporté à Carpentras, pour l'instruction de l'enfant, qui devait le garder toute sa vie comme un filial souvenir^ Il était lui-même admirateur de Cicéron et possédait un volume de ses œuvres, « ses délices » , où le jeune Pétrarque avait fait ses premières lectures : w Étant tout enfant, écrit celuici, je m'appliquais aux livres de Cicéron tant par instinct naturel que sur le conseil de mon père qui l'avait en grande vénération; mon père eût lui-môme aisément élevé son esprit, si le souci de la vie matérielle n'eut forcé cet exilé chargé de famille à occuper à d'autres soins sa noble intelligence^ » Cette modeste et sympathique figure du notaire florentin, trop souvent méconnue, méritait d'être évoquée ici, telle que la revoyait le poète, alors qu'il parlait de sa jeunesse aux amis de ses vieux jours.

Les études juridiques à Montpellier et à Bologne ont été, aux yeux de Pétrarque, du temps perdu. Une fois maître de sa vie et revenu à Avignon, il ne songe plus qu'aux livres anciens et à la poésie. Il considère que l'objet le plus précieux qu'il lui importe de s'assurer dans la succession paternelle, c'est le manuscrit de Cicéron, qui initia son enfance' à la beauté de la langue latine * ; il emploie le premier argent peutêtre dont il dispose alors à l'achat de la Cité de Dieu, en un bel exemplaire mis en vente à Avignon après le décès d'un prélat ^ 11 a déjà entre les mains Virgile, Servius, V Achilléide

1. Ce voyage de ser Petracco, dont il n'est pas aisé de supposer le motif, se place à peu près au moment du séjour dans la môme ville du père de Boccace (Crescini, Contrib. agli siudi sul Boccacciô, Turin, 1887, p. 40).

2. Par. 7595 (N'olliac, Fac-similés de Vécril. de P., Rome, 1887, p. 34 et pi. IV). Sur tous les mss. indiqués ici et les points nouveaux de biographie qu'ils me permettent de fixer, le lecteur est prié de se référer aux chapitres suivants.

3. Sen. XVI, 1 (^Opera, Bâle, 1581, p. 946). Cf. Fam. XXI, 15.

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