CARACTERES DE SON CULTE POUR CICERON
quicquid aliud iiel legerem, uel audirem, raucum mihi Iongequedissonum uideretur\ L'étendue et la variété de Tœuvre, qu'il découvre peu à peu, lui semblent encore plus merveilleuses*. C'est là seulement ce qu'il cherche à imiter de son maître; ce n'est pas sa forme extérieure, puisque, loin de frayer la voie aux purs Cicéroniens, il affiche, au contraire, son droit d'écrivain à se former un style indépendant et personnel*.
Il est visible que le rôle d'enseignement philosophique et littéraire rempli à Rome par Cicéron, Pétrarque songe aie remplir à son tour, en l'adaptant aux besoins de son siècle. On ne l'entend point, sans doute, exprimer cette ambition ; mais l'éloge qu'il fait de son illustre guide prend par endroits un accent assez vif pour la laisser deviner. Il sait de quels côtés l'infériorité est inévitable, mais il ne désespère pas de reprendre ailleurs quelques avantages ; si on ne peut avoir l'espoir de faire revivre Cicéron comme orateur ou homme d'État*, les témoignagnes anciens ne refusent-ils pas à ce grand homme le don poétique*? Tout ce qui peut les rapprocher,
1. Erat hac, faleor^ in re pueri non puérile mdicium (Sen. XVI, 1 ; Op, 946). Cf. De ign.. Op. 1044: Cuius opprime et ingenio et stilo semper ab adolescentia delec/attis sum.,.
2. Libros innumeros uariis de rébus edidit pulcherrimos {Rer . mem. I, 2 ; Op. 396).
3. Suus [stilus] cuique for'mandus seruandusque est,., (Fam, XXII, 2). Cf. Voigt, Wiederbelebung^, t. I, p. 35, et pour l'étude détaillée de la langue de P. le travail de Schneider, véritable index de ses incorrections, en tète de Vllist. lulii Caesaris mentionnée plus loin.
4. Les harangues d'ambassade de P., ses conseils épistolaires si multipliés aux papes, aux empereurs et aux princes italiens, ne le rapprochaient-ils pas, dans sa pensée, de son modèle antique ? L'opinion publique n'hésitait pas, d'ailleurs, à comparer aux Philippiques et aux Catilinaires ses Inueptiuae contra medicum (v. la grande lettre sur la mort de P. dans VEpistolario de Salutati, t. T, p. 180).
5. P. met une insistance singulière à rappeler l'infériorité poétique de Cicéron. Cf. Fam. XXIV, 4 ; Rer. mem. I, 2 et II, 2 (Op. 410)... Etoquentia illum sua in carminibus destitutum, quod ipsum aliqua nunc etiam ex opusculis eius indicanl (Op, 397). L'enthousiasme de son temps renchérissait ici sur les indications fournies par sa vanité ; cf. Salutati, /. c, p. 181, qui ne recule pas devant un parallèle tout à l'avantage de l'auteur moderne, et qui le renforce dans une seconde lettre consacrée à mettre P. au-dessus de tous les anciens sans exception (à Giov. Bartolomei d'Arezzo, 1379, p. 335-342).
P. DE NoLQAG. — Pétrarque, 12
Pétrarque le met en lumière avec complaisance : il songe à ses habitudes personnelles, quand il montre tout ce qu*a dû le génie de Cicéron à sa retraite, loin des affaires publiques; tant de villas célèbres qu'il énumère lui rappellent celles qu'il a luimême habitées, et il ne peut s'empêcher de penser que ses livres ont été composés dans les mêmes conditions que la grande oeuvre didactique dont il trace ainsi le tableau : Quis praeclara otia iiiri huiiis et solitudines gloriosasexplicet atque aestimet, Arpinatem, Cumanam, Pompeianam, Formianam, Tusculanam ? Ibi fundanit leges, ibi uallauit Academiamy ibi ornauit oratorem, ibi descripsit officia y ibi deorum foimas ac naluras piîixit, ibi diuinationem radicem errorum multiplicum conimlsit, ibi boiiorum ac maloriim fines statnit, ibi ad philosophiam magnificeiitissime cohortatus est\.. Ibidem mortem spernere, dolorem corporis patientia ninceTe,aegritudinem moestitiamque animi ratione depellere, extirpare morbos et morborum causas^ et... uirtutem ad bene beateqiie uiuendum nullis adminiculis egere, sed sese esse conteîitam doctnt... Et quod alii aride ieiuneque garriunt^, idille copiosissime floroitissimeque disseruity ut utilitati delectatio et maiestati rerum uerborum splefidor ac dignitas non deessent. Accendit ergo uiri illius ingenium solitudo^... Ses goûts de bibliophile, il les justifie à maintes reprises par ceux de Cicéron*. M se plait à signaler l'exemple et l'aveu de son maître, pour excuser l'abandon extrême qu'il met aussi, dit-il, dans ses lettres familières*. Sans cesse, en un mot, il se modèle sur l'écrivain romain, et sa vanité naïve ne néglige jamais l'occasion de le faire savoir.
Il a pour Cicéron une sorte de vénération affectueuse. Plus
1. La phrase suivante, indiquant qu'il s'agit de VHorlemius ou De lande phil.^ me semble- une scholie marginale entrée dans le texte.