AVIGNON
métier de copiste, transcrivant pour son usage les ouvrages qui lui tombent dans les mains*. Sa carrière commence à peine ; il n'a pas de grandes ressources et les bénéfices ecclésiastiques ne sont pas encore venus ; il ne peut acheter ni faire copier tout ce qu'il lui plairait de posséder; sa plume le lut donne à peu de frais, et il se paye de sa fatigue en se pénétrant mieux du texte dont il se procure ainsi un exemplaire. Les voyages de jeunesse de Pétrarque sont pour lui l'occasion d'utiles recherches. Quoique beaucoup moins prolongés qu'on ne le dit d'ordinaire S ils l'ont cependant conduit fort loin et lui ont permis d'explorer beaucoup de bibliothèques. Pendant son séjour à Lombez, il semble avoir fait plus de poésie que d'érudition ; mais le voyage de Paris et de Belgique, en 1333, fut de toute façon particulièrement fructueux. Dans la ville qu'il reconnaît la « nourrice des études de son temps^ », il trouva un milieu nouveau pour lui et une activité intellectuelle singulière. Les savants italiens et français de l'Uni ver-
1. La lettre qui nous parle de ces copies dit aussi que P. n'en fit pas longtemps : Feci forte olim taie aliquid, dum clam labentis temporis ditior uidebar^ quae lamen incertissimae omnium fugacxssimaeque diuitiae sunt (Fam. XVIH, 12).
2. Ma chronologie des voyages est d'accord, dans les grandes lignes, avec celle de Koerting. 11 est regrettable qu'après le travail de ce biographe on réimprime encore, dans de bons livres, le récit de prétendus voyages en Belgique et en Suisse en 1329 et d'une navigation, par elle-même bien invraisemblable, en 1337, le long des côtes d'Espagne et d'Angbterre, en traversant le détroit de Gibraltar. Tous ces faits reposent sur de fausses interprétations. Je crois, par exemple, que les fameux vers d'Epist. I, 7 (Op. II, p. 83) où est l'allusion à l'Océan Atlantique se rapportent simplement au long séjour du poète en Gascogne, chez Jacopo Colonna, évoque de Lombez. D'autre part, les lettres Fam. I, 4 et 5, aux deux Colonna, écrites de Lyon un 9 août, au retour de Vunique voyage de P. dans les pays du nord, sont antérieures non de quelques années, mais, de quelques jours à celle qu'il envoie d'Avignon, le 18 août, à Tommaso Caloria (Fam. III, 2). Enfin, je crois avoir élucidé la question du voyage en Suisse, au chap. VI, à propos de César.
3. Roma atque Parisius^ altéra mundi caput et urbium regina^ nutrix altvra^ nostri temporis studiorum... (Fam. IV, 6). Une partie des textes de P. sur la France est réunie par J.-V. Leclerc, en des pages où l'exactitude laisse parfois à désirer. (Disc, sur l'état des lettres au XIV*siècle, t. XXIV de Vllist. litt. de la France, Paris, 1852, p. 564 sqq. et passim.)
site, avec lesquels il se lia, lui montrèrent des collections de livres et l'accompagnèrent dans les boutiques des libraires. Le P. Dionigio da Borgo S. Sepolcro lui donna les Confessions de saint Augustin, non tant, il est vrai, pour enrichir son esprit que comme un remède contre les passions de sa jeunesse \ Roberto de' Bardi, chancelier de Notre-Dame, dut certainement l'introduire dans la bibliothèque de la Sorbonne, dont Torganisation venait d'être récemment réglée et où les étrangers pouvaient être admis ^ Vers la même époque, un autre grand bibliophile que Pétrarque connut personnellement, Richard de Bury, visitait à plusieurs reprises la capitale de Philippe VI et, en reconnaissance des joies studieuses qu'il y avait trouvées, l'appelait P^r^rf/^?//?/ miindi Parisius : «J'aimais tellement cette ville, ajoutait-il, que le séjour m'y paraissait toujours trop court. Là sont des bibliothèques plus agréables que des chambres embaumées de parfums ; là se trouve un verdoyant verger de toutes sortes de livres'*; ... làj'ai ouvert ma bourse, j'en ai dénoué les cordons et jeté l'argent d'un cœur allègre, pour retirer de la crasse et de la poussière d'inappréciables volumes*. » Pétrarque dut ressentir les mêmes impressions. S'il n'a pas voulu, comme l'évêque de Durham, en consigner le souvenir et s'il a préféré peindre surtout dans Paris « la ville des disputes, avec sa bavarde rue du Fouarre S), il faut en chercher sans doute la raison dans son hostilité contre la France et le perpétuel dénigrement de ce pays que sa politique sentimentale allait bientôt lui inspirer.
Il continue sa route parles provinces du nord du royaume,