VOYAGES DE JEUNESSE
que la guerre ne désole point encore, et par les Flandres. Il fait de longues journées à cheval, s'isolant volontiers de ses compagnons de route pour méditer et lire dans un de ces livres qui ne le quittent point'. Mais sa curiosité favorite est toujours en éveil. Il sait déjà d'expérience que c'est dans les couvents qu'il a le plus de chances de trouver des ouvrages inconnus ; le long du chemin, dès qu'il aperçoit un monastère de vieille mine : « Qui sait, dit-il, s'il n'y a pas là quelque chose de ce que je désire ? » Il se détourne, quitte la chevauchée et va frapper à la porte de la bibliothèque^. Il ne semble pas y avoir jamais vu des livres abandonnés en aussi piteux, état que ceux dont Boccace faisait à ses amis la description lamentable'; il ne semble pas non plus avoir jamais trouvé mauvais accueil dans un couvent, et, toujours demeuré fort ami des moines, il ne leur prête point cette morgue d'ignorance et cette sottise pédante qu'il reproche si amèrement à la société cléricale de son temps. Il leur resta reconnaissant des trésors dédaignés qu'ils conservaient pieusement à sa curiosité d'humaniste. Plus d'une fois, il leur dut des ouvrages nouveaux pour lui. Il s'informait auprès d'eux, au cours du voyage, des villes où il y avait une bibliothèque à visiter : « J'appris, dit-il, en arrivant à Liège, l'existence en ce lieu d'une belle provision de livres; je m'y arrêtai et y retins mes compagnons, afin d'y copier deux discours de Cicéron: l'un fut transcrit par un ami, l'autre, que j'ai depuis répandu on Italie, le fut de ma propre main, et je te dirai pour te faire rire que, dans cette tant bonne ville barbare, ce fut toute une affaire de se procurer un peu d'encre, et encore ressemblait-elle à du safran. »
Quelques années plus tard, en 1337, certains détails du premier voyage à Rome nous renseignent encore sur les